De Guindos verrouille la succession de Draghi

Le ministre espagnol des Finances Luis de Guindos (à gauche), embrasse son collègue portugais Mario Centeno, président de l'Eurogroupe. ©AFP

Les ministres des Finances de la zone euro soutiennent leur collègue espagnol Luis de Guindos pour le poste de vice-président de la BCE. Ce qui renforce les chances de l'Allemagne de prendre la succession de Mario Draghi.

L’Espagnol Luis de Guindos est sur le point de prendre la vice-présidence de la Banque centrale européenne. Les ministres des Finances de la zone euro ont apporté leur soutien à l’un des leurs pour décrocher le poste, après le désistement de son seul rival, l’Irlandais Philip Lane.

La nomination doit encore être formalisée par le Conseil des ministres, mardi, puis confirmée par les chefs d’État et de gouvernement lors de leur sommet du 22 mars. Luis de Guindos prendra la suite de Vitor Constancio, dont le mandat se termine fin mai.

"Ce sera une histoire totalement différente."
Bruno Le Maire
ministre français de l'Economie

Le fait que le poste revienne à un pays du sud de l’Union renforce l’idée qu’un pays du nord devrait prendre la succession du président de la BCE, l’Italien Mario Draghi, dont le mandat vient à échéance en octobre 2019. Le nom de l’Allemand Jens Weidmann, actuel gouverneur de la Bundesbank, est sur toutes les lèvres. Interrogé sur les conséquences d’une nomination de Luis de Guindos sur la succession de Mario Draghi, le ministre français Bruno Le Maire a assuré que "ce sera une histoire totalement différente", laissant entendre qu'il n'y aurait aucune forme d'accord entre Paris et Berlin sur la suite. Rien n'est moins sûr cependant. Les équilibres sont arrêtés au sein de ce conseil informel dans une opacité totale, puisque les délibérations ne sont pas publiques et que l'Eurogroupe ne rend pas de comptes à une enceinte parlementaire.

Ancien de Lehman

À 58 ans, Luis de Guindos Jurado est un des piliers de l’Eurogroupe, dont il est membre depuis 2011. Son visage a fait le tour du monde pendant la crise bancaire espagnole, quand un photographe a immortalisé l’instant où Jean-Claude Juncker, alors président de l’instance ministérielle, a fait mine d’étrangler son collègue - symbole du mauvais élève espagnol mis sous pression par la zone euro.

12 mars 2012, en pleine crise des dettes souveraines, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker étrangle son collègue espagnol. L'image a fait le tour du monde. ©EPA

En 2012, ce poids lourd du gouvernement de Mariano Rajoy a eu pour charge d’orchestrer une cure d’austérité alors que ses partenaires consentissaient un prêt de plus de 40 milliards d'euros pour renflouer les banques espagnoles au bord de la faillite.

Peu avant sa nomination comme ministre, Luis de Guindos siégeait au conseil d'administration d'une des banques qui seront sauvées par les contribuables européens, Banco Mare Nostrum. C’est un des nombreux postes qu’il aura occupé dans le secteur privé, même si c’est dans l’administration qu’il a fait ses premières armes, en 1984, après avoir obtenu son diplôme d’économie de l'Universidad Compulteense de Madrid.

Il travaillé pour Lehman Brothers, dont la faillite en 2008 a servi de détonateur à la crise des subprimes - il en dirigeait la branche pour la péninsule ibérique. Il a aussi dirigé Nomura Securities et AB Asesores, qui était la principale société de Bourse espagnole avant d'être reprise par Morgan Stanley. Il a aussi dirigé le centre d'études financières créé par PricewaterhouseCoopers et l'école de Commerce de Madrid (IE Business School), ou encore siégé au conseil d'administration de l'énergéticien espagnol Endesa, entre autres.

Le nom de Luis de Guindos a circulé en 2015 pour la succession de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l'Eurogroupe - le Néerlandais avait alors rempilé. Son nom a également tourné l'an dernier pour le même poste, mais il ne s'était pas porté candidat.

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