Boris Johnson face au gouffre du "mauvais" no deal

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La chambre des Lords a voté contre les éléments de la loi sur le marché intérieur qui enfreignaient le protocole nord-irlandais signé avec l’Union européenne.

Depuis 2016, du côté britannique, les enjeux du Brexit pouvaient se résumer à la problématique suivante: un Brexit sans accord est-il préférable à un mauvais accord?

Un mauvais Brexit sans accord est-il préférable à un mauvais accord?

A quelques jours du verdict des négociations commerciales, les enjeux sont différents: un mauvais Brexit sans accord est-il préférable à un mauvais accord?

Répondre à cette question est plus urgent que jamais puisque la chambre des Lords vient de supprimer les parties qui étaient censées mieux amortir les effets d’un no deal. Les motivations vont au-delà de la protection des intérêts britanniques: il s’agit avant tout de respecter le droit international, et de garantir que les engagements pris l’an dernier dernier avec l’Union européenne seront respectés.

De façon extraordinairement ironique, c’est Boris Johnson qui a lui-même donné corps à cette théorie d’un "mauvais no deal". De son propre aveu, son projet de loi intérieur, présenté au mois de septembre, vise en effet à mieux protéger les intérêts britanniques en cas de no deal.

Le Premier ministre a ainsi admis implicitement que les dispositions prises l’an dernier avec l’Union européenne l’an dernier, pour garantir le maintien du processus de paix en Irlande du Nord sur le long terme en cas de no deal, présentaient des failles.

Les enjeux sont désormais limpides pour Boris Johnson: soit il accepte les conditions européennes pour un accord de libre-échange, soit il opte pour un no deal aux conséquences pires que ce qu’il a bien voulu anticiper en 2019.  

Officiellement, Downing Street compte de nouveau soumettre les passages supprimés du projet de loi sur le marché intérieur lors du retour du texte aux Communes, début décembre. Soit bien après la clôture des discussions avec l’Union européenne, dernière opportunité pour éviter un no deal, et dont les deux derniers éléments de blocage sont la pêche et la concurrence équitable.

Saut dans le vide

Boris Johnson est-il prêt à sauter dans le vide? Au-delà de ses innombrables postures de matamore, et de principal artisan de la victoire du Leave en 2016, il reste l’homme d’un Brexit raisonnable. Au lendemain du référendum, alors qu’il était voué à prendre les manettes de Downing Street tôt ou tard, il avait été très optimiste dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph: "Le libre-échange continuera, avec un accès au marché unique."

Des mots qui ont une résonance particulière, dans une semaine où le Royaume-Uni peut tout perdre en basculant du côté obscur d'un axe transatlantique revigoré par l'élection de Joe Biden.

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