Désigner Juncker, et puis quoi?

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Alors que la désignation de Jean-Claude Juncker comme candidat à la présidence de la Commission semble acquise, certains pays entendent s’assurer qu’il fasse preuve d’une certaine souplesse en matière budgétaire.

La question "Juncker" devrait être expédiée, lors du sommet européen de ces jeudi et vendredi. "Herman Van Rompuy n’a d’autre choix que de proposer le nom de Jean-Claude Juncker", observe un diplomate. Le candidat du parti vainqueur des élections européennes (PPE) est assuré d’avoir le soutien d’une large majorité des vingt-huit chefs d’État et de gouvernement. Puisque David Cameron insiste, on votera. Et puisque le Britannique est largement isolé (tout au plus peut-il encore espérer le ralliement du Hongrois Viktor Orban, estime-t-on dans le cercle diplomatique belge), le nom de Jean-Claude Juncker passera haut la main – le Conseil proposera donc au Parlement européen le Luxembourgeois comme futur président de la Commission.

Suivant ce scénario, dominant dans les couloirs, ce n’est donc pas ce point qui usera le plus de salive au Conseil. "À mon avis, le plus difficile va être de déterminer la façon de formuler l’avenir du Pacte de stabilité", indique un diplomate.

Souplesse budgétaire

Car ce jeudi soir, à Ypres, les Vingt-Huit vont notamment débattre de leur agenda en matière de croissance, emploi et compétitivité. Or depuis quelques jours, des dirigeants de gauche mènent une offensive contre l’austérité.

Mardi, François Hollande avait appelé "une application des règles budgétaires favorables à l’investissement et à l’emploi" en tirant "pleinement parti des flexibilités" qu’offrent les traités. La veille, l’Italien Matteo Renzi – qui prend la présidence tournante de l’UE à partir de juillet – a publié une note d’orientation stratégique qui considère que la flexibilité offerte par le Pacte de stabilité et de croissance "a été interprétée jusqu’à présent de manière restrictive". L’Italie demande donc à ce que la flexibilité soit utilisée comme incitant à entreprendre des réformes structurelles. La semaine dernière, le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel avait estimé que les coûts occasionnés par les mesures de réforme "ne devraient pas être pris en compte dans les critères de déficit". Le cœur du débat est donc de savoir comment la prochaine Commission européenne interprétera et appliquera les règles. Pendant la campagne, Jean-Claude Juncker s’était montré très sceptique sur la possibilité de donner un nouveau délai à la France pour entrer dans les clous du Pacte…

Angela Merkel de son côté estime que le pacte actuel "constitue un excellent cadre" et souligne qu’il "offre une multitude de possibilités de flexibilité" (lire ci-dessous). José Manuel Barroso estime lui aussi que le pacte actuel est suffisamment flexible – "il semble d’ailleurs qu’aucun gouvernement ne demande de changer les règles", a-t-il considéré lors d’un point presse au Berlaymont.

 

La Commission a déjà fait usage de la flexibilité qui lui est offerte, en accordant à la Belgique, la France ou encore l’Espagne un délai pour faire entrer leur solde budgétaire dans les clous du Pacte de stabilité (respectivement d’un, deux et trois ans). "Au moins deux gouvernements ont critiqué la Commission pour avoir fait usage de ‘trop’ de flexibilité", a souligné le président sortant de la Commission.

Entre les États qui réclament un "assouplissement", ceux qui ne sont pas demandeurs et ceux qui combattent la souplesse que l’Europe s’est donnée, le risque d’un débat stérile est grand. "On va essayer de trouver une formule qui devra respecter le cadre existant – ce pourrait n’être qu’un simple rappel des règles", indique un diplomate.

Le tout sera, pour les gouvernants de gauche, de rentrer à la maison avec autre chose que la désignation d’une figure de centre-droit à la tête de la Commission. On va donc chercher à se mettre d’accord sur un embryon de programme politique – les grandes priorités de l’Union pour la législature – qui puisse contenter tout le monde. Y compris d’ailleurs les eurodéputés du parti socialiste européen (S&D), indispensables à la nomination formelle de Juncker en juillet.

 

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