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Ce modèle danois de la migration qui inspire la Flandre

Un quartier ghetto au coeur de Copenhague. ©Carsten Snejbjerg

Avec le renforcement de ses mesures d’intégration, le nouveau gouvernement flamand souhaite "augmenter le prix du ticket d’entrée des immigrants" et cite le Danemark comme un exemple à suivre. Les règles les plus strictes y ont cependant été assouplies, comme nous l’avons constaté lors d’une visite à Copenhague.

De son balcon au cinquième étage, Heidi Nicolaisen a une vue magnifique sur le Tingbjerg. À première vue, tout semble typiquement "scandinave": le quartier est propre et ordonné. Des rangées de maisons alternent avec des îlots de verdure, quelques magasins et une petite école. Dans le lointain se dressent quelques grands immeubles à appartements. Ce jeudi après-midi, tout est calme en rue. Seuls quelques résidents font leurs courses.

L’escalier branlant de l’immeuble où vit Nicolaisen nous indique que nous nous trouvons dans un des quartiers les plus pauvres de Copenhague. À la fin du mois, elle reçoit parfois des enfants de voisins à qui elle donne à manger. "De nombreux migrants du quartier n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois avec leurs faibles revenus."

Ramener de la mixité sociale

Âgée de 43 ans, la Danoise vit ici depuis son enfance et a vu le quartier changer drastiquement au fil des années. "Auparavant, il n’y avait que des Danois dans le quartier. Aujourd’hui, la grande majorité des résidents sont des immigrés. Je leur dis même bonjour en arabe ou en hindi. Pendant la journée, les rues sont sûres, mais le soir, il faut faire un peu plus attention."

29
quartiers
Au Danemark, 29 quartiers ont officiellement été catégorisés "ghettos" par le précédent gouvernement. Des mesures drastiques d'intégration y ont été mises en place.

Anne Frederiksen, enseignante dans une école des environs, est assise sur un petit banc en face du supermarché Aldi local et mange un "smørrebrød" – typiquement danois – au pâté de foie. Elle raconte comment, en deux ans, deux frères d’un de ses élèves ont perdu la vie au cours d’une fusillade dans le quartier. "Ces dernières années, les choses se sont un peu améliorées, mais il y a encore quelques gangs actifs. Récemment, une nouvelle maison de jeunes a été incendiée."

Sur une façade grise à côté du supermarché sont collées des affiches avec le message "Beva Almene Boliger", ce qui signifie: "Sauvez les logements sociaux". C’est un groupe d’action danois qui proteste contre une mesure prise par le précédent gouvernement pour améliorer la mixité sociale dans le quartier. La proportion de logements sociaux dans les quartiers doit diminuer. Les autorités tentent d’attirer des jeunes de la classe moyenne, des personnes âgées et des entreprises. Un peu plus loin, un élégant bâtiment en bois témoigne de cette ambition: il s’agit de la toute nouvelle bibliothèque du quartier. Dans la même rue, un centre communautaire est en construction.

29 ghettos et 1 modèle danois

Tingbjerg est un des 29 quartiers du Danemark officiellement catégorisés "ghettos" par le précédent gouvernement. Dès qu’un quartier dont plus de la moitié de la population n’est pas d’origine occidentale affiche un certain taux de chômage, de bas revenus, de criminalité ou de décrochage scolaire, des mesures drastiques sont prises pour encourager l’intégration des résidents.

Les parents sont obligés d’envoyer leurs enfants à la crèche à partir d’un an pendant au moins 25 heures par semaine, avec comme objectif qu’ils apprennent plus rapidement le danois et qu’ils s’imprègnent des habitudes culturelles danoises. S’ils ne le font pas, ils perdent une partie des allocations familiales. Les dirigeants veulent ainsi s’assurer que les jeunes mères allochtones puissent apprendre le danois et chercher du travail.

Théo Francken voit dans le modèle danois une manière de restaurer le "pacte entre les contribuables et l’État".

Dans ces "ghettos" – même si cette appellation controversée a depuis lors été modifiée – on essaie également de "contingenter" les immigrés pour éviter les écoles à trop forte concentration allochtone. Un maximum de 30% d’enfants issus de minorités ethniques sont autorisés dans les écoles. Résultat, certains enfants du quartier doivent se rendre dans des écoles plus éloignées. Et ceux qui commettent des délits dans ces ghettos risquent des peines deux fois plus lourdes qu’ailleurs au Danemark.

Ces "plans ghetto" forment la pierre angulaire de la très stricte politique de migration et d’intégration mise en place par le précédent gouvernement danois. Ainsi, les réfugiés n’obtiennent qu’un permis de séjour de trois ans. Ils sont obligés de prendre des cours de langue, doivent accepter un emploi, un stage ou un contrat de travail d’intérêt général et passer un examen sur la culture danoise avant d’être éligibles pour un permis de séjour permanent.

Ticket d'entrée en Flandre

C’est cette ligne qui a inspiré le tout nouveau gouvernement flamand désireux de renforcer chez nous les règles pour les immigrants. Ils doivent suivre un parcours d’apprentissage du néerlandais et des règles d’éducation sociale (et contrairement au Danemark, ils doivent eux-mêmes payer ces cours). Un mur est donc en train de se construire autour de l’accès à la protection et aux prestations sociales flamandes. Seuls ceux qui sont inscrits officiellement en Flandre depuis au moins dix ans ont accès à l’assurance-maladie flamande. Les candidats locataires de logements sociaux doivent prouver qu’ils vivent dans la commune depuis au moins cinq ans.

Pour reprendre les paroles du ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA): "Le prix du ticket d’entrée pour notre société a augmenté." Il se réfère régulièrement au Danemark en tant qu’exemple à suivre, même si la comparaison n’est pas réellement pertinente vu que sur ce plan, le Danemark n’est pas tenu de respecter strictement la législation européenne.

Théo Francken – qui a également participé aux négociations sur ces thèmes sensibles que sont l’immigration et l’enseignement au cours de la formation du gouvernement flamand – voit dans le modèle danois une manière de restaurer le "pacte entre les contribuables et l’État". Klaas Dijkhoff, la figure de proue du parti néerlandais VVD et ami proche de Francken, a déjà exprimé à plusieurs reprises son admiration pour le modèle danois.

Les gens qui paient 50% de leur salaire sous forme d’impôts et de cotisations sociales, ne s’attendent pas à ce que cet argent soit partagé avec des nouveaux arrivants qui ne contribuent pas à la société.
Rasmus Stoklund
député social-démocrate

État providence danois menacé

Dans le palais Christiansborg au centre de Copenhague, où siège le Parlement danois, le député social-démocrate Rasmus Stoklund s’échappe avec plaisir pendant une petite demi-heure du débat d’ouverture de l’année politique pour partager avec nous une leçon de politique danoise. Il y a quelques années, il a publié un livre expliquant le défi que représentait le débat sur la migration pour son parti.

"Les gens qui vont travailler chaque jour, qui paient 50% de leur salaire sous forme d’impôts et de cotisations sociales, s’attendent à ce que cet argent soit partagé avec leurs voisins qui ont fourni les mêmes contributions, et pas avec des nouveaux arrivants qui ont d’autres valeurs et qui ne contribuent pas à la société. Si vous ne prenez pas ces inquiétudes au sérieux, la classe moyenne jettera le gant et commencera à remettre en question le fantastique modèle universel d’État Providence."

Dans son bureau sobrement aménagé dans les étages supérieurs du Parlement, Stoklund décortique pour nous les statistiques de la Cour des Comptes danoises qui montrent année après année les mauvais résultats affichés par les migrants en termes de taux d’emploi, de formation et de criminalité. "Cela reste un sujet controversé, mais c’est la réalité objective. En particulier dans les années 1990, de nombreux Danois se sont rendu compte qu’il n’y avait plus d’équilibre entre les contributions de certains et les droits qu’ils s’étaient constitués. Si vous n’apprenez pas la langue, que vous ne travaillez pas et que vous ne voulez pas faire partie de la société qui vous a accueilli, alors vous mettez en danger le système de solidarité."

Tour de vis et bijoux confisqués

Il y a quelques années, les sociaux-démocrates ont drastiquement changé de cap. Stoklund: "Nous voulions rendre l’accès à la nationalité danoise plus difficile pour faire passer clairement le message aux demandeurs d’asile que leur séjour ici n’était que temporaire et qu’ils pouvaient être renvoyés chez eux." Dans la pratique, il n’est pas toujours facile de les renvoyer pour des raisons juridiques, reconnaît Stoklund. "Nous avons donc renforcé les exigences envers les nouveaux arrivants: ils doivent apprendre le danois, s’intégrer activement dans la société, se former et devenir immédiatement actifs sur le marché du travail."

L’impact du durcissement de la politique migratoire a été plutôt neutre sur le choix des électeurs, parce que les Danois estimaient que les élections ne changeraient rien à la politique suivie.
Ulf Hedetoft
professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague

Le parti a pris des positions audacieuses: refus de demandes d’asiles et d’accueillir des migrants de camps en dehors de l’Europe, interdiction d’aller à l’école aux enfants ne parlant pas le danois… Les sociaux-démocrates ne faisaient pas partie du précédent gouvernement, mais ont approuvé de nombreuses nouvelles règles – plus strictes – proposées par la coalition de droite, dont une loi controversée qui autorisait la confiscation de l’argent et des bijoux des demandeurs d’asile. Le leader du parti Mette Frederiksen a mené activement une campagne sur ce thème lors des dernières élections. En juin, les sociaux-démocrates sont arrivés au pouvoir avec un cabinet minoritaire, avec Frederiksen comme nouveau Premier ministre.

Quel impact?

"Depuis lors, les sociaux-démocrates danois sont souvent cités comme exemple de la manière dont les partis doivent se réinventer pour conserver des liens avec la base. Y compris en Belgique chez les socialistes flamands, où des voix sont élevées dans ce sens. Mais la vérité est plus nuancée, explique Ulf Hedetoft, professeur en sciences politiques à l’Université de Copenhague. L’impact du durcissement de la politique migratoire a été plutôt neutre sur le choix des électeurs, parce que les Danois estimaient que les élections ne changeraient rien à la politique suivie. Les sociaux-démocrates doivent surtout leur victoire à leurs promesses en matière d’âge de la retraite et de lutte contre les changements climatiques."

De nombreuses entreprises utilisent les migrants comme main-d’œuvre temporaire et bon marché.
Ago Yacoub
Réfugié syrien

Il n’empêche que la plupart des Danois continuent à soutenir l’approche dure du gouvernement. Les derniers chiffres révèlent en tout cas qu’elle décourage les candidats à l’immigration. Le nombre de demandes d’asile au Danemark est tombé à 50 par semaine. Au cours des sept premiers mois de l’année, seuls 1.400 migrants ou réfugiés ont demandé l’asile, contre 2.000 au cours de la même période un an plus tôt.

Ce renforcement des règles d’intégration a aussi aidé de nombreux immigrants à trouver un emploi. Au cours du deuxième trimestre de cette année, 42% des réfugiés âgés de 21 à 64 ans et au Danemark depuis trois ans avaient un emploi. Chez les hommes, ce pourcentage était même de 60%. En 2015, ces chiffres étaient deux fois moins élevés.

©Carsten Snejbjerg

Au centre communautaire The Trampoline House, dans un quartier situé au nord de Copenhague, Ago Yacoub nuance ces chiffres. Ce réfugié syrien conteste qu’il s’agisse d’emplois durables. "J’ai été obligé pendant un certain temps de travailler dans une entreprise de conditionnement de légumes. Ils m’ont chaque fois promis que j’obtiendrais un emploi fixe, mais c’étaient de fausses promesses. De nombreuses entreprises utilisent les migrants comme main-d’œuvre temporaire et bon marché."

Mission impossible

Aujourd’hui, Yacoub gagne en partie sa vie en tant que travailleur social au sein de The Trampoline House, qui aide les demandeurs d’asile en leur donnant des conseils, et en leur proposant une aide juridique et des cours. Il vit depuis sept ans au Danemark, mais n’a aucune idée du moment où il obtiendra un permis de séjour permanent. "Les conditions sont tout simplement trop strictes. Vous devez par exemple avoir gagné au moins 300.000 couronnes brut par an (40.000 euros) au cours des quatre années précédentes. Cela correspond au salaire d’un jeune professeur. Pour nous, les nouveaux venus sur le marché de l’emploi, c’est pratiquement impossible."

Le Danemark fait la course en tête dans la "race to the bottom" pour décourager les demandeurs d’asile et refiler la patate chaude aux autres pays.
Morten Goll
coordinateur de la maison communautaire The Trampoline House


Pour obtenir ce permis de séjour, Yacoub doit aussi réussir un examen "d’intégration" sur l’histoire danoise et les valeurs culturelles, une idée dont le gouvernement flamand souhaite s’inspirer pour exiger des migrants des connaissances de base minimum. "C’est incroyablement sévère. Vous devez répondre à des questions sur la lignée des rois danois que les élèves du secondaire ne doivent même plus connaître. De plus, l’examen change chaque année, et il est donc difficile de se préparer."

Morten Goll, coordinateur de The Trampoline House, n’approuve pas l’idée que le gouvernement flamand souhaite s’inspirer du Danemark. "Le Danemark fait la course en tête dans la ‘race to the bottom’ pour décourager les demandeurs d’asile et refiler la patate chaude aux autres pays. L’Europe est en train de se déshumaniser. Chaque pays souhaite rendre la vie aussi difficile que possible aux réfugiés. C’est indigne de notre démocratie occidentale."

Nouvelle équipe au pouvoir

Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement, plusieurs aménagements ont été apportés dans la politique d’asile. Le cabinet minoritaire de Frederiksen dépend en partie d’un bloc de plus petits partis, dont les écologistes et les sociaux-libéraux. Ces partis n’approuvent pas sa politique migratoire, qu’ils trouvent trop dure.

La droite nous reproche de rouvrir les portes d’accès à la société danoise (...). Au même moment, la gauche nous critique en disant que nous sommes inflexibles.
Rasmus Stoklund

Dans l’accord de gouvernement, il est explicitement fait mention d’une politique d’asile "plus humaine". Le projet de regrouper les demandeurs d’asile sur une île lointaine de la mer Baltique a été mis aux oubliettes. Le nouveau gouvernement a également décidé d’accorder des allocations plus généreuses aux nouveaux arrivants. Un rapport de l’Institut danois des droits humains a provoqué de vives réactions l’an dernier parce qu’il affirmait que de nombreux immigrants vivaient sous le seuil de pauvreté, alors qu’au Danemark, le droit au minimum vital est inscrit dans la constitution.

"En 2015, le gouvernement a exclu des allocations normales de survie certaines personnes qui vivaient au Danemark depuis moins de sept ans", explique Nanna Krusaa de l’Institut danois des droits humains. "Conséquence: 50.000 personnes, dont 20.000 enfants, ont dû se contenter de ce qui que nous appelons la prime d’intégration. L’idée derrière cette mesure, c’était que si les gens avaient moins de moyens, ils chercheraient plus vite du travail. Mais une enquête à grande échelle a montré que de nombreuses personnes avaient du mal à joindre les deux bouts."

Hausse temporaire des allocations

Un couple d’immigrants avec enfants reçoit désormais, selon la loi, une prime d’intégration de 17.300 couronnes (2.300 euros), alors que le salaire moyen d’un couple "normal" danois avec enfants se monte à 30.000 couronnes (4.000 euros). Krusaa: "Certains parents n’avaient de l’argent que pour offrir un petit-déjeuner à leurs enfants et se privaient eux-mêmes de manger. D’autres n’avaient pas les moyens d’acheter des médicaments, des tickets de bus, des vêtements d’hiver ou une nouvelle paire de lunettes. Les conséquences sociales furent non négligeables, avec des enfants qui par exemple ne pouvaient pas suivre des activités extrascolaires. Tout cela n’est évidemment pas propice à une véritable intégration."

La puissante organisation patronale danoise a demandé que l’on réduise le salaire mensuel minimum que les citoyens non européens doivent gagner pour obtenir un permis de séjour temporaire.

Le nouveau gouvernement a dès lors décidé d’accorder temporairement des allocations supplémentaires à 28.000 enfants. Leurs parents reçoivent aujourd’hui jusqu’à 700 couronnes (94 euros) de plus par enfant et par mois. Il a également créé une commission qui étudie si les mesures de soutien doivent évoluer. "Le gouvernement a pris clairement un nouveau virage, en particulier pour les enfants", explique Krusaa.

Jeudi, l’augmentation des allocations a fait l’objet de discussions lors des débats de la rentrée parlementaire. "La droite nous reproche de rouvrir les portes d’accès à la société danoise, explique Stoklund. Elle se réfère à l’assouplissement de quelques règles de cohabitation dans les centres d’asile. Au même moment, la gauche nous critique en disant que nous sommes inflexibles. Pour un parti social-démocrate au pouvoir comme le nôtre, c’est un peu comme danser sur une corde raide."

Pression de l'industrie

Je ne crois pas que nous aiderons les enfants du quartier en attirant de riches Danois fuyant les prix élevés de l’immobilier dans la capitale.

Mais la pression pourrait venir de l’industrie danoise. Suite au vieillissement de la population et à une conjoncture économique favorable, les entreprises ont de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre. Seuls 125.000 des 5,7 millions de Danois reçoivent des indemnités de chômage, une baisse de 9,5% en un an. Par comparaison: la Belgique compte 400.000 demandeurs d’emploi.

