Comment Charles Michel prépare sa nouvelle vie au Conseil européen

Charles Michel, Premier ministre en affaires courantes et président-élu du Conseil. Ici photographié à son arrivée au bâtiment Europa lors d'un conseil européen. ©BELGA

Entre entretiens d’embauche et "colloques singuliers" avec d’autres chefs de gouvernement, le président-élu du Conseil européen prépare sa nouvelle vie. Avec, pour l'heure, une équipe de deux personnes.

Il reste le Premier ministre belge jusque fin novembre, mais il a déjà la tête dans les étoiles européennes – et un bureau provisoire au 5e étage du bâtiment Europa, le siège bariolé du Conseil européen. Alors que Charles Michel s’apprête à prendre le relais de Donald Tusk à la présidence de l’assemblée des chefs d'État et de gouvernement européens, son entourage a convié ce mardi la presse à une séance d’éclairage sur cette transition.

Entretiens d'embauche et tournée des capitales

Le Belge, qui peut compter sur l’appui du secrétaire-général du Conseil Jeppe Tranholm-Mikkelsen et de son équipe pour se préparer, s'atèle toujours à la formation de son cabinet. Il a reçu plusieurs centaines de candidatures et devrait aboutir à une équipe d’une taille équivalente à celle du président en exercice, qui compte 31 membres.

Pour l’heure, l’équipe de Charles Michel ne compte que deux personnes, issues de son cabinet de Premier ministre: son conseiller diplomatique Frédéric Bernard et son porte-parole néerlandophone Barend Leyts. Personne ne serait surpris de voir arriver à la tête de sa future équipe l’actuel représentant permanent de la Belgique auprès de l’Union, François Roux, mais aucune décision en ce sens n’a été annoncée à ce jour.

Le Premier ministre en affaires courantes s’est par ailleurs lancé dans une tournée des capitales: depuis l’été, il a rendu visite à onze dirigeants nationaux. Lors de ces discussions de fond – une série de "colloques singuliers" de deux à quatre heures – le président-élu cherche à avoir une compréhension fine de l'ordre des priorités de chaque dirigeant, nous explique-t-on. Pour nourrir sa réflexion de fond sur les sujets clés, Charles Michel participe par ailleurs à des tables rondes thématiques organisées avec des experts, loin des médias.  

Un agenda balisé

Le début de son mandat est déjà balisé par l’agenda européen: il devra chercher la clé du débat très sensible sur le prochain plan budgétaire à long terme de l’Union européenne (UE), le Cadre financier pluriannuel (CFP), qui définit le budget commun jusqu’en 2027. L’UE cherchera aussi, lors du sommet de décembre – le premier qui sera présidé par Charles Michel –, à aboutir à un accord sur l’objectif climatique de long terme de l’Union. Le but est de s’accorder pour la neutralité carbone à l’horizon 2050, et cela à temps pour communiquer la contribution européenne que les Nations unies attendent pour 2020.

Toute la question, au Conseil, porte sur le lien entre objectif climatique et budget, alors que les pays encore charbonniers attendent des garanties sonnantes et trébuchantes qu'ils seront soutenus au travers du futur "Fonds de transition juste".

Le Brexit va aussi faire partie des premiers dossiers à échoir sur le nouveau bureau du wavrien. Si l’accord de retrait britannique est bien adopté, le Conseil aura à déterminer une position de négociation sur le futur accord commercial, un nouvel équilibre qui pourrait s’avérer très délicat à trouver.  

Préciser les intérêts européens

Si le travail de Charles Michel sera balisé par le programme stratégique du Conseil et le projet de la prochaine Commission, le Belge entend utiliser la table du Conseil européen pour tenter de débloquer des dossiers sur lesquels les ministres ne trouvent pas de solution. Il envisage notamment de faire remonter des thèmes en lien avec la zone euro.

Le Belge devrait aussi insister sur le poids géopolitique de l’Europe sur la scène internationale, entraîner le Conseil dans des discussions approfondies sur la relation transatlantique, la relation avec la Chine, notamment. Il entend entretenir la discussion, au sein du Conseil, sur la définition des intérêts européens à défendre sur la scène internationale.

Charles Michel et Donald Tusk lors d'un Sommet européen, en juin 2017. ©Photo News

Le troisième président du Conseil devrait, enfin, s'attacher à faire évoluer l’image de la fonction – associée aux tapis rouges, limousines et poignées de mains trimestrielles. Que personne ne s'étonne, donc, de voir le successeur de Donald Tusk apparaître en bras de chemise aux côtés de pêcheurs de la Baltique, ou ailleurs, tant que c'est sur le terrain.

Reste à voir si sa présidence démarrera dans de bonnes conditions, avec une Commission européenne en ordre de marche de l’autre côté de la rue. Si l’équipe d’Ursula von der Leyen n’était pas sur le pont en décembre, on risque le faux départ, prévient-on au Conseil. Avec ou sans Commission von der Leyen – et d'ailleurs avec ou sans gouvernement fédéral –, Charles Michel s’installera le 1er décembre dans grand bureau du 11e étage du bâtiment Europa.


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