Divisée sur la menace russe, l'UE renforce ses liens avec l'Otan

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L’Union européenne et l’Otan renforcent leurs liens, mais alors que les États-Unis et une partie de l’Union bombent le torse face à Moscou, la France tente de calmer le jeu. Frédéric Rohart

La Russie était au cœur du sommet de l’Otan, qui s’est ouvert vendredi à Varsovie et qui se poursuit ce samedi. Le président américain Barack Obama a intimé à ses alliés de rester fermes face à une Russie perçue comme imprévisible depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

La fermeté se matérialise avec la décision d’envoyer quatre bataillons de quelques centaines d’hommes en Pologne et dans les pays baltes. La mesure ne suffirait pas à empêcher l’armée russe d’atteindre Tallinn ou Riga en moins de trois jours, mais elle mettrait les soldats russes en prise directe avec des militaires d’autres pays de l’Otan. Le dispositif de dissuasion est donc en place, et Moscou s’en irrite.

150
L'Otan envoie quatre bataillons en en Pologne et dans les pays baltes, commandés par les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne s'est engagée à envoyer 650 hommes, 500 en Estonie et 150 en Pologne. L'Allemagne et le Canada vont envoyer mille hommes. La Belgique doit dépêcher 150 soldats, le même nombre que la France.

"Une organisation myope"

Vendredi, le Kremlin a qualifié d’"absurde" le discours de l’Otan qui considère la Russie comme une menace. "Il faut être une organisation myope pour déformer les choses de la sorte", a lancé un porte-parole du gouvernement. Tout en menant une politique militariste pour conserver sa zone d’influence, la Russie s’irrite de voir l’Otan gagner du terrain. L’intégration du Montenegro est acquise, et les demandes d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine entretiennent le climat de tension. Pour la première fois, les dirigeants de la Suède et de la Finlande ont été invités au Sommet, alors que certains ténors en Finlande plaident pour une adhésion à l’Otan.

"La Russie n’est pas un adversaire, n’est pas une menace. La Russie est un partenaire."
François Hollande

Autre source de crispation pour Moscou: l’Union européenne, dont six des États membres sont neutres, a décidé de "donner un nouvel élan et une nouvelle substance [à son] partenariat stratégique" avec l’Otan. Les deux organisations vont augmenter leurs interactions et mener des exercices parallèles et coordonnés pour être prêtes à réagir en cas de menace. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a plaidé pour un renforcement de la défense européenne, qui "nécessite une industrie européenne de la défense plus forte". Mais l’Otan et l’UE visent aussi les menaces hybrides, des cyberattaques aux campagnes de désinformation comme la Russie en mène.

Les membres de l’Union européenne appréhendent de façon très différente la "menace russe". Tous ont validé la prolongation des sanctions économiques, mais certains plaident pour la désescalade. À contre-courant du message envoyé par les États-Unis et certains pays du nord-est de l’Union, le président français a estimé vendredi que "l’Otan n’a pas vocation à peser sur les relations que l’Europe doit avoir avec la Russie". "Pour la France, la Russie n’est pas un adversaire, n’est pas une menace. La Russie est un partenaire", a-t-il insisté. Quand l’Otan se muscle, Paris tente de jeter de l’eau sur les braises.

La Belgique "prise au sérieux"

Charles Michel a assuré samedi que la Belgique n'avait pas subi de remontrance de la part des dirigeants de l'Otan pour le faible niveau de ses dépenses militaires, un sujet brûlant au sein de l'Alliance atlantique alors que les Etats-Unis demandent de réels efforts de la part de leurs alliés européens. "J'ai la conviction que nous avons été très convaincants car le fait d'avoir validé la 'Vision stratégique' (pour la Défense belge à l'horizon 2030, ndlr), libéré pour 9,2 milliards d'euros d'investissements (militaires sur les quinze prochaines) et surtout mobilisé 200 millions d'euros pour réaliser immédiatement des investissements, cela montre une forme de crédibilité", a-t-il dit à la presse au second jour du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pays alliés à Varsovie.
    

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