analyse

De gauche à droite, ils plaident pour une relance verte continue

Des signataires de six groupes politiques plaident pour mobiliser 500 milliards d'euros par an pour la relance verte (photo: Belgian Offshore Platform). ©Photo News

Des membres de six groupes politiques, de la gauche radicale à la droite conservatrice, plaident avec des centaines de personnalités de la société civile pour qu'au-delà de son plan de relance, l'Europe mobilise au moins 500 milliards d'euros par an au cours de la prochaine décennie.

Un point  commun entre l’actrice Cécile de France, le champion du monde de foot Lilian Thuram et l'ex-directeur général de l'OMC Pascal Lamy? Entre le ministre wallon des Finances Jean-Luc Crucke (MR), le président du PS Paul Magnette et le chef de file des verts européens Philippe Lamberts? Un texte, publié ce mardi dans plusieurs quotidiens européens et cosigné par quelque 700 personnalités issues des 27 États membres de l’Union: des élus de la gauche radicale à la droite conservatrice, des scientifiques de renom, de jeunes activistes, capitaines d'ONG environnementales, employeurs, responsables syndicaux… Tous lancent un appel chiffré pour que la relance européenne soit à la hauteur du défi climatique.

"Il est essentiel d'investir la totalité de ces milliards (de la BCE) dans le climat et l'emploi."

Si l'appel est le fruit d'un travail collectif, il est largement le fait du social-démocrate français Pierre Larrouturou, qui creuse depuis quelques années son sillon pour une relance verte massive - il a notamment l'oreille de Christine Lagarde et du Pape François. Il parvient aujourd'hui à réunir des membres de six groupes politiques différents autour de cette ambition – c’est remarquable en soi, souligne le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, cosignataire du texte et défenseur de longue date d’une union sacrée de tous les bords politiques autour de l’enjeu climatique. "Il a une diversité de contacts assez extraordinaire et j’ai l’impression qu'une coalition aussi large est assez rare."

Trois propositions

Alors que la Commission européenne a proposé un plan de relance de 750 milliards d’euros dont le quart devrait servir à des investissements "verts", les signataires rappellent que l’exécutif européen avait lui-même évalué à 529 milliards d’euros par an le déficit d’investissement en Europe dès 2021 dans l’hypothèse où l’on viserait une réduction des émissions de CO2 de 47% pour 2030. "Avec un objectif plus ambitieux sur la table, le besoin d'investissement apparaît encore plus important", soulignent les signataires. Ils plaident pour un plan de 500 milliards d'euros par an tout au long de la décennie.

L'appel, "trois solutions pour un pacte européen climat-emploi", plaide d’abord pour la mise à l'arrêt de toutes les subventions et investissements fossiles, assortie d'une fermeture du marché européen aux banques et sociétés d'assurances qui n'auraient pas réorienté leurs investissements "en cohérence avec l'urgence climatique".

"Avec un objectif plus ambitieux sur la table, le besoin d'investissement apparaît encore plus important."

Il demande ensuite que les liquidités créées par la Banque centrale européenne (BCE) servent à la relance verte. Alors que la BCE a créé 2.600 milliards d'euros depuis 2015, "seuls 11% de ces sommes colossales sont allés à l'économie réelle", souligne le texte, et Francfort va créer quelque 240 milliards d’euros de liquidités supplémentaires pour contrer la crise. "Il est essentiel d'investir la totalité de ces milliards dans le climat et l'emploi", indiquent les signataires, qui plaident pour que cet argent serve à alimenter une "Banque européenne du Climat et de la Biodiversité" qui accorderait des prêts à taux zéro. Chaque État membre pourrait ainsi se voir prêter "jusqu'à 2% de son PIB chaque année pendant 30 ans" - soit environ 300 milliards d'euros par an. Deux pour cent, c'est précisément le plafond de prêts que les ministres des Finances européens ont défini pour l'intervention du Mécanisme européen de stabilité (MES) dans le financement de capacités sanitaires dans le cadre de la crise du Covid-19.

Les signataires plaident enfin pour un budget européen de 100 milliards par an dédié au climat et à la biodiversité.

Ressources propres, pas vertes

Où trouver l'argent ? Pour financer son plan de relance, la Commission propose de s’appuyer sur de nouvelles taxes vertes européennes, comme une taxe carbone aux frontières, ou encore sur la création d’une taxe numérique. Dans une lettre envoyée à Ursula von der Leyen, Paul Magnette (PS), Jean-Luc Crucke (MR) et une poignée d’autres signataires autour de Pierre Larrouturou s’attachent plutôt à des recettes à la fois plus importantes et moins sensibles aux changements de comportements. Ils ressortent l’idée d’une taxe sur les transactions financières (qui pourrait générer jusqu’à 60 milliards d’euros par an); d’une taxe sur les bénéfices des grandes entreprises (jusqu'à 80 milliards d'euros pour une année normale); et d’une taxe sur les multimillionnaires.

La proposition de la Commission européenne sur la table, c’est au travers de la négociation qui s’ouvre entre les États membres et au sein du Parlement européen que le débat se poursuit.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés