Démission du ministre président de Thuringe, élu grâce à l'extrême droite

Le Libéral Thomas Kemmerich a fini par céder aux pressions de son propre camp, de ses alliés politiques et même de la rue. ©EPA

Le ministre président libéral de Thuringe, Thomas Kemmerich, élu mercredi avec les voix de l’extrême droite, a démissionné jeudi, face au tollé suscité par cette alliance contre-nature des partis traditionnels avec l’extrême droite. Les électeurs devront sans doute revoter.

Il aura finalement été en poste pendant exactement 24 heures et 34 minutes… Le Libéral Thomas Kemmerich, éphémère ministre-président du Land de Thuringe en ex-RDA, a fini par céder aux pressions de son propre camp, de ses alliés politiques et même de la rue.

Il a démissionné hier en début d’après-midi, alors qu’il avait été élu la veille à la surprise générale grâce aux voix du parti d’extrême droite AfD et du parti conservateur d’Angela Merkel. La CDU lui avait donné ses voix malgré l’engagement pris par les dirigeants du parti à Berlin de ne jamais conclure d’alliance avec l’extrême droite. Le scénario d’élections anticipées semble désormais le plus probable pour la région. "Nous voulons de nouvelles élections afin d’éloigner le stigmate du soutien de l’AfD", a souligné Thomas Kemmerich.

Fermeté de Merkel

Angela Merkel, en visite officielle en Afrique du sud, a dénoncé hier "un acte impardonnable", et "un mauvais jour pour la démocratie". Avec une grande fermeté, la Chancelière a catégoriquement rejeté toute entente avec l’extrême droite et demandé l’annulation du scrutin et de nouvelles élections. Sous pression, le patron du parti Libéral FDP, Christian Lindner, avait fait le déplacement vers la capitale régionale Erfurt pour faire pression sur Kemmerich et assuré qu’il allait poser la question de confiance aux militants de son parti. Le petit parti FDP, qui avait tout juste atteint la barre éliminatoire des 5% dans la région en octobre dernier, semblait sur le point d’imploser.

"Nous voulons de nouvelles élections, afin d’éloigner le stigmate du soutien de l’AfD."
Thomas Kemmerich
Ex-ministre-président de Thuringe

Le vote de mercredi avait soulevé un tollé dans le pays, au point de menacer la coalition au pouvoir à Berlin. Outré, le parti social démocrate avait menacé de claquer la porte et de quitter le gouvernement si la CDU tolérait une alliance régionale avec l’extrême droite. Dans la soirée, des manifestations spontanées avaient éclaté dans plusieurs villes du pays face aux bureaux du parti Libéral, pour dénoncer "la honte de Thuringe".

Les manifestants rappelaient qu’en 1930, la Thuringe avait été la première région d’Allemagne à porter les nazis au pouvoir, avec le soutien de droite traditionnelle. Trois ans plus tard, Hitler arrivait au pouvoir.

Culture de repentance

A la différence de l’Autriche, une alliance des partis "bourgeois" avec l’extrême droite est un véritable tabou en Allemagne. L’alliance de Thuringe avait d’autant plus choqué dans le pays que la section régionale de l’AfD est dirigée par l’aile la plus radicale du parti. Son chef, Björn Höcke, est connu pour ses dérapages verbaux contre les musulmans, la classe politique allemande et la culture de repentance face aux crimes nazis.

L’AfD, né en 2013 pour protester contre les plans de sauvetage de l’euro, avait modifié son profil à la faveur de l’arrivé de nombreux réfugiés en 2015, faisant de la lutte contre l’immigration et de la critique de l’islam son fonds de commerce.

"Un acte impardonnable (...) et un mauvais jour pour la démocratie."
Angela Merkel
Chancelière allemande

La poussée de l’AfD depuis l’arrivée dans le pays de 1,2 millions de demandeurs d’asile, a profondément bousculé le paysage politique allemand. Le parti a remporté entre 20% et 25% des voix aux élections régionales de l’automne dernier et est désormais présent dans tous les Parlements régionaux.

L’AfD, aujourd’hui créditée de 15% des intentions de vote, compte 89 députés au Bundestag, ce qui en fait la principale force d’opposition. A l’assemblée, l’AfD multiplie le dépôt de motions pour tenter de paralyser le travail parlementaire.

 

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