Bettencourt va régulariser ses avoirs à l'étranger

La milliardaire Liliane Bettencourt a annoncé lundi la régularisation fiscale de l’ensemble de ses avoirs "qui seraient encore aujourd’hui à l’étranger", dans un communiqué transmis à l'AFP.

"J’ai décidé de faire procéder à la régularisation de l’ensemble des avoirs familiaux qui seraient encore aujourd’hui à l’étranger, en collaboration avec l’administration fiscale française", indique dans ce texte l'héritière de L'Oréal.

"Il s’agit notamment du compte ancien que nous possédions en Suisse et (que) j’ai transféré sur un contrat d’assurance-vie au bénéfice de l’un de mes petits-fils", ajoute-t-elle.

"Je suis ainsi l’une des premières contributrices privées à l’impôt sur le revenu. Sur les dix dernières années, mes collaborateurs ont établi, à ma demande, que j’avais versé 400 millions d’euros aux services de l’administration fiscale au titre de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur la fortune et de la CSG-CRDS", précise-t-elle.

Pratiquement au même moment, le ministre du travail Eric Woerth a annoncé que sa femme Florence allait démissionner de la société où elle gère depuis 2007 une partie de la fortune de Liliane Bettencourt.

Le ministre a précisé que le départ de Florence Woerth de la société sera intervenu d'ici le début du procès qui oppose la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers à l'artiste François-Marie Banier, censé débuter le 1er juillet. Il a, une nouvelle fois, démenti toute implication dans cette affaire. "Je suis combattif. Je suis déterminé à ne pas me laisser entraîner dans un truc qui ne me regarde pas", a-t-il déclaré.

Une affaire qui vire au politique

La révélation d'écoutes pirates de conversations de Liliane Bettencourt a viré dimanche à l'affaire politique, des responsables de la gauche française réclamant la démission du ministre du Travail Eric Woerth, accusé d'être au courant d'une possible fraude fiscale de l'héritière de L'Oréal.

La divulgation depuis mercredi par le site Mediapart de ces enregistrements - réalisés clandestinement entre mai 2009 et mai 2010 - survient avant le procès du 1er au 6 juillet de l'artiste François-Marie Banier. Il est accusé par la fille de Mme Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, d'avoir profité de l'affaiblissement de sa mère octogénaire - l'une des femmes les plus riches du monde - pour obtenir près d'un milliard d'euros de dons.

Ces documents audio révèlent la fragilité de Mme Bettencourt mais suggèrent aussi des manoeuvres pour échapper au fisc, des immixtions de l'Elysée dans la procédure judiciaire et des relations troubles entre la milliardaire et le couple Woerth.

En effet, des enregistrements laissent entendre que M. Woerth et sa femme Florence étaient informés de soupçons de fraude fiscale dans la gestion de la fortune de Mme Bettencourt. Mme Woerth est chargée depuis 2007 d'une partie de la gestion du patrimoine Bettencourt.

Les documents audio révèlent que Mme Bettencourt détient des comptes en Suisse et une île aux Seychelles, non déclarés. Ce que le couple Woerth pouvait difficilement ignorer, selon Mediapart.

Le député PS Arnaud Montebourg a déjà jugé samedi que le maintien au gouvernement de M. Woerth "empêchera que la vérité éclate". "Nous avons un ministre du Budget (portefeuille de M. Woerth de mai 2007 à mars 2010) en même temps trésorier de l'UMP, dont la femme travaille à organiser la fraude fiscale de Mme Bettencourt", a-t-il accusé.

M. Woerth a contre-attaqué dimanche.

"Maintenant, trop c'est trop ! Mon épouse va porter plainte contre M. Montebourg (...) On ne peut pas dire n'importe quoi sur n'importe qui", a-t-il fustigé au "Grand Rendez-vous" d'Europe 1-Le Parisien.

"Je ne connais pas les finances de Mme Bettencourt, n'ai aucune information sur une quelconque évasion fiscale et n'ai donné aucune instruction de quelque nature que ce soit à l'administration fiscale", s'est-il défendu dans le Journal du Dimanche.

"Mon épouse travaille depuis trois ans dans la société qui gère les actifs de Mme Bettencourt", a-t-il précisé, ajoutant que "ça fait déjà plus d'un an qu'elle souhaite en partir (...) pour des raisons de mésentente personnelle".

Le ministre du Travail, qui conduit la réforme des retraites, a reçu le soutien de sa collègue de l'Economie, Christine Lagarde, qui s'est dite "un peu accablée", au "Grand Jury" RTL/Le Figaro/LCI.

