portrait

Christophe Castaner, l'ombre portée d'Emmanuel Macron

Le poste qu'il décroche aujourd'hui il en rêvait jour et nuit à voix haute. Christophe Castaner, débarrassé du rôle ingrat de patron d'un parti politique et des habits d'un secrétaire d'Etat dans lesquels il se sentait pour le moins engoncé, a été nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement français.

Au moins une fois Christophe Castaner a laissé échapper ses larmes. En 2016, après avoir achevé un périple pédestre de 270 kilomètres à travers sa circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, celui qui vient d'être nommé ministre de l'Intérieur dans le troisième gouvernement d'Edouard Philippe a laissé filtrer face caméra, une émotion qui n'avait rien de feinte.

Mais attention, cet homme de 52 ans, dont trente passés au sein du parti socialiste, ancien maire de Forcalquier, est un faux tendre. Le compagnonnage d'avec Emmanuel Macron, d'abord comme porte-parole du candidat, ensuite en tant que secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d'Édouard Philippe et enfin secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement tout en étant délégué général du parti présidentiel, a beaucoup contribué à endurcir ce personnage à l'abord affable au verbe caressant.

Les dates-clé de Christophe Castaner

1966 Naissance le 3 janvier à Ollioules (Var)

1986 Il obtient son bac en candidat libre

2001 Il conquiert la mairie de Forcalquier après différentes expériences dans des cabinets ministériels

2012 Il est élu député des Alpes de Haute Provence (réélu en 2017)

2016 Il quitte le PS pour Emmanuel Macron dont il est tombé "amoureux"

2017 Il entre en mai au gouvernement comme secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement

2017 Il est élu en novembre délégué général de La République en marche

Le poste qu'il décroche aujourd'hui, il en rêvait jour et nuit à voix haute. Il détenait, à l'égard de ses concurrents potentiels, l'indiscutable avantage d'une loyauté sans faille à l'égard du président. Sauf ce jour de septembre 2018 où il avait déclaré vouloir ouvrir une "réflexion sans tabou" sur les droits de succession, sortie lui ayant valu d'être recadré par l'Elysée qui avait affirmé -en paraphrasant Pompidou sermonnant Chirac- qu'il fallait "cesser d'emmerder les retraités".

C'est ainsi que l'on apprend à travailler avec Emmanuel Macron et Christophe Castaner est à n'en pas douter un très bon élève. Les deux hommes qui se tutoient vont aussi se faire face puisqu'il n'y a qu'une rue à traverser pour se rendre du ministère de l'Intérieur au palais de l'Elysée. Ce qu'au passage, un certain Nicolas Sarkozy avait fait pour de bon en prenant la place de Jacques Chirac.

Lourde pile de dossiers en cours

Un gros travail l'attend pour lequel il sera secondé par Laurent Nunez, nouveau secrétaire d'Etat à la Sécurité intérieure et surtout ancien patron de la Direction générale de la sécurité intérieure. "Casta" ainsi qu'il est familièrement surnommé sait qu'une lourde pile de dossiers l'attend: la réorganisation de la police, un plan de lutte contre le trafic des stupéfiants, une simplification de la procédure pénale en lien avec le ministère de la Justice, la réorganisation de l'islam de France, la politique migratoire et sans compter la menace permanente des attentats terroristes.

Christophe Castaner en compagnie du Premier ministre, Edouard Philippe. ©AFP

Mais cela ne devrait pas impressionner celui a la réputation d'être un travailleur acharné qu'aiguillonnent par ailleurs un ego démesuré qu'il reconnaît et une ambition sans frein. En tant que ministre de l'Intérieur, il sera également aux premières loges pour les scrutins électoraux à venir, les Européennes de 2019 qui s'annoncent délicates et les municipales de 2020 pour lesquelles le parti de la République en Marche espère bien décrocher Paris.

Voilà enfin Christophe Castaner débarrassé du rôle ingrat de patron d'un parti politique et des habits d'un secrétaire d'Etat dans lesquels il se sentait pour le moins engoncé. Cet ancien amateur de poker va enfin pouvoir donner toute sa mesure avec la possibilité d'une parole directe avec l'Elysée. Tout ce qui agaçait déjà Edouard Philippe du temps de Gérard Collomb.

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