Buzz, choco et etiquettes

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Des rumeurs alarmistes nées en Italie et relayées sur internet contraignent les autorités européennes à sortir du bois. Non, elles ne sont pas parties en chasse contre le Nutella, dont les étiquettes ne devront pas mentionner "dangereux pour la santé". Oui, les oeufs pourront continuer à être vendus à la douzaine.

(L'Echo) - Remplacez les mots "lipides" et "glucides" par "matières grasses" et "sucres" et un vent de panique bouleverse le monde agro-alimentaire. Le raccourci est peut-être un peu lapidaire, mais le "buzz" né d’une interprétation abusive (d’une déformation intentionnelle?) d’un projet de règlement européen révèle à souhait à quel point l’internet offre au vent de la rumeur une soufflerie de premier choix.

Depuis quelques jours, la toile bruisse de réactions furibondes à un projet de règlement adopté en première lecture le 16 juin dernier par le Parlement européen. Celles-ci proviennent essentiellement d’Italie, où les amateurs de Nutella croient voir planer une grave menace sur leur pâte à tartiner préférée.

Dans le cadre de la lutte contre l’obésité, les eurodéputés souhaitent imposer de faire figurer, sur les étiquettes alimentaires, la quantité de cinq nutriments essentiels dans les produits: énergie, glucides avec une référence aux sucres, lipides, acides gras saturés et sel. Ce texte complète un dispositif déjà existant, qui prévoit des règles sur les "profils nutritionnels". Il donne aux fabricants d’un produit la possibilité d’apposer des allégations nutritionnelles et de santé, telles que "riche en calcium" ou "bon pour le coeur".

A priori pas de quoi fouetter un chat. Mais le projet européen suscite un vent de fronde dont l’ampleur a surpris jusque dans les couloirs du Caprice des Dieux. 

Pas le bon "profil nutritionnel"

Les eurodéputés sont ainsi accusés d’utiliser les nouvelles règles d’étiquetage pour empêcher la vente de Nutella, fleuron du groupe italien Ferrero, sous prétexte qu’avec plus de 60% de sucre et d’huile de palme, la pâte à tartiner ne serait pas conforme au "profil nutritionnel" souhaité. Certains sites ou journaux ont aussi avancé l’obligation d’afficher, sur l’emballage du célèbre choco piémontais, la mention "Attention danger, favorise l’obésité".

Un quotidien britannique, le "Daily Mail", en a même rajouté une couche en annonçant, le week-end dernier, que la vente des oeufs à la douzaine serait bientôt interdite, au profit de ventes au poids.

Ces rumeurs alarmistes ont contraint le Parlement européen à sortir du bois pour calmer le jeu. En publiant un communiqué niant catégoriquement ces informations fallacieuses. "Les députés ne cherchent pas à interdire la vente des oeufs à la douzaine, ni la vente ou la commercialisation des produits Nutella", souligne l’assemblée des Vingt-Sept. 

Le démenti du parlement survient au moment où l’affaire prend une tournure politique de l’autre côté des Alpes. Un député de la Ligue du Nord a été jusqu’à lancer un comité de soutien "Touche pas à mon Nutella". Et la page Facebook de Ferrero ne désemplit pas: elle compte près de 1,3 millions de fans...

Texte édulcoré

Le côté ironique de l’affaire, c’est que le dispositif légal adopté en première lecture par les eurodéputés a déjà été édulcoré par rapport au texte initial. Celui-ci prévoyait en effet l’obligation, pour les sociétés agroalimentaires, de faire figurer sur les étiquettes de leurs produits un code de couleurs (vert, orange ou rouge) permettant au consommateur de se rendre compte instantanément de la teneur faible, moyenne ou élevée de chaque nutriment essentiel (graisses, acides gras saturés, glucides et sel), et donc d’évaluer la qualité nutritionnelle de la denrée achetée. Ce système d’étiquetage est déjà largement utilisé par la grande distribution en Grande-Bretagne.

Cet amendement avait suscité le désappointement des organisations européennes de défense des consommateurs, qui y voient la main du puissant lobby agroalimentaire.

Alberto Alemanno, professeur de droit européen et directeur de la revue spécialisée "European Journal of Risk Regulation", ne s’y trompe pas. "Il s’agit en fait d’un vote plutôt favorable au Nutella, car étant donné la composition de la pâte à tartiner, elle aurait probablement dû comporter un feu de signalisation rouge sur son emballage", explique-t-il à l’agence Reuters. Le groupe Ferrero lui-même avait du reste démenti dès le 21 juin la rumeur naissante en publiant sur son site internet un communiqué expliquant que l’issue du vote n’avait "aucun impact sur la communication actuelle de Nutella".

Pas pour tout de suite

Quelle que soit sa teneur, le dispositif légal européen n’est pas encore près d’entrer en vigueur. Le texte concerné vient d’être adopté en première lecture. Il doit donc être encore examiné par le Conseil des ministres, l’autre organe législatif qui représente les Etats membres de l’Union européenne, et est de toute façon susceptible d’amendements. Aucun accord final n’est attendu avant la mi-2011.

 

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