Mais elle n'a pas exclu une enquête pour évasion fiscale visant Mme Bettencourt. "Si ces allégations étaient avérées, je ne doute pas que des contrôles seront engagés et que les poursuites seront diligentés", a assuré Mme Lagarde.

Du côté de l'Elysée, le conseiller spécial Henri Guaino a déclaré qu'il n'imaginait "pas un seul instant" que M. Woerth "ait pu commettre un acte répréhensible". "En tout état de cause, que Mme Bettencourt possède ou non des comptes offshore et qu'elle fasse ou non de l'évasion fiscale, je ne vois pas en quoi cela concerne directement Eric Woerth", a-t-il dit sur I-Télé.

Un véritable vaudeville

Un photographe mondain suspect de cupidité, une milliardaire peut-être en état de faiblesse, un ministre et des conversations espionnées: ces ingrédients pourraient être ceux d'un vaudeville s'ils ne mettaient en jeu l'avenir d'un des fleurons de l'économie française, L'Oréal.

L'histoire a pour personnages la femme la plus riche de France (10,07 milliards d'euros), Liliane Bettencourt, 87 ans, héritière du fondateur du géant des cosmétiques, et sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, qui doit devenir propriétaire des actions de sa mère au sein du groupe (environ 30%) à son décès.

Entre les deux femmes, un homme: François-Marie Banier, photographe de la jet-set. Et quasiment un milliard d'euros que l'artiste mondain a reçus de Liliane Bettencourt en dons sous forme de chèques, toiles de maîtres et contrats d'assurance-vie.

La fille, également membre du conseil d'administration de L'Oréal, juge sa mère diminuée au point de dilapider l'héritage et accuse le photographe d'exploiter l'état de "faiblesse" de sa vieille amie riche.

Depuis son début, en décembre 2007, l'affaire fait les délices de la presse et du tout-Paris, rythmée par les actions en justice de la fille - de la plainte pour "abus de faiblesse" à la demande de "mise sous tutelle" - et les réactions outrées de la mère qui affirme avoir toute sa tête et, par la voix de son avocat Me George Kiejman, reproche à sa fille son "impatience indécente" pour prendre le contrôle du groupe.

Le dénouement était attendu pour début juillet: du 1er au 6, François-Marie Banier doit comparaître pour "abus de faiblesse", faisant craindre un grand déballage et donnant des frissons au groupe menacé d'une prise de contrôle par Nestlé.
Mais à quelques jours de ce rendez-vous, de nouveaux acteurs entrent en scène, donnant au vaudeville la couleur d'un polar.

Tout est parti d'un maître d'hôtel. Désireux de venger le traitement réservé à des collègues punis pour avoir trop parlé, l'employé a enregistré les conversations de Liliane Bettencourt avec ses conseillers à l'aide d'un dictaphone, de mai 2009 à mai 2010, dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, près de Paris.
Les enregistrements transmis par le domestique à la fille Bettencourt qui les a remis à la police, révèlent des secrets en cascade abondant dans son sens mais embarrassant le monde politique, d'après le site internet Mediapart qui en a révélé l'existence.

Ces enregistrements démontrent "que cette femme est sous emprise, sous l'emprise de ses proches, de ses conseillers et que cette situation n'est pas admissible", a réagi l'avocat de Françoise Bettencourt Meyers, Me Olivier Metzner.

Selon Mediapart, ils révèlent des opérations financières pour échapper au fisc, l'existence de comptes non déclarés en Suisse pour un montant de près de 80 millions d'euros, la détention d'une île des Seychelles.

Et encore des ingérences de l'Elysée dans la procédure judiciaire et des liens entre la milliardaire et Eric Woerth, actuel ministre du Travail, et son épouse Florence, chargée de la gestion de la fortune Bettencourt entre 2007 et 2010.

Dans un extrait, le gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, rapporte que "le président (Nicolas Sarkozy) continue de suivre ça de très près" et suggère que l'Elysée pourrait faire pression sur la justice si besoin, selon le site. La présidence a dit ne faire "aucun commentaire".

Dans un autre extrait, le même conseiller évoque les services de M. Woerth qui serait intervenu dans deux autres dossiers. Le ministre a évoqué une possible "plainte pour diffamation".

Liliane Bettencourt et François-Marie Banier ont eux déposé plainte vendredi pour "atteinte à la vie privée". "On peut penser que ce système d'espionnage a été mis en place au bénéfice et à l'initiative de sa fille", a déclaré M. Kiejman.

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