analyse

Conte tire sa révérence et entraîne avec lui la coalition de la Ligue et du M5S

©AFP

Le Premier ministre Giuseppe Conte a tiré sa révérence. Au cours, mardi après-midi, d’une séance au Sénat aux accents surréalistes, il a mis officiellement fin à l’expérience gouvernementale de la coalition jaune-verte, composée par la Ligue de Matteo Salvini et par le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Luigi Di Maio.

Debout à côté de ses deux vice-présidents du Conseil, dans une étrange atmosphère bon enfant dans laquelle se mêlaient une convivialité typiquement italienne et la violence d’une crise politique sans précédents, Giuseppe Conte a prononcé un discours articulé et complexe.

Cette longue allocution – qui anticipait son déplacement au palais du Quirinal pour la présentation de sa démission au chef de l’État, Sergio Mattarella – était, à la fois une apologie de l’expérience gouvernementale qui vient de s’achever, un adieu ému à ses responsabilités institutionnelles et, surtout, une dénonciation ponctuelle et féroce du ministre Salvini.

Employant un ton toujours aimable mais paternaliste, il s’est adressé directement à son "cher Matteo", lui reprochant toutes les incohérences et infidélités des derniers quatorze mois.

"Ce gouvernement termine ici, mais l’Italie n’a jamais eu autant besoin de politique."
Giuseppe Conte
Ex-Premier ministre italien

"Opportuniste", "autoritaire", "dangereux" ont été les adjectifs utilisés par le chef du gouvernement à l’égard de son ministre de l’Intérieur. Conte a critiqué la volonté de ce dernier de vouloir organiser un scrutin national dès l’automne en expliquant "qu’il est légitime de vouloir donner la parole au peuple mais irresponsable de solliciter les électeurs chaque année".

Il a, de même, critiqué l’élan souverainiste de la Ligue en rappelant l’importance pour l’Italie d’une "foi européiste qui ne soit ni aveugle, ni disruptive". L’Italie a besoin d’une "Europe solidaire, inclusive, durable et proche des citoyens", a-t-il ajouté.

Conte a aussi voulu condamner "l’égarement religieux" de Salvini et son obsessionnelle instrumentalisation de la symbolique chrétienne à des fins électorales. "Ce gouvernement termine ici, mais l’Italie n’a jamais eu autant besoin de politique", a conclu Conte, avec élégance et équilibre, avant de laisser la parole au ministre Salvini.

Belliqueuse rhétorique de Salvini

Accusé "d’interférences et de superpositions" qui ont donné la cadence à un "contre-chant politique délétère" pour la stabilité du gouvernement, Salvini n’a fourni aucune justification et, fidèle à sa belliqueuse rhétorique de campagne électorale permanente, a contre-attaqué sur tous les points.

"Je referais tout ce que j’ai fait."
Matteo Salvini

"Je referais tout ce que j’ai fait", a-t-il déclaré, acclamé par les sénateurs de son camp et hué par tous les autres. Tout en soulignant, à nouveau, l’importance d’élections nationales anticipées, il a voulu se définir comme "un homme libre, fier, orgueilleux et souverain". Et en citant Cicéron, il a réitéré son désir de "libérer l’Italie de l’asservissement européen" et de permettre à nouveau à la péninsule de "défendre en pleine autonomie ses frontières, ses entreprises et ses citoyens".

Trait d’union entre ces deux discours antagonistes, l’ancien Premier ministre Matteo Renzi a déploré le climat de haine alimenté par la Ligue et fait son énième appel du pied au M5S pour la formation d’un gouvernement institutionnel s’opposant aux velléités de la Ligue.

Les jeux sont donc faits… mais la partie ne fait que commencer.

Trois scénarios possibles

Face à la soudaine implosion de la coalition jaune-verte et à ce singulier morcellement estival du panorama politique italien, toute hypothèse formulée pour l’avenir proche de la péninsule risque de durer l’espace d’un matin. Après l’annonce de la présentation de la démission du Premier ministre Conte, trois scénarios possibles semblent, toutefois, prévaloir.

Le premier est, pour l’instant, le moins réaliste et prévoit le retour en force d’une coalition jaune-verte rapiécée. Bien que hautement improbable en raison du divorce désormais consommé entre les anciens alliés et la méfiance éprouvée par le M5S à l’égard d’une Ligue "qui l’a poignardé dans le dos", Salvini s’est quand même dit prêt, ce mardi au Sénat, à se lancer dans une seconde aventure gouvernementale de courte durée avec le Mouvement. La Ligue a, de même, retiré la motion de défiance présentée contre l’exécutif Conte. Le tout pour conjurer le "risque" d’un retour au pouvoir des ennemis du centre-gauche et se préparer à de nouvelles élections.

Le deuxième scénario est, à ce stade, aussi incertain que le premier compte tenu des antagonismes idéologiques qui opposent les parties en jeu. L’appel du pied réitéré par l’ancien Premier ministre Matteo Renzi (PD) aux ennemis jurés du M5S pour la formation d’un "gouvernement institutionnel" semble, pour l’instant, être tombé dans le vide. Le PD est divisé entre un secrétaire, Nicola Zingaretti, qui préférerait retourner aux urnes, et de nombreux représentants qui se disent, au contraire, prêts à une "trêve des hostilités" avec le M5S pour sauver l’Italie d’une augmentation de la TVA, d’une inévitable récession et d’une "inexistence politique" au niveau européen. Ce "gouvernement de transition", éphémère ou de longue durée, risquerait toutefois de succomber sous le poids des velléités antagonistes des deux familles politiques.

Le troisième scénario contemple, au contraire, le retour aux urnes dès l’automne.Fortement voulu par le ministre Salvini, que les sondages créditent actuellement de 38% des intentions de vote, ce scénario est aussi soutenu par une partie du centre-gauche qui n’arrive pas à imaginer un rapprochement avec les anciens ennemis jurés du M5S. La clarté donnée par les urnes offrirait ainsi, pour les défenseurs de cette option, la clé d’une stabilité politique plus durable. Dans ce scénario, le président de la République, Sergio Mattarella, devrait mettre sur pied un exécutif technique dont le seul objectif serait l’organisation de ces élections anticipées.

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