Des Européens snobent les vaccins, la rougeole en profite

La ministre italienne de la Santé (Giulia Grillo, ici en avril dernier derrière le chef du Mouvement 5 étoiles Luigi Di Maio) veut instaurer une "obligation flexible" de vaccination. ©EPA

Alors que le gouvernement antisystème italien remet en cause la vaccination obligatoire, un sondage Ipsos montre que les Belges, comme d’autres Européens, font partie des peuples les moins convaincus par les vaccins. Le manque d’adhésion et la faible proportion des budgets alloués en sont les principales causes.

À peine plus de la moitié des Belges estiment normal que la vaccination contre les maladies infectieuses graves soit obligatoire. Avec seulement 53% de convaincus, la Belgique fait partie des pays où le scepticisme à l’égard de l’immunisation est le plus grand, selon un sondage Ipsos mené au seuil de l’été dans 28 pays. Les Belges, mais aussi les Français et les Allemands, sont ainsi plus réticents à l’égard des vaccins que les Italiens (63% de convaincus), dont le gouvernement remet en cause la vaccination obligatoire.

L’immunisation est pourtant la seule mesure préventive efficace contre de nombreuses maladies infectieuses, comme la rougeole, rappelle Mike Catchpole, directeur scientifique au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM). "Il est tragique et inacceptable, de voir que des enfants et des adultes au sein de pays de l’UE meurent encore de cette maladie alors que des vaccins sûrs et efficaces sont aisément disponibles", souligne-t-il.

"Il est tragique de voir que des enfants et des adultes au sein de pays de l’UE meurent encore de la rougeole alors que des vaccins sûrs et efficaces sont aisément disponibles."
Mike catchpole
directeur scientifique au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM)

La rougeole, qui aurait pu être éradiquée depuis longtemps en Europe par une couverture vaccinale suffisante, a fait une cinquantaine de victimes dans l’Union au cours des deux dernières années. Et l’Italie est justement le pays où le plus grand nombre de cas de cette maladie sont recensés. De juillet 2017 à juin dernier, 13.234 cas de rougeole ont été diagnostiqués en Europe (EEE), dont 3.341 en Italie et 94 en Belgique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) établit à 95% la couverture vaccinale nécessaire pour éradiquer une maladie comme la rougeole, mais seuls quatre pays de l’Union peuvent se féliciter d’avoir atteint un tel taux (le Portugal, la Suède, la Slovaquie et la Hongrie).

©Mediafin

"La situation de la rougeole dans la région est très inquiétante", appuie de son côté Mark Muscat, responsable Vaccins au bureau européen de l’OMS, tout en soulignant le risque de persistance ou de résurgence d’autres maladies, comme la diphtérie, le tétanos ou la rubéole notamment. Or ajoute le médecin, "il est prouvé que la vaccination obligatoire, par exemple les impératifs de vaccination pour l'accès aux crèche ou à l'école, est efficace pour améliorer la couverture vaccinale et réduire le taux de maladie".

L’Italie à contre-courant

C’est précisément sur ce point que le pouvoir italien a lancé le débat. Le gouvernement du Mouvement 5 étoiles (M5S, attrape-tout) et de la Ligue (extrême-droite) entend revenir sur l’obligation de vaccination pour aller à l’école telle qu’elle a été établie par le précédent gouvernement. Cette dernière prévoit qu’un enfant doit être vacciné contre dix maladies pour pouvoir entrer à la crèche ou l’école – les parents d’enfants non vaccinés risquent jusqu’à 500 euros d’amende.

Tout en disant reconnaître dans l’absolu l’importance des vaccins, les gouvernants s’opposent à leur obligation systématique – déclenchant notamment l’ire des parents d’enfants non vaccinables. La nouvelle ministre de la Santé, Giulia Grillo (M5S), entend ainsi instaurer une "obligation flexible", par laquelle l’astreinte serait limitée dans le temps et réservée à des maladies et des régions pour lesquelles le taux de vaccination est trop faible.

Coordination européenne

L’orientation prise à Rome promet de compliquer l’adoption d’un nouveau cadre de coopération entre les Européens en la matière. Au sein de l’Union, les États sont seuls compétents pour les politiques et programmes de vaccination. Mais la Commission européenne leur a proposé en avril d’adopter pour la fin de l’année une "résolution" renforçant la coordination de leurs politiques en la matière.

Selon l’exécutif européen, la première cause de l’insuffisance vaccinale est la défiance d’une partie des citoyens – "Les idées fausses sur la vaccination ont détourné l’attention du public des bénéfices de la vaccination et créé une méfiance à l’égard de la science ainsi qu’une crainte à l'égard de possibles effets secondaires", résume la Commission. Les liens allégués entre l’autisme et le vaccin de la rougeole, oreillons et rubéole (ROR) – souvent repris dans les arguments des "NoVax" (anti-vaccins) –, se fondent par exemple sur une étude discréditée. La vaccination a par contre fait ses preuves en éradiquant la variole d’Europe. La poliomyélite est quasiment éliminée elle aussi, même si la tendance demeure fragile.

Au-delà de la sensibilisation du public, la vaccination européenne souffre de programmes de vaccination très différents d’un pays à l’autre, ou encore de pénuries de vaccins dans certains États. Et alors que les dépenses en matière de vaccination devraient, toujours selon la Commission, "être considérées comme un investissement de santé essentiel", elles ne représentent qu’une fraction mineure des budgets santé (0,5%), et elles sont en baisse.

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