Suite au boum des secteurs de la construction, de l’horeca et de l’off-shore, la pénurie de travailleurs devrait continuer à s’accentuer, au point que la puissante organisation patronale danoise a demandé que l’on réduise le salaire mensuel minimum que les citoyens non européens doivent gagner pour obtenir un permis de séjour temporaire. Stoklund s’attend, lui aussi, à ce que les pénuries de personnel sur le marché de l’emploi se traduisent par un assouplissement des règles d’intégration. "Lors de la formation du gouvernement, nous avons convenu que le permis de séjour accordé aux migrants qui travaillent depuis deux ans pour la même entreprise serait automatiquement prolongé."

"Petits virages"

Malgré tout, le politologue Ulf Hedetoft ne croit pas que cela changera beaucoup de choses à la dure politique de migration et d’intégration. "Les petits virages pris par le gouvernement, comme l’abandon du projet de regrouper les demandeurs d’asile sur une île, s’expliquent davantage par des considérations pratiques et financières que par de véritables choix stratégiques. Les petits partis qui soutiennent le gouvernement brandissent ces changements comme une grande victoire, mais pour les migrants, peu de choses vont changer. Les sociaux-démocrates utilisent un langage plus nuancé quand il s’agit de conséquences personnelles, mais ont tendance à faire machine arrière au moment de transformer ces bonnes résolutions en réalité."

Pour Heidi Nicolaisen, habitante du quartier ghetto de Tingbjerg à Copenhague, le gouvernement "ne s’occupe pas des vrais besoins". ©Carsten Snejbjerg

La plupart des Danois soutiennent encore la politique d’asile et de migration du gouvernement, mais à Tingbjerg, Heidi Nicolaisen ne s’attend pas à ce que cela fasse une différence pour son quartier. Elle pointe les nouveaux immeubles d’habitation voisins auxquels les entreprises mettent la dernière main. "Le gouvernement danois est le champion – dans ce cas-ci, littéralement – dans la construction de nouvelles façades. Mais je ne crois pas que nous aiderons les enfants du quartier en attirant de riches Danois fuyant les prix élevés de l’immobilier dans la capitale. On ne s’occupe pas des vrais besoins. Avec mes voisins, cela fait des années que nous demandons une nouvelle plaine de jeux, mais nous n’en avons pas encore vu la couleur."

La professeure Anne Frederiksen ne voit pas la politique du gouvernement d’un bon œil. "J’ai surtout peur d’une polarisation encore plus marquée de la société. Lorsqu’on me demande combien d’enfants de ma classe sont allochtones ou autochtones, je ne peux jamais répondre immédiatement car je ne pense jamais en ces termes. Pour moi, ce sont tous des enfants."

3 questions à Rasmus Stoklund

Député social-démocrate

1. Quelles sont les principales mesures gouvernementales danoises en matière d’immigration et d’intégration?

Nous avons clairement fait comprendre aux demandeurs d’asile que leur permis de séjour n’était que temporaire. L’objectif final est de les renvoyer dans leur pays d’origine, même s’il faut reconnaître que dans la pratique, ce n’est pas très facile. Et lorsqu’ils sont chez nous, nos attentes envers eux sont élevées. Ils doivent apprendre le danois – comme c’est d’ailleurs le cas pour tous les autres citoyens européens –, s’intégrer activement et se former. Ils doivent être actifs sur le marché de l’emploi, entre autres via des stages et du travail communautaire.

2. Il arrive que des réfugiés qui respectent ces exigences n’aient aucune perspective d’obtenir un permis de séjour permanent après sept ans passés au Danemark. N’est-ce pas trop sévère?

Je ne suis ni sourd ni aveugle. Pour quelqu’un qui a échappé à un vrai cauchemar en Syrie, cette incertitude est bien entendu difficile à vivre. D’un point de vue individuel, c’est lourd, j’en suis conscient, mais c’est notre devoir en tant que politiciens de chercher des solutions structurelles qui garantissent la pérennité de la prospérité du Danemark.

3. Quelle leçon souhaiteriez-vous transmettre au gouvernement belge?

Allez-y! Les partis de gauche nous reprochent d’être trop durs envers les réfugiés, mais nous ne raisonnons pas en ces termes. Nous pensons à l’avenir de notre modèle. Si trop de personnes ont le sentiment que l’argent public n’est pas utilisé de manière équitable, la classe moyenne ne comprendra plus la signification de l’État Providence et le rejettera.

 



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