Climat: le tour de force de 150 Français tirés au sort

La Convention citoyenne pour le climat, à Paris. ©Katrin Baumann / Convention citoyenne pour le climat

Les membres de la "Convention citoyenne pour le climat", réunis par le tirage au sort, sont parvenus après huit mois de débats à s'accorder de manière largement consensuelle sur des mesures radicales. Mais la bataille pour la légitimité de leurs propositions ne fait que commencer.

L’expérience touche à sa fin, le résultat vaut le détour, reste à voir ce que la France en fera. Après sept week-ends de réunions, les participants à la "Convention citoyenne pour le climat" créée par Emmanuel Macron en pleine crise des gilets jaunes ont remis dimanche 600 pages de propositions au gouvernement. Il faut des moyens pour la transition climatique? Ils vont les chercher dans les grandes entreprises: celles qui distribuent plus de 10 millions de dividendes sont ponctionnées à hauteur de 4%. S’attaquer à la pollution due à la mobilité? Ils interdisent la construction de nouveaux aéroports, limitent la vitesse sur les autoroutes. Rendre la consommation moins nocive pour l’environnement? Ils en finissent avec la publicité pour les produits les plus polluants.

"95% des mesures ont été prises à plus de 80% des voix. C’étaient des votes ultra-majoritaires à la fin du processus, malgré les grandes différences d’opinion qu’il pouvait y avoir au début."
Maxime Gaborit
Université Saint-Louis-Bruxelles

Des propositions souvent détaillées et parfois très radicales sur l’échelle de l’audace politique, adoptées de manière consensuelle par les conventionnaires: "95% des mesures ont été prises à plus de 80% des voix. C’étaient des votes ultra-majoritaires à la fin du processus, malgré les grandes différences d’opinion qu’il pouvait y avoir au début", observe Maxime Gaborit, le politologue de l’Université Saint-Louis–Bruxelles, qui a suivi l’ensemble du processus.

Sur 30.000 personnes de 16 à 80 ans initialement tirées au sort, 150 avaient été sélectionnées pour former un panel de volontaires représentatifs de la société française prêt à plancher sur la manière de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030. Comment expliquer que des sujets polarisants aient conduit à une telle convergence de vues au sein de cette assemblée? "L'élément qui a permis la construction d'une identité de groupe commune, et qui a fait que les citoyens ont pu jusqu’à la fin se mettre d’accord, c’est le rapport à l’urgence, la "claque", comme certains l’ont dit le premier week-end, face à l’exposition de la situation climatique", poursuit Maxime Gaborit.

Bataille de légitimité           

Jusqu’où un groupe de citoyens tirés au sort peut-il alimenter (ou court-circuiter) le travail parlementaire? "Il y a eu des critiques autour de l’idée que ces mesures, c’était la victoire des lobbies environnementaux, certains ont parlé de totalitarisme. Donc il va y avoir maintenant une bataille sur la légitimité pour 150 citoyens d’avoir proposé ces mesures", observe encore Maxime Gaborit.

Alors que la chambre basse du Parlement est contrôlée par le parti présidentiel – a priori enclin à jouer le jeu de la Convention – le terrain d’affrontement sera surtout au Sénat, où est majoritaire une droite conservatrice qui a montré des réticences vis-à-vis du processus. La voix du Sénat est incontournable pour faire passer la demande d’un référendum sur l’inscription de la lutte contre le réchauffement à l’article 1er de la Constitution française.

Blocages belges

"Un processus de réflexion mené par des citoyens avec l’appuis d’experts dans lequel il y a à la fois des Wallons, des Flamands, des Bruxellois pourrait dépasser les blocages qu’on a vus à l’œuvre en 2019 sur la loi climat."
Maxime Gaborit
Université Saint-Louis-Bruxelles

Les conventionnaires rencontrent le Président français la semaine prochaine, avant d’organiser en septembre une "réponse à la réponse" gouvernementale. En attendant, les premiers résultats ont de quoi intéresser une Belgique ankylosée, estime le chercheur:  "Il serait intéressant de voir si un processus de réflexion mené par des citoyens avec l’appui d’experts dans lequel il y a à la fois des Wallons, des Flamands, des Bruxellois pourrait dépasser les blocages qu’on a vus à l’œuvre en 2019 sur la loi climat." Quelle que soit d’ailleurs la question de départ, estime le politologue, le caractère potentiellement surprenant de la réponse citoyenne peut présenter un intérêt politique.

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