analyse

Charles Michel s'adjoint les services du couteau suisse des hautes sphères européennes

Charles Michel aux côtés de François Roux ©BELGA

Le futur président du Conseil européen a tranché: François Roux troquera la représentation permanente de la Belgique auprès de l’UE pour une fonction de chef de cabinet. Pas de quoi effrayer l’intéressé dont l’expertise est largement reconnue.

"C’est une Rolls", un homme "précis, capable d’anticiper", "un serviteur de l’État", quelqu’un "qui a le sens de l’écoute". Au MR, on ne tarit pas d’éloges quant au profil retenu par Charles Michel pour l’épauler au Conseil européen.

Et pour cause, l’actuel ambassadeur à la représentation permanente de la Belgique auprès de l’Union européenne, amené à coiffer la casquette de chef de cabinet du futur président, est l’un des diplomates belges à l’esprit le plus affûté sur tout ce qui touche aux rouages institutionnels du Vieux continent.

"François Roux est un serviteur de l’État, capable d’endosser une vision et de la mettre en œuvre."

Depuis ses études en sciences économiques (Paris II) puis en affaires publiques et internationales (Sciences Po Paris et UCL), François Roux est passé par toutes les étapes, ou presque. De l’ONU, dans divers postes, au cabinet de Louis Michel alors ministre des Affaires étrangères, en passant par le cabinet d’Olivier Chastel alors chargé des Affaires européennes, pour finir à la direction générale Coordination et Affaires européennes du SPF Affaires étrangères, il a enchaîné les fonctions et emmagasiné les acquis (sur le marché unique, la politique étrangère et de sécurité commune, le programme alimentaire mondial, la présidence belge du Conseil européen, etc.). Déménageant dans la foulée, de Rome à Genève, ou encore au Rwanda, où il a été ambassadeur.

Ce qui fait de l’homme de 61 ans, né à Guatemala Ciudad, un allié de poids dans la tâche d’ampleur qui attend le Premier ministre sortant au 1er décembre, date de son entrée en fonction. "Il a été formé par les meilleurs diplomates et connaît toute la mécanique institutionnelle", vante-t-on dans l’entourage de Charles Michel. Résultat, il est aujourd’hui "reconnu par ses pairs" – notamment grâce à une discrétion absolue et un engagement total envers l’État, "peu importe la fonction qu’il ait exercée".

"Sherpa" depuis 2014

"Pour qu’il l’ait choisi à un tel niveau, c’est que Charles Michel a confiance en lui. Et un grand respect."
Un proche de Charles Michel

C’est d’ailleurs cette ascension qui, à un moment donné, a titillé l’intérêt de Charles Michel – et marqué le début de leur relation. Poste à la clé – "au moment de choisir quelqu’un, c’est assez naturellement que les regards se sont tournés vers lui", nous confie un libéral. En 2014, le libéral lui propose de monter à bord de l’aventure suédoise, en endossant un rôle de "sherpa", du nom de ces conseillers sommés lors des Sommets européens – un job pour lequel "il s’agit de sentir les choses avant qu’elles ne se produisent", pour lequel il "faut un instinct", commente un fin connaisseur des cénacles diplomatiques. Il accepte et, en 2016, ajoute une autre corde à son arc en prenant la tête de la représentation permanente de la Belgique auprès de l’Union européenne, en remplacement de Dirk Wouters, l’ex-chef de cabinet des démocrates-chrétiens flamands Herman Van Rompuy et Steven Vanackere.

Cumul intriguant? Il n’est en effet pas commun d’endosser ces deux responsabilités. Non, il témoigne d’une confiance, d’un lien réel entre les deux hommes. "Pour qu’il l’ait choisi à un tel niveau, c’est que Charles Michel a confiance en lui. Et un grand respect", analyse un proche de l’ex-Premier ministre.

"C’est quelqu’un qui est capable d’endosser une vision et de la mettre en œuvre, et ce, avec un réel souci de faire avancer le projet européen."

Mais pour autant, ne vous trompez pas. C’est bien Charles Michel qui reste à la manœuvre. Car la vision, c’est lui. François Roux est, pour sa part, plutôt chargé de la transposition, fort de son expérience de terrain, de ses "contacts à tous les niveaux", "de sa capacité à créer un réseau", nous souffle-t-on. "C’est quelqu’un qui est capable d’endosser une vision et de la mettre en œuvre, et ce, avec un réel souci de faire avancer le projet européen."

Il devrait d’ailleurs aider Charles Michel à poursuivre sur la voie, empruntée déjà depuis quelques années, d’une Europe "à plusieurs vitesses", soit recentrée sur ses six pays fondateurs, afin de pallier, du moins dans un premier temps, à un autre chantier dont il faudra s’occuper rapidement: la paralysie de la mécanique institutionnelle. Argument massue opposé à toute éventuelle volonté d’élargissement.

Pour ce faire, certains soulignent l’avantage d’avoir occupé des postes multilatéraux par François Roux. "Dans la fonction qui sera la sienne, ce sera nécessaire de jouer sur ce levier." "L’interinstitutionnel sera important, d’autant plus dans le cadre de la gestion de futurs dossiers de type Brexit, qui demandent une position commune clairement établie."

Le CD&V hériterait de la place laissée vide

Quid de la place laissée vacante par l’intéressé? Selon nos confrères du Standaard, deux concurrents étiquetés CD & V sont en lice pour une entrée en fonction prévue en septembre prochain à la tête de la représentation permanente auprès de l’Union européenne.

Il s’agit de Geert Muylle, l’ancien conseiller diplomatique d’Yves Leterme lorsqu’il était chef du gouvernement fédéral (2004-2009), et de l’actuel ambassadeur de Belgique en Allemagne, Willem van de Voorde. L’actuel "numéro deux" assurera jusque-là l’intérim à la tête de la "RP", comme on dit dans le jargon.

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