De nouveaux outils pour la police allemande contre l'extrême droite

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La police criminelle allemande, le BKA, va recevoir des moyens supplémentaires pour lutter contre l’extrême droite.

L’assassinat d’un élu conservateur de Kassel, le préfet Lübcke, au début de l’été, avait choqué l’opinion et la classe politique allemandes. Membre du parti chrétien démocrate, Walter Lübcke s’était prononcé en faveur de la politique d’accueil des migrants d’Angela Merkel. Le principal suspect, Stephan Ernst, 45 ans, est un ancien militant du parti néonazi NPD, déjà condamné pour un attentat contre un foyer de demandeurs d’asile en 1993.

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Selon des chiffres encore provisoires, 8.605 crimes et délits auraient été commis par l’extrême droite au cours du premier semestre, soit 900 de plus qu’en 2018.

Selon des chiffres encore provisoires, 8.605 crimes et délits auraient été commis par l’extrême droite au cours du premier semestre, soit 900 de plus qu’en 2018. Les étrangers et les élus locaux connus pour leurs positions humanistes envers les demandeurs d’asile, sont tout particulièrement visés. Sur les 1.256 cas de délits politiquement motivés contre des détenteurs de mandats publics en 2018, 40% sont attribués à l’extrême droite, et 18% à l’extrême gauche.

Longtemps, la police allemande a été accusée d’inaction envers l’extrême droite. Focalisés sur le risque islamiste depuis les attentats du 11 septembre (préparés à Hambourg) et l’attaque au camion bélier contre un marché de noël à Berlin en décembre 2016, les forces de l’ordre auraient négligé la surveillance des groupuscules néonazis. Certains faits troublants – notamment l’expédition de lettres de menaces à une avocate défendant les victimes de la cellule néonazie NSU attribuée à des inspecteurs de police – laissent également planer le soupçon d’une possible collusion entre extrême droite et certains policiers.

La police criminelle allemande entend créer, pour les milieux d’extrême droite, un fichier d’individus dangereux, sur le modèle du système Radar pour les islamistes.

Sous pression et redoutant un attentat type Christchurch sur le sol allemand, la police criminelle, BKA, et le gouvernement fédéral entendent renforcer les moyens dont dispose le BKA pour lutter contre l’extrême droite. 440 hommes et femmes supplémentaires seront affectés à la lutte contre le terrorisme de droite, selon des indiscrétions publiées par la presse. Le plan prévoit une meilleure coopération à l’international pour identifier les réseaux de l’extrême droite.

Le BKA entend par ailleurs créer, pour les milieux d’extrême droite, un fichier d’individus dangereux, sur le modèle du système Radar pour les islamistes. Selon les services de renseignements intérieurs BVS, l’Allemagne compterait 12.500 extrémistes de droite prêts à recourir à la violence. Le BKA ne recense pour sa part que 41 personnes dangereuses dans la scène de l’extrême droite, et estime à 112 le nombre de personnes à surveiller.

Pour gagner en efficacité, le BKA entend s’attaquer de façon centralisée à la diffusion de la haine sur internet et obliger les opérateurs de réseaux à signaler les contenus illicites. Ce dernier point, qui supposerait une conservation sur le long terme des données internet et la définition d’un nouveau délit, risque de mener à d’ardents débats dans le pays, alors que l’opinion allemande est particulièrement sourcilleuse sur la question des droits individuels.

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