Chaos politique chez les Suédois

Le gouvernement suédois a-t-il bâclé un contrat d'externalisation informatique? ©AFP

Des informations sur le personnel militaire, les véhicules et les plans de défense et d'urgence ainsi que des documents sensibles sur les ports, les ponts, les réseaux ferré et routier sont arrivés entre de mauvaises mains à cause du gouvernement suédois.

Si la "Suédoise" a passé une bonne journée grâce à son accord gouvernemental, ce n'est pas le cas des Suédois, les vrais, ceux de Suède. Le gouvernement nordique est en effet dans la tourmente à cause d'un cyberscandale. 

Tout part de fuites de données sensibles détenues par un organisme public. En bref, l'Agence publique de transports de Suède a confié le registre des permis de conduire à des techniciens n'ayant pas d'habilitation de sécurité en République tchèque et en Roumanie, dans le cadre d'un contrat d'externalisation informatique.

Que des travailleurs de l'Europe de l'est connaissent la date d'obtention du permis de conduire d'un Suédois lambda ne posent a priori pas vraiment de problème. Par contre, qu'ils aient accès à l'identité d'agents des services de renseignement et d'autres personnes bénéficiant d'adresses et d'identités secrètes, si. C'est en tout cas ce que laissent entendre plusieurs médias suédois.

Trois ministres sur la sellette 

Au gouvernement, c'est la cata. Trois ministres sont mouillés dans le scandale. Le ministre de l'Intérieur Anders Ygeman et celui de la Défense Peter Hultqvist ont gardé ces informations pour eux un peu trop longtemps, au lieu de les faire remonter au Premier ministre Stefan Löfven. La ministre des Infrastructures, Anna Johansson, assure quant à elle n'avoir été mise au courant que tardivement. Quoi qu'il en soit, ces trois ministres pourraient tirer leur révérence. Une conférence de presse est attendue jeudi à 10h.

Leurs démissions ne seraient pas surprenantes quand on sait qu'une ministre a déjà remis sa démission dans ce pays pour avoir bu deux verres de vin avant de reprendre la route. Pas top l'exemple pour une ministre de l'Enseignement secondaire, mais de là à démissionner... Ici, les faits reprochés aux ministres sont évidemment plus sérieux, ce qui pousse d'autant plus la presse spéculer sur leurs départs respectifs. 

La droite aussi mouillée

Les représentants des partis de l'opposition vont déposer une motion de censure contre les ministres impliqués dans le cyberscandale. ©AFP

Côté opposition, on parle de naïveté et d'irresponsabilité. Et on agit aussi. Les quatre partis d'opposition du centre et de la droite vont déposer une motion de censure pour faire tomber les ministres concernés. Avec le soutien des Démocrates de Suède (extrême droite), ils sont quasiment certains d'obtenir la majorité requise. L'opposition, par ailleurs divisée et affaiblie dans les sondages, ne demande pas la tête du chef du gouvernement, même si l'hypothèse de sa démission est évoquée par des politologues.

Ce courroux de la droite énerve toutefois les partis de gauche au gouvernement qui pointent du doigt de l'opportunisme politique. La droite était en effet aux affaires lorsque l'appel d'offres pour l'externalisation informatique de l'agence a été lancé. L'agence avait alors signé un contrat en avril 2015 avec la multinationale IBM, laquelle avait alors fait appel à des sous-traitants tchèques et roumains.

Pour rajouter de l'eau au moulin, la démission de la directrice générale de l'agence de transports Maria Ågren remonte aussi à la surface. Elle avait rendu son tablier en janvier dernier, sans en préciser la raison, après une enquête de la Police de sécurité, chargée notamment du renseignement et du contre-terrorisme. Elle a depuis reconnu des enfreintes aux règles de traitement des données et accepté de payer une amende de 70.000 couronnes (7.300 euros).

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés