Comment l'Europe veut réconcilier l'économie avec la nature

Ursula von der Leyen a présenté ce mercredi au Parlement européen le "Pacte vert" pour le climat de la Commission européenne. ©EPA

La présidente de la Commission européenne présentait ce mercredi au Parlement européen son "Pacte vert" pour le climat. Ce plan vise à faire de l'Europe le premier continent neutre en émissions carbone d'ici 2050.

C’est le moment "Man on the Moon" de l’Europe, a lancé mercredi Ursula von der Leyen en comparant le Pacte vert qu’elle présentait à l’odyssée spatiale américaine lancée par John F. Kennedy. Deux semaines après son entrée en fonction, la présidente de la Commission posait son premier grand acte politique en dévoilant avec son vice-président au Climat Frans Timmermans un plan de 50 actions qui promettent de révolutionner le modèle de développement – pour ne pas dire le mode de vie – européen.

"Notre objectif est de réconcilier notre économie avec notre planète", a résumé l’Allemande.

Etre à l’avant-garde de l’industrie respectueuse

La boussole du pacte est une "loi climat" que la Commission doit présenter en mars prochain pour cadenasser l’objectif de neutralité carbone en 2050 sur lequel le Conseil européen doit encore s’accorder. Elle sera assortie d’ici l’été prochain d’un "plan complet" pour augmenter l’objectif climatique de 2030, aujourd’hui de -40% d’émissions par rapport à 1990, à "au moins 50% et vers 55%".

La stratégie vise notamment à décarboner le secteur énergétique (75% des émissions de l’Union), rénover les bâtiments (40% de la consommation énergétique), soutenir l’innovation industrielle ou encore le développement de modes de transport plus propres (25% des émissions). Il s’agit tout en arrêtant les émissions de créer des emplois et doper l’innovation, dit la Commission, vers qui tous les regards de la Conférence climatique de Madrid (COP25) étaient tournés. "Je suis convaincue que le vieux modèle de croissance, qui est basé sur les énergies fossiles et la pollution est obsolète et déconnectée de notre planète, (…) nous voulons être l’avant-garde de l’industrie respectueuse du climat."

En juin 2021, l’exécutif européen déposera une proposition de révision des règles sur la taxation de l’énergie. Elle se penchera notamment sur les exemptions accordées à l’aviation et la marine. La Commission propose – ça mérite d’être souligné – qu’elle soit adoptée par la procédure législative ordinaire et non à l’unanimité, comme c’est habituellement le cas en matière fiscale.

260 milliards d’euros annuels en plus

"Nous n’avons pas encore toutes les réponses. C’est le début d’un voyage."
ursula von der leyen
présidente de la commission

Dans le courant de la même année, un "mécanisme d’ajustement carbone aux frontières", sera mis sur la table pour réduire le risque de fuite carbone – "cela assurerait que le prix des importations reflète plus précisément leur contenu carbone".

Parmi les propositions attendues, la Commission prévoit encore une initiative pour les rénovations dans des bâtiments; une stratégie industrielle, pour utiliser notamment la transformation numérique comme levier pour atteindre les objectifs climatiques; une stratégie pour la biodiversité sera soumise en mars prochain; une stratégie pour la durabilité de l’industrie chimique; ou encore une stratégie pour la finance durable.

Pour mémoire, l’objectif climatique actuel de -40% d’émissions pour 2030 nécessite selon la Commission 260 milliards d’euros d’investissements additionnels par an (1,5% environ du PIB).

Pour convaincre les États les plus réticents, la Commission propose de mobiliser 100 milliards d’euros dans le "mécanisme de transition juste" à destination des pays et secteurs les plus vulnérables. Outre le "Fonds de transition juste" qu’Ursula von der Leyen veut mettre en place, ces États devraient pouvoir compter sur une mise à jour des règles sur les aides d’État pour doper les investissements verts, sur le programme d’investissements stratégiques InvestEU (ex-Plan Juncker), et sur le soutien de la Banque européenne d’investissement.

L’inclusion comme mot d’ordre

Elle promet une décarbonation inclusive – "soit cette transition fonctionnera pour tout le monde et sera juste, soit elle ne fonctionnera pas". En mars 2020, la Commission prévoit de lancer un Pacte climatique qui doit "donner aux citoyens une voix et un rôle" dans la conception des nouvelles actions.

Le Green Deal est aussi une stratégie d’influence sur le monde. Il positionne l’Union comme le premier acteur continental à viser la neutralité carbone, il prévoit de "renforcer la diplomatie du pacte vert européen en coopération avec les États membres" et lance un Agenda vert pour mettre les pays des Balkans dans la roue de l’Union. "En montrant un exemple crédible, et en assurant le suivi avec la diplomatie, la politique commerciale, le soutien au développement (…), l’UE peut être un avocat efficace."

"Nous n’avons pas encore toutes les réponses. C’est le début d’un voyage", souligne la nouvelle présidente de la Commission européenne. Qui attend de voir dans quelle mesure son enthousiasme est partagé par les États membres.

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