Début de normalisation du marché monétaire

Pour Jean-Claude Trichet (BCE), "la volatilité des changes est néfaste à la stabilité financière". Les mesures non conventionnelles prises par la BCE sont par nature temporaires ajoute-t-il.

Alors que gronde la menace des dévaluations compétitives sur les marchés émergents, les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par les banquiers centraux des principaux pays industrialisés sont accusées, par les abondantes liquidités qu’elles génèrent, de semer le chaos sur le marché des changes et de créer des bulles sur certains actifs (actions et dettes émergents, métaux précieux,…). Une critique dont la Banque centrale européenne voudrait se passer en poursuivant plus avant son processus de normalisation monétaire.

L’institut d’émission a déjà mis un terme à deux de ses mesures non conventionnelles, à savoir ses prêts illimités à 12 et 6 mois. Mais elle ne peut se permettre d’en faire autant avec ses prêts exceptionnels à 1 semaine et à 1 et 3 mois ou avec ses rachats de dettes souveraines de la zone euro.

Comme le dit Jacques Cailloux, économiste en chef pour l’Europe auprès de Royal Bank of Scotland, "la BCE est coincée et sa porte de sortie (l’extinction des mesures quantitatives précitées) est bloquée. L’état de santé du marché du crédit dans la zone euro nécessite toujours que la BCE reste en mode de crise et ce pour une période plus longue qu’elle ne le désirerait".

On ne peut donc être surpris par le statu quo délivré hier par son chef de file, Jean-Claude Trichet. Au terme de la réunion du Conseil de politique monétaire, le taux de refinancement (Refi) est resté calé à 1 %.

Liquidités en repli

Même si le bilan de la BCE s’est significativement dégonflé à près de 500 milliards d’euros, en raison d’une moindre demande de liquidités de la part des banques allemandes et françaises, leurs contreparties irlandaises, grecques, portugaises ou espagnoles sont toujours dans l’incapacité de se refinancer totalement sans le soutien de la banque centrale.

Ce qui se traduit pour leur État respectif par un surcoût moyen de 5,4 % lorsqu’ils veulent lever des capitaux sur le marché obligataire. Sachant qu’en 2011 ce sont 582 milliards de USD de dettes qui devront être remboursés par les gouvernements de la zone euro (contre 521 milliards cette année), ce surcoût pourrait, surtout dans un contexte d’extrême austérité budgétaire, amener d’autres nations à connaître les déboires des Grecs qui n’ont échappé au défaut de paiement que d’extrême justesse grâce à l’aide d’urgence accordée par ses voisins européens.

"Refinancer de la dette arrivant à maturité avec une telle prime n’a pas de sens économique, confirme James Nixon, co-chef économiste pour l’Europe auprès de la Société Générale. Il est donc trop tôt pour imaginer que la BCE puisse soustraire son aide aux pays et banques en difficulté." L’Irlande en sait quelque chose, elle qui a dû faire grimper la note du sauvetage de la banque Anglo Irish à plus de 25 milliards d’euros, avec, à la clef, un déficit budgétaire 2010 annoncé de près de 32 %. On comprend mieux pourquoi "la BCE aurait, selon UniCredit, racheté depuis le mois d’août pour 2,2 milliards d’euros d’obligations irlandaises, soit 80 % de ses achats des deux derniers mois". Depuis début mai, ses achats cumulés d’obligations publiques s’élèvent à 63,5 milliards d’euros.


Euribor à la hausse

Autre élément freinant la BCE dans sa volonté de réduire davantage les liquidités injectées dans le système monétaire, le coût des prêts interbancaires a tendance à se tendre dans la zone euro, le bilan de la BCE étant revenu à ses niveaux d’avant la crise financière. "L’excès de liquidités dans le système bancaire de la zone euro a, confirme Jean-Claude Trichet, été ramené à environ 30 milliards d’euros." Du coup, le taux euribor à trois mois est passé depuis la fin septembre de 0,88 % à 0,97 %, soit quasi le niveau du Refi de la BCE.

Ce qui n’empêche que Juergen Stark, membre du comité exécutif de la BCE, a récemment déclaré que "les prêts d’urgence arrivant à échéance au quatrième ne seront pas renouvelés". Une perspective opposée à celle des banques du Japon ou des Etats-Unis qui sont, elles, engagées sur la voie de nouveaux assouplissements quantitatifs (rachats de dettes).

changes en question

Des choix divergents dont les camistes prennent prétexte pour renforcer (trop?) vigoureusement l’euro, qui a franchi hier le cap de 1,40 USD (+18 % depuis juin). À ce sujet, Trichet estime "qu’un dollar fort reste dans l’intérêt des Etats-Unis". De manière générale, il estime "qu’une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change ont des implications défavorables pour la stabilité économique et financière."

Une manière de répondre aux craintes de guerre des changes qui secouent les marchés: "Nous aurons l’occasion d’échanger nos points de vue sur le sujet avec les autorités, les gouverneurs de banques centrales et les ministres des Finances des grandes monnaies flottantes à Washington dans quelques jours."

 

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