analyse

Comment Chypre a levé son veto sur les sanctions biélorusses

Le président du Conseil européen Charles Michel a mené une négociations au finish pour avertir Ankara et sanctionner Minsk. ©AFP

Après des semaines de blocage, Chypre a levé son veto aux sanctions contre la Biélorussie, en échange d'un accord face à la Turquie. Coulisses d'un accord difficile à arracher.

Les Vingt-sept ont repris leurs travaux vendredi, après avoir conclu aux petites heures de la nuit un accord sur la Turquie qui a permis d'adopter des sanctions contre le régime biélorusse. Une réussite pour le président du Conseil européen Charles Michel, alors que l'UE était divisée sur ces deux questions géopolitiques majeures. Chypre imposait son veto aux sanctions contre la Biélorussie tant que l'Europe ne haussait pas le ton contre Ankara. Une situation surréaliste.

Les sanctions, visant 40 proches du dictateur Alexandre Loukachenko, sont immédiates. L'UE n'exclut pas de les aggraver "si la situation ne s'améliore pas en Biélorussie", confie un haut fonctionnaire européen. Toutes les options sont possibles. Pour l'instant, Loukachenko n'est pas visé car "certaines capitales veulent préserver les chances d'un dialogue inclusif entre le régime biélorusse et l'opposition".

L'Europe n'exclut pas d'aggraver les sanctions "si la situation ne s'améliore pas en Biélorussie".
Un haut fonctionnaire européen

Chypre bloquait les sanctions depuis plusieurs semaines. Comment Charles Michel a-t-il déminé le terrain? En présentant dès le début du sommet un compromis élaboré en secret, alors que les dirigeants devaient parler de la Chine. "Il était important de ne pas mettre trop tôt ce texte sur la table, sinon il aurait été attaqué de toute part", poursuit ce haut fonctionnaire. Le président a bouleversé l'agenda mais aussi l'ordre des prises de parole de manière à focaliser le débat sur les provocations turques en Méditerranée.

"Le président savait que son premier texte n'était pas acceptable. Les Chypriotes et les Grecs l'ont immédiatement rejeté. Ils se sont battus. Il ne fallait pas qu'ils aient l'impression de ne pas obtenir des concessions", dit-il.

L'affaire s'est réglée en une heure dans une petite salle, entre des représentants de l'Allemagne, la France, la Grèce et Chypre. Deux options étaient sur la table. "Décider de sanctions maintenant" et bloquer le dialogue Ankara, ou "menacer de sanctionner la Turquie si on n’obtient pas des progrès". La deuxième l'a emporté.

"Un important travail avait été réalisé en amont", dit cette source. "Les vidéoconférences par petit groupe, généralisées depuis la crise du covid, ont été nombreuses et efficaces, ce qui a permis à chacun de s'expliquer".

Lutte contre le covid et plan de relance

Vendredi, le sommet était focalisé sur des questions "intérieures", après les affaires étrangères la veille. Le président français Emmanuel Macron était représenté par la chancelière allemande Angela Merkel. Une première dans l'histoire des deux pays. Et un symbole pour l'Union.

Les Vingt-sept se sont engagés à renforcer leur coordination dans la lutte contre le coronavirus et la recherche d'un vaccin.

Les dirigeants ont également abordé le plan de relance et le budget à long terme de l'UE, un paquet de 1,2 milliard. Sans entrer dans le détail, car d'intenses négociations sont en cours entre le Conseil et le Parlement européen. Les débats vont se durcir dans les prochaines semaines sur la question de l'Etat de droit. "Nous allons passer à un moment plus crispé. Aujourd'hui, c'était juste l'apéritif, les premières escarmouches", dit le haut fonctionnaire européen.

"Ce sera difficile, nous allons passer à un moment plus crispé sur l'Etat de droit. Aujourd'hui, c'était juste l'apéritif, les premières escarmouches."
Un haut fonctionnaire européen

Les États de l'UE sont divisés sur la question de la conditionnalité des aides versées aux États les plus touchés par la pandémie et le respect de l'État de droit. Un mécanisme pour bloquer les aides doit encore être défini. La Hongrie et la Pologne, dans le viseur de l'UE, veulent le tirer vers le bas. Le Parlement exige une application stricte du principe, ce qui ne convient pas au Conseil.

Les Vingt-sept ont discuté plus brièvement du marché intérieur, des défis du numérique et de la politique industrielle.

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