analyse

Des symboles forts mais pas de révolution à Matignon

©PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Peu de poids lourds sortent finalement du gouvernement précédent à l'exception des ministres de l'Intérieur, de la Justice et du Travail.

Fumée blanche à 19h. Comme le veut la tradition, le secrétaire général de l'Elysée a égrené depuis le perron de l'Elysée les noms de ce nouveau gouvernement Macron, après une journée bruissante de rumeurs. Finalement, à l'exception de quelques entrées surprenantes, ce nouveau "gouvernement de construction", comme le qualifie l'Elysée, ne voit qu'un tiers de ses grands maroquins évoluer.

Gérald Darmanin. ©AFP

Clé de voûte, le ministère de l'Intérieur échoit finalement à Gérald Darmanin, jusqu'alors au Budget. "Ce fils de femme de ménage", comme il se présente dans un tweet publié ce lundi soir, en aurait quasiment "forcé les portes", selon des sources proches du gouvernement. Emmanuel Macron s'est donc vu dans l'obligation de "sacrifier" Christophe Castaner, l'un de ses très proches, qui s'était rendu impopulaire auprès des policiers après ses propos maladroits lors des dernières manifestations anti-racistes. Il le remplace donc par le maire de Tourcoing, élu au premier tour à la tête de sa ville qui est sarkozyste, comme l'est le nouveau Premier ministre, et qui, coïncidence, suit le même parcours que l'ancien président, lorsqu'il était lui même passé du Budget à l'Intérieur.

Ce nouveau ministre stratégique devra travailler avec une autre personnalité: Eric Dupond-Moretti, bête noire des prétoires, et autre coïncidence, lui aussi fils d'une femme de ménage, qui vient d'être nommé à la chancellerie. Connu pour ses coups de gueule, ce ténor des barreaux devra défendre la Justice après avoir pris des positions dures à l'égard des magistrats. Preuve en est, leur principal syndicat a d'ores et déjà réagi en qualifiant cette arrivée de "déclaration de guerre".

Barbara Pompili à la Transition écologique

Si ce choix paraît risqué, Emmanuel Macron a, en revanche, privilégié la sécurité et la continuité sur le plan de l'économie et de l'emploi. Alors que se profile une rentrée marquée par une envolée du chômage, Bruno Le Maire est, quant à lui, reconduit à Bercy tandis qu'Elisabeth Borne, auparavant à la Transition écologique, sera en charge de l'Emploi et de l'Insertion.

Ancienne d'Europe Ecologie Les verts, Barbara Pompili hérite du maroquin de la Transition écologique, et devient numéro deux du gouvernement.

Barbara Pompili. ©REUTERS

Travailleront-ils main dans la main avec Barbara Pompili? Cette ancienne d'Europe Ecologie Les verts (EELV) - qui a rejoint La République en marche il y a 3 ans -, hérite pour sa part du maroquin de la Transition écologique, et devient numéro deux du gouvernement. Ancienne secrétaire d'Etat à la biodiversité dans le gouvernement socialiste de François Hollande, cette jeune députée de la Somme aura la lourde tâche de peser sur nombre d'arbitrages. Mission que n'avait pu réussir Nicolas Hulot, qui avait fini par jeter l'éponge. "Ce n'est pas le rang qui fait que l'on a vraiment du poids", a commenté Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, qui s'est dit ne pas se faire d'illusions sur la marge de manœuvre de la nouvelle venue. 

Roselyne Bachelot. ©Photo News

Enfin, autre surprise : le retour dans un gouvernement de Roselyne Bachelot. Experte et amoureuse de l'opéra, l'ancienne ministre des gouvernements Chirac et Sarkozy (Santé), proche de François Fillon, va incarner la Culture en lieu et place de Franck Riester. Femme expérimentée, réhabilitée en pleine épidémie de Covid (on lui avait reproché d'avoir commandé trop de masques quand elle était ministre de la Santé), elle indique vouloir être la "ministre des artistes et des territoires". Son prédécesseur devient quant à lui ministre délégué au Commerce extérieur et en charge de l'Attractivité du pays.

La fin du "en même temps"

Renouvelé sous forme de grands pôles, ce nouveau gouvernement signe la fin du "en même temps", ou le "à la fois de droite et de gauche" dont aimait se revendiquer Emmanuel Macron au moment de la création d'En Marche. En effet, ce gouvernement confirme l'inflexion macronienne plus à droite et au centre-droit, des partis auprès desquels le président sait qu'il pourra glaner des voix lors des prochaines présidentielles.

Ce gouvernement confirme l'inflexion macronienne plus à droite et au centre-droit.

A l'exception de deux ministres de poids issus de la gauche et reconduits à leur poste, en la personne de Jean-Yves Le Drian (Europe et Affaires étrangères) et de Florence Parly (Armées), aucune personnalité de poids de la gauche ne fait son entrée. Preuve que l'alchimie paraît compliquée à mettre en place pour ce gouvernement dont la majorité est également vacillante.

Jean Castex, le nouveau Premier ministre, s'est d'ailleurs, dès aujourd'hui, posé en rassembleur de la majorité, en recevant ce soir les parlementaires. "Le plus important, c’est ma relation avec la majorité parlementaire", a-t-il déclaré dans un entretien au Journal Du Dimanche, publié le 5 juillet. Une façon de prendre du champ par rapport à son prédécesseur, qui boudait ce rôle. Et surtout de rassurer des élus très circonspects : ceux du centre droit, acquis à Edouard Philippe, et l'aile gauche écologiste, également très perplexe sur ses velléités vertes.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés