Ciudadanos ne soutient ni la motion de censure, ni Rajoy

Albert Rivera ne votera pas la motion de censure ce vendredi. Il souhaite néanmoins la nomination d'une personne indépendante et des élections anticipées. ©AFP

Éclaboussé par le scandale de corruption qui a touché le Partido Popular, le président espagnol Mariano Rajoy rejette toute intention de démissionner. Et ce à deux jours du vote d'une motion de censure de l'opposition qui ne sera pas appuyée par Ciudadanos.

Mariano Rajoy ne veut pas céder au "chantage" du parti socialiste (PSOE). Alors que la position du président espagnol s'est fragilisée au lendemain du scandale de corruption concernant sa formation politique, il dément tout abandon de son mandat. Pour sa part, Ciudadanos (centriste) a annoncé qu'il ne voterait pas en faveur de la motion de défiance... mais n'exclut pas d'en proposer une seconde.

"Motion-chantage" et "gouvernement Frankenstein"

Ce mercredi, Albert Rivera, chef de file du parti centriste Ciudadanos, a annoncé qu'il ne voterait pas la motion de défiance déposée à l'encontre du président espagnol Mariano Rajoy. Un choix qui pourrait changer la donne et permettre au chef du gouvernement de conserver son poste.

Ciudadanos, planche de salut de Mariano Rajoy? Pas vraiment. La formation avait en effet appelé à la démission de Mariano Rajoy après la condamnation visant des membres du PP.

Se confiant au micro de radio COPE, Albert Rivera a précisé qu'il restait ouvert à la proposition d'une seconde motion de défiance avec un candidat indépendant et la perspective d'élections législatives anticipées. "Un solide gouvernement légitime issu des élections donnerait plus de stabilité à l'Espagne qu'un 'gouvernement Frankenstein' avec une minorité parlementaire", a annoncé la figure de Ciudadanos.

La formule "gouvernement Frankenstein" qualifie un gouvernement qui inclurait le PSOE, Podemos ainsi que les indépendantistes catalans et les nationalistes basques.

Le positionnement de Ciudadanos ne devrait pas satisfaire la formation socialiste du PSOE, à l'initiative de la motion de censure. A sa tête, Pedro Sánchez a fustigé implicitement les positions floues de certains acteurs politiques. "Il n'y a pas de positions intermédiaires, c'est un oui ou un non à la motion de censure. A ceux qui défendent le non, il faut demander: dans quelle position se trouvera la démocratie espagnole si samedi prochain Rajoy continue à être le président du gouvernement?", a interrogé le responsable politique via Twitter.

Du côté de Mariano Rajoy, il n'est pas question de céder au "caprice" de la formation socialiste. Le président entend bien se maintenir à la tête de l'Espagne et achever le mandat qui lui a été confié.

"Alors que le Parti Populaire a surmonté une crise, une motion de censure et deux élections, Pedro Sánchez, avec la motion de censure, fait un chantage à plusieurs groupes: aux Catalans et aux Basques en formant un pacte avec les indépendantistes et aux Espagnols. C'est une motion-chantage", a dénoncé Mariano Rajoy ce mercredi.

"J'ai un mandat des citoyens qui ont donné à mon parti plus de cinquante sièges de plus que le deuxième parti (le PSOE, NDLR) (...) Ils vous font à tous du chantage. Nous verrons qui accepte le chantage."

Pour être adoptée, la motion doit rassembler 176 suffrages à la chambre basse où le PP est minoritaire. En l'absence d'appui de la part des centristes, les socialistes devront s'attacher le soutien de Podemos (gauche), de partis régionaux ainsi que des indépendantistes catalans.

Élections anticipées en vue?

Au sein d'une classe politique particulièrement fragmentée, l'idée de la tenue d'élections anticipées commence à faire son chemin. Et ce que Mariano Rajoy poursuive son mandat ou non.

"Même si aucune mention ne réussit à être adoptée pour renverser Rajoy, le risque d'élections anticipées avant la fin de l'année s'est accru de manière significative"
Antonio Barroso
Analyste chez Teneo Intelligence

"Même si aucune motion ne réussit à être adoptée pour renverser Rajoy, le risque d'élections anticipées avant la fin de l'année s'est accru de manière significative", a commenté Antonio Barroso, analyste chez Teneo Intelligence.

Auquel cas, à quoi pourrait ressembler le futur gouvernement espagnol? "Si une élection anticipée se tient avant la fin de l'année, un gouvernement centriste, favorable aux marchés et pro-européen, devrait être le résultat le plus probable", a poursuivi Antonio Barroso.

De son côté, Albert Rivera estimé que la légitimité du gouvernement espagnol devrait reposer sur une personnalité indépendante. Il critique la motion de censure socialiste qui a pour objectif de déposer Mariano Rajoy en le remplaçant par Pedro Sánchez.

"La corruption et le manque de sens de l'état de bipartisme est en train de mener l'Espagne à une situation délicate au pire moment. Il faut sortir du trou en redonnant la voix aux Espagnols et ouvrir une nouvelle étape avec un gouvernement fort et propre", a tweeté Albert Rivera, reprenant les mots de Melisa Rodriguez, députée Ciudadanos.

Podemos envisage de son côté deux options pour le futur de l'Espagne. "Nous allons soutenir la motion de censure de Pedro Sánchez. Notre première option: un gouvernement progressiste. Notre seconde option: travailler pour qu'il y ait des élections législatives le plus vite possible", a annoncé le parti.

Alors que la motion de censure sera débattue les deux prochains jours, le maintien au pouvoir de Mariano Rajoy et la possibilité de nouvelles élections sont mis en balance.

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