Coronavirus: les salons retiennent leur souffle et sortent les masques

Le Seafood Expo Global d'avril sera au mieux impacté par le coronavirus.

Si les rendez-vous régionaux et nationaux semblent encore relativement hors de l’oeil du cyclone, les salons internationaux imminents comme celui de l’auto à Genève, le Mipim immobilier cannois ou le bien-nommé Seafood, qui quittera Bruxelles pour Barcelone l’an prochain, retiennent leur souffle.

Qu’ils l’avouent ou non, l’apparition soudaine de cas de coronavirus fait trembler le secteur des salons et foires. Et pour cause, alors que le Mobile World Congress a été annulé, la propagation soudaine du virus fait craindre pour tout le secteur. Le salon de l’automobile de Genève, un événement très international, commence pas plus tard que lundi prochain avec l’élection de la voiture de l’année.

"Plus le salon est régional ou national, moins il y a de chance d'être impactés ou que les visiteurs aient peur de venir. Dès que vous êtes international, là c’est un vrai problème. J’organise futurebuild, le Batibouw anglais et nous y avons un pavillon italien. Nous allons dire aux exposants italiens de ne pas venir, car on doit prendre des mesures de précautions", explique Eric Everard, le patron d’Artexis. À Nuremberg, au salon du jouet de début février, le pavillon chinois a été délaissé par les visiteurs qui craignaient d’y rentrer, rappelle le patron.

Le virus sur toutes les lèvres

"Avec ce qui se passe en Italie, la crise prend une toute autre ampleur pour les salons"
Eric Everard
CEO d'Artexis

Avec ce qui se passe en Italie, la crise prend une toute autre ampleur. L’apparition de foyers de coronavirus à 250 kilomètres de Genève secoue Palexpo. À l’heure d’écrire ces lignes, les différentes marques automobiles contactées ne remettent pas le salon en question. "Nous suivrons les recommandations du canton et des autorités", nous explique-t-on chez Palexpo. "Nous n’avons pas eu le moindre cas de coronavirus en Suisse", y ajoute-t-on. Mais le problème c’est que l’événement attire de nombreux étrangers. "Il n’y a pas de restrictions pour les voyages en Suisse ".

Plus proche de nous, l’emblématique salon Batibouw ouvre ses portes le week-end prochain. Frédéric François, le directeur du salon, nous explique que l’avis des "autorités belges est rassurant". Batibouw n’est pas stricto sensu assuré contre ce type de risque. De telles assurances coûtant des centaines de milliers d’euros.

Le salon de Genève commence lundi prochain et est un événement très international.

"C’est très compliqué de se préparer à ce type d’événement. Avec le Sras, il y a eu en 2003 beaucoup d’annulations d’événements. Depuis, les primes d’assurance ont explosé et très peu d’organisateurs peuvent encore se les payer ", explique Eric Everard. "Il y avait quelques jours à Rome la réunion de tous les organisateurs de salon. Sur une centaine de personnes et de CEO, personne n’avait d’assurance spécifique", ajoute-t-il.

Frédéric François estime que ce sont surtout les foires internationales qui sont menacées par le coronavirus. " À Batibouw, nous avons moins d’un pourcent d’exposants étrangers. Ils sont 63 dont deux du Sud de l’Italie et aucun d’Asie. Au niveau des visiteurs, nous avons à peine enregistré 2,5% de non-Belges en 2019 dont la plupart viennent des pays limitrophes", ajoute le directeur du salon.

La santé des collaborateurs d'abord

Dès le 10 mars, c’est le Mipim, le salon international des professionnels de l’immobilier, qui envahit Cannes, avec un chiffre d’affaires annuel largement supérieur au Festival du Film. Plus de 1.000 de Belges y sont déjà inscrits pour l'instant (sans compter les nombreux événements périphériques). A leurs côtés, en vrac: 763 Italiens, 100 Japonais, 30 Sud-Coréens, 20 Singapouriens et 5 Chinois. Et les organisateurs rassurent: tout sera mis en place, en étroite collaboration avec les autorités nationales et locales, pour que le Mipim "ait lieu comme prévu. Des informations sont mises à jour régulièrement sur notre site pour informer nos clients. Et cette semaine, nous donnerons plus de détails sur les mesures mises en place à Cannes durant le salon", précise la direction de Reed Midem, l’organisateur.

"Le message des autorités est rassurant et nous avons très peu d'étrangers qui viennent à Batibouw"
Frédéric François
directeur du salon Batibouw

Ce dernier ajoute qu'aucun participant n’a encore annulé son inscription à ce jour. Du Côté de l'Awex (Agence wallonne à l'Exportation), qui coordonne l'animation et la présence des exposants publics et privés sur le Pavillon belge situé en haut des célèbres marches, on n'a pas non plus dû faire face jusqu'à présent à des souhaits de désistement. "Juste quelques rares questions, d'allleurs légitimes", insiste-t-on, confiant.

Reste que la soudaine multiplication des cas d’infection en Italie plus proche pourraient attiser les réactions préventives. "Pas mal de patrons s’inquiètent des risques encourus par le personnel qu’ils vont envoyer à Cannes", abonde Serge Fautré, le Président sortant de l’Union professionnelle du secteur immobilier (UPSI), par ailleurs CEO d'AG Real Estate, qui disposera d'un stand sur la Croisette. Pour lui, les deux prochains jours devraient être stratégiques pour transformer ou non l'inquiétude qui sourd chez les patrons belges en décision de faire ou non l’impasse sur l’événement, souvent qualifié d’incontournable par le secteur.

Seafood: dernière bruxelloise ou pas?

Le plus grand salon professionnel international organisé au Heysel - pour la dernière fois cette année - doit avoir lieu du 21 au 23 avril prochain. Les années précédentes, le SeaFood comptait un nombre de participants chinois et asiatiques important. Et pas des seconds couteaux. Et toutes les chambres d'hôtel de Bruxelles et de son Hinterland étaient louées au prix fort par les participants venus du monde entier vanter ou sentir leur poisson. Annulée ou pas, la dernière édition bruxelloise de cette foire de dimension hors catégorie devrait subir les effets de ce que certains n’hésitent plus à appeler une pandémie, depuis les derniers foyers confirmés en Corée du Sud et en Italie. Contactés, les organisateurs de SeaFood n’ont pas répondu à nos questions.

Pour les organisateurs de salon, c’est en tout cas le casse-tête intégral. "Deux mois avant un salon, toutes les dépenses d’un organisateur ont déjà été engagées. Si la crise se confirme, il faudra faire le dos rond et passer l’année", détaille Eric Everard. Annuler un salon quelques semaines avant son organisation se traduit en perte sèche. Pour l'instant, ce sont surtout les organisateurs allemands qui souffrent le plus de la crise, surtout qu'ils font souvent un copier-coller de leur salon en Chine.

Mais la relative bonne nouvelle pour le secteur, c'est qu'une bonne partie de la saison est déjà passée. La saison commence en septembre et finit fin avril. Donc, 75 à 80% des salons sont déjà passés. Après, on espère que le retour des beaux jours aura raison de ce virus. 

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