Comment Orban veut mettre la science au pas en Hongrie

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Le prochain budget du gouvernement d’Orban révèle l’apparition d’une nouvelle entité qui prendrait le contrôle de l’Académie hongroise des sciences.

Cela fait un an que les chercheurs de l’Académie hongroise des Sciences le craignaient, il aura fallu attendre la fin des élections européennes: le gouvernement de Viktor Orban semble bien décidé à mettre la main sur l’Académie hongroise des sciences, fondée en 1825 et qui fonctionnait jusqu’à présent de manière indépendante.

Ce mardi, le ministère des Finances révélait le prochain budget de ce petit pays d’Europe centrale. On y voit une nouvelle entité apparaître: le Eotvos Lorand Kutatasi Halozat. Celle-ci devrait récupérer les deux tiers des fonds jusque-là alloués à l’Académie hongroise des sciences. Dans la pratique, cela signifie que les financements et donc l’existence des instituts de recherche de l’Académie disparaîtraient au profit de cette nouvelle entité centralisatrice.

Le budget devrait être définitivement adopté en juillet et une proposition de loi est attendue dans les prochaines heures à Budapest pour préciser le sort de l’Académie. Pour Stefano Bottoni, chercheur au sein de l’institution, c’est en tout cas, une sensation de déjà-vu: "L’Académie va devenir une coquille vide. À sa place, on crée une nouvelle coquille qui se remplira peu à peu… et prendra bientôt la place de l’original."

Depuis que Viktor Orban a retrouvé son fauteuil de Premier ministre en 2010, il n’a eu de cesse de créer de nouvelles institutions de recherche se substituant souvent aux entités jusque-là en place. Ce fut le cas par exemple de l’institut de recherche historique Veritas, créé en 2014, qui analyse l’histoire de la Hongrie de 1867 à 1990, ou bien encore de l’ENA hongrois – l’Université nationale de service public – une création de Viktor Orban – qui a déjà vu son budget augmenter.

Pendant ce temps, l’incertitude règne dans les rangs de l’Académie des sciences: "À l’heure qu’il est, mon propre directeur ne sait absolument rien sur la nouvelle mouture de l’Académie", commente Stefano Bottoni.

"Le mal est déjà fait: beaucoup de chercheurs ont déjà quitté l’Académie."
ildiko sain
mathématicienne

Indépendance en jeu

C’est bien l’indépendance de cette prestigieuse institution qui est en jeu. Le nouveau conseil qui présidera le Eotvos Lorand Kutatasi Halozat devrait être constitué de six membres nommés par le gouvernement et de six membres choisis par l’Académie. Son directeur serait désigné conjointement, sur approbation de Viktor Orban.

"En soi, le mal est déjà fait: beaucoup de chercheurs ont déjà quitté l’Académie depuis que les turbulences sont apparues l’an dernier", remarque Ildiko Sain, mathématicienne de l’Académie des sciences, bientôt à la retraite. "Le gouvernement fait comme si nous n’existions pas et ne prend pas en compte notre position", argumente la chercheuse.

L’Académie a organisé plusieurs manifestations depuis l’été dernier. Son directeur maintient la position de l’assemblée générale: les instituts de recherche doivent rester sous l’égide de l’Académie, garantie de son indépendance.

Viktor Orban, qui se revendique volontairement champion de l’illibéralisme, a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de l’Union européenne pour avoir mis au pas la plupart des institutions démocratiques dans son pays (les universités, les tribunaux ou encore les médias…). Il a notamment chassé l’Université d’Europe centrale à Vienne l’an dernier.

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