Crise sur fond de crime entre Berlin et Moscou

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C’était le 23 août dernier. Un Géorgien d’origine tchéchène est abattu à bout portant en plein jour dans un parc de Berlin par un sniper ayant tranquillement rejoint le lieu du crime à vélo avant de s’enfuir en trottinette.

L’arme, équipée d’un silencieux ainsi que les moyens de transport du meurtrier sont retrouvés dans le canal. La victime, âgée de 40 ans, est identifiée comme étant Tornike Khangochvili, qui avait combattu avec les séparatistes tchéchènes contre les troupes russes. Le principal suspect, rapidement arrêté, est un ressortissant russe de 54 ans, qui vivait en Allemagne sous une fausse identité. Vadim Krasikov aurait abattu un homme d’affaires russe de la même façon en 2013 avant de bénéficier d’une nouvelle identité. Pour les enquêteurs, il ne fait aucun doute que Moscou est impliqué dans le meurtre de Khangochvili.

Cette "affaire Skripal" allemande – du nom de l’opposant russe qui a survécu de peu à une tentative d’empoisonnement commanditée par Moscou en Grande Bretagne – est responsable d’une grave crise diplomatique entre l’Allemagne et la Russie.

Cette décision "envoie un mauvais signal et est injustifiée."
le gouvernement allemand

Ce jeudi, Moscou annonçait l’expulsion de deux diplomates allemands, en réponse à l’expulsion le 4 décembre par Berlin de deux diplomates russes. Pour le gouvernement Merkel, l’affaire Khangochvili et la riposte de Moscou sont un véritable affront. La décision d’expulser deux diplomates allemands "envoie un mauvais signal et est injustifiée", estime le porte-parole du gouvernement fédéral. Angela Merkel s’était directement entretenue du dossier avec Vladimir Poutine lundi, en marge du sommet de Paris sur l’Ukraine. Poutine avait alors assuré qu’il allait "tout faire" pour aider l’Allemagne à élucider le crime. Khangochvili, assure Vladimir Poutine, "avait participé à des activités séparatistes" et était recherché par la justice russe pour avoir organisé des attentats à l’explosif dans le métro de Moscou en 2004 et 2010. Toujours selon le chef du Kremlin, Moscou aurait en vain demandé à Berlin son expulsion.

Le parquet fédéral, chargé du dossier en raison de ses relents d’espionnage, récuse cette version, assurant que le nom de Khangochvili n’a jamais figuré dans le moindre document russe relatif à ces enquêtes. Le crime, estime-t-on à Berlin, a été commis pour le compte de Moscou, ou de Ramzan Kadyrov, l’autoritaire chef de la République autonome tchéchène dont les hommes de main seraient responsables de l’exécution de nombreux opposants réfugiés à l’étranger.

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