Avant le jeudi noir, le gouvernement Macron cultive l'ambiguïté

Emmanuel Macron ©REUTERS

Pédagogie, négociations avec les syndicats, décalage possible de la date de la réforme. Échaudé par les Gilets jaunes, l’exécutif français tente de se montrer "flexible" en vue d’éviter une grève qui dure.

"Notre système de retraite né en 1945 est à bout de souffle, compliqué, injuste et fragile financièrement. Il est nécessaire de le refonder pour que le régime de retraite par répartition puisse continuer à vivre." Hier matin sur France Inter, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, s’est livré à une énième justification de la réforme des pensions en cours avant jeudi prochain.

"Je refuse d’entendre qu’il y a des gagnants et des perdants dans cette réforme."
Bruno le Maire
Ministre de l’Economie

À cette date, enseignants, policiers, infirmières, avocats, devraient rejoindre le mouvement de grève lancé à l’origine par les cheminots contre la refonte en cours. "Je refuse d’entendre qu’il y aura des gagnants et des perdants dans cette réforme", a insisté Bruno Le Maire, faisant allusion au fait que "chaque point cotisé aurait la même valeur." Il a ainsi rappelé que la pension serait augmentée dès le premier enfant et que les salaires des enseignants bénéficieraient d’une revalorisation pour ne pas être lésés.

Nombre d’inconnues

Reste que si le gouvernement affiche son ambition d’uniformiser les 42 régimes actuels et plaide pour un système universel, nombre d’interrogations subsistent sur sa méthode. Comment s’organisera la transition vers le nouveau régime? Comment seront financées les pensions? Quel sera l’âge effectif de départ à la retraite? Sur ces points, l’exécutif affirme que rien n’est tranché et que les discussions sont en cours avec les syndicats. Même si, à bien des égards, les points de vue diffèrent.

Le gouvernement souhaiterait qu’en 2025, au moment de l’entrée en vigueur de sa réforme, les comptes du système de retraite soient à l’équilibre.

Sur les finances, le gouvernement souhaiterait, contrairement à la CFDT, syndicat pourtant le plus conciliant, qu’en 2025, au moment de l’entrée en vigueur de sa réforme, les comptes du système de retraite soient à l’équilibre. Or, le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit un déficit compris entre 8 et 17 milliards d’euros à cet horizon.

Une perspective qui risque de peser sur les mesures annoncées, comme celles concernant l’âge de départ à la retraite.

Étaler dans le temps

Échaudé par la crise des Gilets jaunes, et le tour violent que prennent désormais les manifestations dans le pays, le gouvernement tente de lâcher du lest.

En témoigne la concession à laquelle le Premier ministre Édouard Philippe s’est dit prêt après les négociations des 25 et 26 novembre avec les syndicats. À savoir "un possible étalement dans le temps de la réforme."

La tactique s’ajustera plus encore au gré de la virulence du mouvement.

Tandis que le rapport de Jean-Paul Delevoye, sur lequel se base le gouvernement, "proposait d’exclure de la réforme tous ceux qui seront à moins de cinq ans de la retraite", soit ceux nés avant 1963, le Premier ministre a ouvert la porte à ce que ceux qui seront à "dix ou quinze ans" de la retraite ne soient pas, non plus, concernés.

La tactique s’ajustera plus encore au gré de la virulence du mouvement. En effet, Édouard Philippe ne devrait dévoiler ses mesures qu’autour du 10 décembre. Un laps de temps pour voir si, d’ici là, "le mur" du 5 décembre a des fondations solides ou pas.

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