Berlusconi victime de sa stratégie?

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La grogne monte dans les rangs du parti de Silvio Berlusconi et de nombreux responsables de droite réfléchissentà un moyen d'éviter une crise politique et de sauver le gouvernement de la troisième économie de la zone euro.

Le président du Conseil italien Enrico Letta a annoncé dimanche soir qu'il poserait la question de confiance au Parlement mercredi, après la décision de Silvio Berlusconi de retirer ses ministres du gouvernement. Mais le magnat italien pourrait être pris à son propre piège


A savoir

Silvio Berlusconi, confronté à une probable expulsion prochaine du Sénat après sa condamnation à une peine de prison pour fraude fiscale, a fait monter la pression ces derniers jours. La semaine dernière, plusieurs des parlementaires de son parti, le Peuple de la liberté (PDL), ont signé -sans la remettre- une lettre de démission. Et samedi, sous son injonction, les cinq ministres du gouvernement ont annoncé leur démission. Ces défections en cascade constituent "un choix qui mine un des principes cardinaux de la démocratie, en vertu duquel une minorité ne peut pas faire dissoudre un Parlement par sa propre démission", a indiqué Letta.  "Je ne peux pas prévoir ce qui va se passer", a-t-il ajouté.

   

La grogne monte en effet dans les rangs du parti de Silvio Berlusconi et de nombreux responsables de droite réfléchissentà un moyen d'éviter une crise politique et de sauver le gouvernement de la troisième économie de la zone euro.

Les marchés ont puni la péninsule pour ce vent de crise et lundi matin le taux d'emprunt à 10 ans de l'Italie augmentait sur le marché obligataire en zone euro et s'inscrivait à 4,598%, contre 4,416% vendredi. La Bourse de Milan a elle aussi ouvert en forte baisse, perdant plus de 2%.



La décision surprise samedi du Cavaliere de faire démissionner les ministres provenant de son parti, le Peuple de la liberté (PDL) prise avec un entourage réduit de conseillers "faucons", a provoqué la colère d'un grand nombre de ses partisans qui ne veulent pas d'une crise gouvernementale et d'élections anticipées alors que le pays peine à sortir de la récession.

Réactions

• "En Italie, il y a un parti qui fait des primaires pour choisir entre l'eau plate et l'eau gazeuse", le Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo, "et puis il y a un autre parti où ils se retrouvent à cinq à déjeuner et décident de faire chuter le gouvernement", a déploré le ministre Gaetano Quagliarello, membre du parti du Cavaliere et un des principaux frondeurs.
• Et tous les autres ministres du PDL ont exprimé leur désarroi, y compris Angelino Alfano, vice-Premier ministre, secrétaire du PDL et considéré comme le dauphin de Silvio Berlusconi, qui a dit envisager devenir "berlusconien autrement".
• "La question du jour est: combien résistera cette fois l'obéissance aveugle et absolue au Chef? Le monde de Berlusconi n'a jamais été autant en désaccord avec Berlusconi" lui-même, écrit La Stampa, le quotidien modéré du groupe Fiat. "De nombreux parlementaires du PDL sentent dans leurs villes respectives la forte contrariété de leurs électeurs face à la chute du gouvernement d'Enrico Letta. Des électeurs qui ne comprennent pas le geste du Cavaliere. Ou mieux, des électeurs qui le comprennent comme une réaction à ses ennuis judiciaires", poursuit le quotidien.

En bref

Silvio Berlusconi a été condamné le 1er août à quatre ans de prison (ramenés à un seul par une amnistie) pour fraude fiscale par la Cour de Cassation. Agé de 77 ans, le magnat des médias n'ira pas derrière les barreaux mais va devoir choisir entre assignation à résidence et travaux d'intérêt général.
En raison de cette condamnation définitive (sa première en 20 ans de démêlés judiciaires), le Cavaliere risque d'être tout prochainement destitué de son poste de sénateur et donc privé de son immunité parlementaire, alors qu'il doit affronter d'autres procès, dont celui du "Rubygate" (prostitution de mineure et abus de pouvoir).



"Le choix irresponsable de Berlusconi (...) a le goût amer d'un geste irrationnel et désespéré. Il ne sert à rien car il ne modifie pas d'un iota son destin judiciaire mais il pousse un pays tenu en otage une nouvelle fois au bord du précipice", écrit le Corriere della Sera.
"Chacun assumera sa responsabilité devant le pays", a averti dimanche le chef du gouvernement Enrico Letta.

L'espoir de Letta

Les comptes se règleront mercredi lorsque  Letta se présentera devant le Sénat pour un vote de confiance. Au Sénat, le chef du gouvernement ne dispose pas en théorie de la majorité des voix.

Son espoir: attirer des parlementaires du PDL lassés des coups de colère du Cavaliere et former une nouvelle majorité avec les centristes de Mario Monti (peut-être aussi avec l'apport de transfuges du Mouvement Cinq Etoiles) qui ne dépendrait plus du soutien de Berlusconi.
Une réunion des parlementaires du PDL est prévue plus tard dans la journée et elle devrait permettre de clarifier les positions.
La presse n'exclut pas une éventuelle scission du parti entre d'un côté les berlusconiens "purs et durs" qui se regrouperaient au sein de Forza Italia que le Cavaliere vient de relancer et de l'autre les "modérés" qui resteraient au PDL.

•  "Je n'ai pas l'intention de gouverner à tout prix", a prévenu le chef du gouvernement. "Je ne demanderai pas la confiance pour trois jours et recommencer comme avant, mais pour aller de l'avant et appliquer un programme. Sinon, j'en tirerai les conséquences". Il a exclu de nouvelles élections dans l'immédiat, sans réforme préalable de la loi électorale qui a conduit à une impasse politique, privant l'Italie d'une majorité claire.

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