Bras de fer en France sur le travail dominical

Castorama et Leroy Merlin ont décidé, contre toute attente, d'ouvrir leurs portes ce dimanche malgré l'interdiction du tribunal de Commerce de Bobigny. Et sans tenir compte des mises en garde de Benoît Hamon, ministre délégué à l'économie sociale.

Deux chaînes de magasins de bricolage ont ouvert leurs portes dimanche en région parisienne malgré une interdiction imposée par un tribunal et une mise en garde du gouvernement, relançant de manière spectaculaire le débat sur le travail dominical en France.

"Où est la pétition ? Je suis venu exprès pour donner du courage à ces jeunes qui veulent travailler le dimanche: on est derrière vous !", a lancé Philippe Dafit, un client, aux salariés qui distribuaient des tracts à l'entrée d'un magasin Leroy Merlin, en banlieue de Paris, devant un panneau indiquant: "Les dimanches, votre magasin Quai d'Ivry est ouvert".

Smahene, une étudiante de 23 ans en école de commerce, arborait derrière son comptoir un T-Shirt frappé du slogan du collectif, "Yes week-end !", faisant référence au slogan "Yes we can !" du président américain Barack Obama.

La loi française n'autorise les commerces à ouvrir le dimanche que sous certaines conditions: zones touristiques, périmètres de consommation exceptionnels ou encore commerces alimentaires jusqu'à 13H00.

Castorama et Leroy Merlin, deux grandes chaînes de magasins français de bricolage, avaient ainsi reçu l'ordre de cesser d'ouvrir leurs magasins de la région parisienne le dimanche sous peine d'une astreinte de 120.000 euros par magasin et par jour du Tribunal de Commerce de Bobigny, en banlieue de Paris.

Le ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, les avait même mis en garde samedi contre toute ouverture, qualifiant d'"inadmissible qu'une marque n'applique pas une décision de justice".

Mais elles ont décidé, contre toute attente, de passer outre, plaçant le gouvernement face au taux de chômage, à la pression des consommateurs et aux contradictions de la législation.

Devant cinq des six magasins Castorama visés par l'ordonnance en région parisienne, les salariés avaient installé un petit bureau pour expliquer leur démarche et faire signer des pétitions.

"Il est important que les clients fassent entendre leur point de vue et qu'ils disent combien il est important pour eux que les magasins soient ouverts, car c'est le weekend et le dimanche qu'on bricole", a déclaré à l'AFP une porte-parole de Castorama.

"Il y a des magasins qui peuvent ouvrir le dimanche et d'autres qui doivent demander des dérogations: il serait bien que tout le monde soit logé à la même enseigne", a-t-elle dit.

Même incompréhension chez Leroy Merlin. "Il y a un imbroglio hallucinant", a dit un porte-parole de la direction de cette chaîne. "Hier, pour l'un de nos magasins concernés par l'ordonnance de Bobigny, nous avons pourtant obtenu une dérogation", a-t-il précisé.

La ministre du Commerce et de l'Artisanat Sylvia Pinel a concédé qu'il y a "un millefeuille réglementaire qu'il faut absolument clarifier", dans un entretien au Journal du Dimanche.

Le ministre du Budget Bernard Cazeneuve, s'est dit, lui, "défavorable" à la généralisation du travail le dimanche, tout en reconnaissant qu'il y a avait des "situations particulières" qui nécessitaient "un dialogue".

Incompréhension

La question du travail de nuit et le dimanche a rebondi en France avec plusieurs décisions de justice.

Plus de cent salariés d'un magasin Sephora des Champs-Elysées à Paris ont poursuivi en justice vendredi des syndicats pour pouvoir continuer de travailler la nuit.

Lundi dernier, les syndicats du commerce de Paris avaient obtenu une victoire devant la cour d'appel de Paris, qui avait imposé au parfumeur de fermer son principal magasin, sur les Champs-Elysées, à 21H00 sous huit jours, sous peine d'astreinte de 80.000 euros par infraction et par salarié.

Surtout, une partie des Français a du mal à comprendre que l'Etat empêche des gens de travailler en pleine crise et alors que le taux de chômage a atteint 10,5% au deuxième trimestre 2013 en France métropolitaine.

Selon la Fédération des magasins de bricolage (FMB), sur les "7.000 collaborateurs franciliens volontaires" pour travailler le dimanche chez Castorama et Leroy Merlin "1.200 personnes sont concernées par la fermeture" imposée à ces deux enseignes.

La FMB estime aussi que "15 à 20% du chiffre d'affaires" y est réalisé le dimanche.

 

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