Ce qui change pour le FESF après S&P

Les dirigeants européens ont appelé samedi à une accélération de la mise en oeuvre des réformes de stabilisation budgétaire et du fonds européen de stabilisation financière au lendemain de l'abaissement de la note de plusieurs pays par l'agence de notation Standard & Poor's. (© AFP)

Le FESF pourrait émettre du papier moins bien noté, suite à la dégradation de la note de plusieurs pays européens par S&P. Le fonds de secours européen est à la recherche de nouveaux moyens.

L'abaissement de la note de la majorité des pays de la zone euro par Standard & Poor's risque de fortement réduire la capacité de prêt du Fonds européen de stabilité financière (FESF), fonds de secours de la zone euro, surtout s'il insiste pour conserver sa note AAA, estimaient les spécialistes avant que n'intervienne la dégradation de la note du Fonds.

Ainsi, la décision de S&P de réduire d'un cran la note de la France, la privant de son triple A, la note maximale, devrait réduire la puissance de feu effective du FESF de près de 20%, soulignait vendredi un responsable de la zone euro juste avant l'annonce officielle du déclassement par l'agence américaine. De 440 milliards d'euros, elle sera ramenée à 360 milliards.

"Il est clair que la puissance de feu actuelle de 440 milliards d'euros ne tient plus, en raison de la façon dont elle est calculée", a déclaré ce responsable de la zone euro qui participe aux discussions sur le FESF.

Dimanche, un autre responsable de la zone euro évoquait lui une réduction de 180 milliards d'euros de la capacité de prêt du FESF.

Les pays "AAA" mis à contribution

Quand elles ont été priées de noter le FESF, les trois grandes agences internationales, S&P, Moody's et Fitch, ont décidé qu'elles baseraient leur calculs seulement sur les pays notés AAA, attribuant une garantie zéro aux autres Etats, explique ce responsable. Or, les six pays notés à la note maximum ne sont désormais plus que quatre après la dégradation de la France et de l'Autriche. En outre, sept autres Etats ont vu leur note abaissée.

De ce fait, pour maintenir le label AAA après le coup de tonnerre de vendredi, le FESF va devoir demander des garanties plus fortes aux quatre derniers pays notés triple A: l'Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas.

C'est ce qu'a d'ailleurs laissé entendre John Chambers, président du comité des notations souveraines de S&P. Le FESF pourrait conserver son triple A si ces quatre pays augmentent leur soutien financier, a-t-il déclaré vendredi soir à Reuters Insider.

Même avant la baisse massive de notes décidée par S&P, comme six Etats sur 17 seulement étaient notés triple A, tous les Etats membres devaient fournir des sur-garanties pour faire en sorte que le FESF reste noté AAA. Ces engagements totalisent 780 milliards d'euros.

Emission en vue?

De ce fait, cela pourrait inciter le FESF à émettre de la dette notée en dessous du triple A. Ce qui augmenterait immédiatement sa capacité, estiment certains spécialistes, parce que le montant des garanties existantes suffirait à couvrir une émission plus importante de dette un peu moins bien notée.

Et un responsable de la zone euro d'ajouter vendredi que la note AAA du FESF, qui a pour l'instant émis une vingtaine de milliards de papier à la note maximale, ne doit pas être considérée comme intouchable.

Pas d'augmentation pour le FESF

Le gouvernement allemand a exclu lundi de manière catégorique toute augmentation des garanties apportées au FESF par les membres de la zone euro, dictée par la dégradation de la note de neuf pays de la région.

"Le gouvernement allemand n'a aucune raison de penser que le volume des garanties du FESF ne suffirait pas à remplir ses obligations", a dit le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, lors d'un point presse. Mme Merkel avait déjà fait des déclarations en ce sens dès le week-end.

Wolfgang Schäuble doute

Le ministre allemand des Finances a par ailleurs une nouvelle fois réclamé de revoir à la baisse l'influence des agences de notation et de "ramener leur rôle à ce qu'il est réellement", rappelant que l'Union européenne travaillait à des règles de transparence à leur égard.

M. Schäuble, qui estime comme de nombreux responsables politiques européens que les dégradations par S&P sont arrivés à contre-temps alors que l'Union européenne et la zone euro sont sur le point de signer un pacte budgétaire plus sévère et que de nombreux pays ont adopté des plans d'austérité, a aussi émis le soupçon que les agences de notation étaient guidées par la "compétition" qu'elles se livrent pour attirer "l'attention publique".

Dans son communiqué vendredi, plus que l'absence de mesures d'économie c'est au contraire leur multiplication que S&P a mis en avant pour expliquer sa décision de dégradation.

"Cette critique est infondée", a répliqué M. Seibert, en rappelant que "le gouvernement allemand avait identifié dès le départ deux racines du mal" en ce qui concerne la crise de l'euro, à savoir "d'une part le problèmes des finances publiques, et de l'autre celui de la perte de compétitivité de certains pays".

 

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