analyse

Ceci n'est pas une crise belge

C'est la décision du gouvernement autrichien de Sebastian Kurz de ne pas soutenir le pacte qui a donné les coudées franches à la N-VA. ©AFP

Le Pacte migratoire n'agite pas que la Belgique. Bien avant que la NVA ne sorte du bois, sept pays sur les 27 de l'Union européenne avaient annoncé qu'ils ne signeraient pas le texte.

Lorsque le Premier ministre belge Charles Michel s’engageait en septembre à la tribune de l’ONU à signer le pacte sur les migrations, il ne se doutait guère que la question mettrait en danger son gouvernement. Et pour cause, aucun de ses ministres n’avait bronché lors des négociations.

Cette crise est d’autant plus imprévisible qu’elle ne vient pas de l’intérieur, mais d’un mouvement européen. Ses racines ne sont pas "belgo-belges". En premier lieu parce que type de convention, un texte impliquant 190 États, ne se négocie pas par la Belgique "seule", mais en tant que pays de l’Union européenne, en intelligence avec ses 27 autres États.

En second lieu parce que la campagne de la NVA contre le pacte a commencé après que l'Autriche, qui occupe la présidence tournante de l'UE, ait annoncé qu'elle ne signerait pas.

Le pacte de la discorde

Le pacte de la discorde divise non seulement notre pays, mais toute l’Union européenne, à la veille d’élections importantes où la peur du migrant est agitée par les partis populistes. La position de la N-VA, membre du groupe européen des conservateurs, ne fait que refléter celle d’autres partis eurosceptiques de droite radicale et d’extrême droite. Pour preuve du caractère européen de cette crise, Marine Le Pen, la présidente du RN français et Steve Bannon, le gourou déchu de Trump, iront samedi au parlement flamand jeter de l’huile sur le feu.

L’opposition au texte gagne en force. L’Autriche ne signera pas le pacte. Sous la pression du FPÖ, partenaire d’extrême droite au gouvernement, et fondé par d’anciens nazis, le chancelier Sebastian Kurz a fini par retirer son pays du processus mercredi dernier. L’Italie, où la Ligue est au pouvoir, ne signera pas non plus, de même que la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Bulgarie.

Comme en Belgique, le pacte a fait débat in extremis en Slovénie et en Croatie. Les deux pays ont fini par se rallier. Le rejet du pacte est total là où l’extrême droite est au pouvoir. Mais ce n’est une règle.

Par ailleurs, tous les pays opposés au pacte n’ont pas connu la vague migratoire, comme la Tchéquie, qui a accueilli peu de migrants. Le point commun semble être historique et géographique. C’est toute l’Europe centrale qui s’oppose, sur un territoire qui englobe en grande partie l’ancien empire austro-hongrois. Des pays déchirés par les deux guerres mondiales et la Guerre froide, en prise aujourd’hui à une vague de populisme nostalgique des nations du XIXe siècle.

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