portrait

Carrie Symonds, fiancée de Boris Johnson

L’ancienne cheffe de la communication du parti tory a remporté sa lutte interne contre Dominic Cummings au coeur de Downing Street. Le départ du principal conseiller du Premier ministre aura des répercussions majeures dans l’organisation du pouvoir, voire dans l’orientation politique du Royaume-Uni.

"Une bataille pour l’âme de Johnson". C’est ainsi que le chef du service politique du Sunday Times, Tim Shipman, a décrit le psychodrame entre Boris Johnson, Carrie Symonds et Dominic Cummings. La fiancée du Premier ministre en sort victorieuse par K.O., pour ce qui constitue un véritable tournant politique, voire idéologique.

L’emprise du conseiller Dominic Cummings sur Boris Johnson était manifeste, tant pendant la campagne référendaire du Brexit en 2016 que pendant celle des élections générales de 2019, ou pendant les négociations commerciales avec l’Union européenne, qui sont en passe d’être conclues.

Le profil

17 mars 1988: naissance à Londres (32 ans).

2018: fiançailles avec Boris Johnson.

2020: naissance de leur fils Wilfred.

2018-2019: cheffe de la communication du parti tory.

Depuis 2018: conseillère spéciale pour l’ONG Oceana.

Selon certaines figures du camp du Leave, Carrie Symonds, qui est la première partenaire non mariée d’un chef du gouvernement à habiter à Downing Street en près de trois cents ans, s’est arrogée une partie de cette emprise.

Une autre lecture est possible, selon laquelle "BoJo" se serait servi du génie certain de Cummings pour accomplir le Brexit et servir ses ambitions de conquête politique. Il aurait ainsi prévu de longue date de s’en séparer pour ne plus être un éternel candidat ou un faiseur de deal, mais incarner un vrai homme d’État. Avec Carrie Symonds comme partenaire idéale.

La COP 26 en ligne de mire

Âgée de trente-deux ans, elle présente un profil radicalement différent de celui de Dominic Cummings et de ses Brexit Boys, qui ne devraient plus être nombreux à Whitehall en 2021. Si elle a voté en faveur du Leave en 2016, elle s’inscrit surtout dans le courant modéré de Theresa May. Elle était d’ailleurs la cheffe de la communication du parti lorsque May en était leader. Elle a aussi travaillé en étroite collaboration avec le Remainer Sajid Javid, ministre de l’économie démissionnaire en début d’année en raison précisément d’un conflit avec Cummings.

Si Carrie Symonds a voté en faveur du Leave en 2016, elle s’inscrit surtout dans le courant modéré de Theresa May.

Issue d’une lignée de journalistes, Symonds est avant tout une activiste écolo. Très riche et pertinent, son fil Twitter est entièrement dédié à à la lutte contre la pollution au plastique, la pêche à la baleine et la défense des animaux. Depuis un an, le seul satisfecit qu’elle a adressé à "son" Premier ministre concernait une annonce sur la biodiversité. Elle fait par ailleurs la promotion frénétique – voire malicieuse – des initiatives du conservateur le plus engagé dans la protection de  l’environnement, le sémillant Zac Goldsmith. En début d’année, ses pressions sur le Premier ministre ont été manifestes pour faire interdire la chasse au blaireau, à tel point que des fermiers du Derbyshire ont saisi la Haute Cour pour essayer de mettre en évidence son influence excessive.

Depuis un an, le seul satisfecit qu’elle a adressé à "son" Premier ministre concernait une annonce sur la biodiversité.

À un an de la COP 26 en Ecosse, sous présidence britannique, tout indique que le Royaume-Uni va axer sa communication sur cette grand-messe écologique. Une phase dans laquelle Carrie Symonds pourrait trouver le rôle fort qu’elle semble chercher depuis son arrivée à Downing Street, même si aucune "promotion" n’est prévue pour le moment.

Quid du 70 Whitehall?

Dominic Cummings n’avait pas fait mystère de sa volonté de casser les murs, au propre comme au figuré. L’été dernier, il avait obtenu le transfert du bureau privé du premier ministre et une vingtaine de conseillers vers les bureaux adjacents du 70 Whitehall, ceux du Cabinet Office, pour créer un centre de contrôle digne de la NASA, avec des écrans géants donnant un aperçu en temps réel des données clés, et surtout mettre les ministères sous cloche. Le recentrage en cours au Number 10 pourrait vite rétablir les cloisons.

Une famille de journalistes

La fiancée du Premier Ministre – lui-même ancien correspondant du quotidien The Daily Telegraph à Bruxelles – est issue d’une famille qui a marqué l’histoire de la presse. Son père Matthew a fondé le quotidien libéral The Independent, son grand-père paternel a été rédacteur en chef du Daily Herald et sa grand-mère paternelle journaliste au service monde de la BBC. Sans surprise, la conflictualité que Cummings a voulu entretenir avec la presse a été un énième élément de désaccord entre eux.

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