Christiane Taubira démissionne sur "un désaccord politique majeur"

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La ministre française de la Justice a remis sa démission au président de la République qui l'a acceptée et a nommé le député socialiste Jean-Jacques Urvoas pour la remplacer.

La ministre française  de la Justice, Christiane Taubira, a démissionné du gouvernement en raison d'"un désaccord politique majeur" sur la politique sécuritaire du gouvernement, une décision attendue qui clôt de longs mois de défiance. Elle a présenté sa démission au chef de l'Etat avant le conseil des ministres, le jour de la présentation par le Premier ministre de la révision de la Constitution sur l'extension de la déchéance de nationalité, disposition, finalement expurgée, qu'elle combattait.

Christiane Taubira est remplacée par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale, un proche du Premier ministre.

"Je quitte le gouvernement sur un désaccord politique majeur. Je choisis d'être fidèle à moi-même, à mes engagements, à mes combats, à mon rapport aux autres."

En fonction depuis le 16 mai 2012, l'"icône" du mariage homosexuel, porte-parole des frondeurs de la gauche, met ainsi fin à une situation inconfortable, voire intenable, au sein d'un gouvernement où elle était de longue date en porte-à-faux avec François Hollande et Manuel Valls. 

Attaquée régulièrement par l'opposition qui réclamait sa démission, Christiane Taubira, qui aura 64 ans le 2 février, avait mené à son terme en 2015 une réforme pénale jugée "laxiste" par la droite et le Front national pour avoir supprimé notamment les peines planchers. 

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A l'Assemblée, les députés socialistes et écologistes se sont levés pour l'applaudir après qu'elle eut été remerciée pour des "combats emblématiques" et des "moments historiques".

La décision de François Hollande, après les attentats du 13 novembre, de constitutionnaliser la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français convaincus de terrorisme, aura précipité le départ de Christiane Taubira alors qu'elle avait exprimé le voeu de rester à son poste. Ironie du sort, le gouvernement, au nom de l'unité nationale, a finalement renoncé à inscrire la référence aux binationaux dans la Constitution.

 

Qui est Jean-Jacques Urvoas? 

 

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  Ce Breton de 56 ans, député du Finistère depuis 2007, a longtemps été le monsieur sécurité du Parti socialiste avant d'être nommé président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale au début du quinquennat de François Hollande. A ce titre, il a notamment préparé la loi qui a légalisé en 2015 les pratiques clandestines des services de renseignement pour lutter contre la menace terroriste en France.

Jean-Jacques Urvoas avait construit le programme électoral du PS en matière de sécurité avec pour objectif de gommer la réputation d'angélisme qui collait à la peau du parti. Membre du premier cercle de Dominique Strauss-Kahn, il avait notamment proposé la création des zones de sécurité prioritaires (ZSP), dont Manuel Valls a fait l'une des principales vitrines de son action lorsqu'il était ministre de l'Intérieur.

Juriste, alors quasi néophyte en matière de sécurité, Jean-Jacques Urvoas a multiplié les rencontres avec les spécialistes et les représentants des forces de l'ordre avant de présenter son projet à la direction socialiste. La méthode résume ce personnage qui, selon ses proches, n'aime rien moins tant que maîtriser son sujet. Lecteur avide, comme en témoignent les étagères de son bureau, il fait de ses collaborateurs des rats de bibliothèque, apprécie de connaître l'histoire d'un dossier, jusqu'à remonter très loin dans le temps.

Homme discret, que son entourage dit gros travailleur, a la réputation d'être un homme politique "à l'ancienne", qui se voit avant tout en serviteur de l'Etat. Peu stratège, il a cru en "DSK" avant de voir son champion, et avec lui ses chances de devenir ministre, réduites à néant par l'affaire du Sofitel de New York. Il a été un des derniers à rallier en 2012 François Hollande, qui avait déjà confié le volant sécurité de sa campagne à François Rebsamen.


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