Publicité
interview

Domenico Rossetti: "Il faut abandonner la règle de l'unanimité"

Domenico Rossetti à propos de l'énergie: "Aucune option technologique ne doit être écartée de façon dogmatique." ©RV DOC

La règle de l'unanimité donne un pouvoir surdimensionné au "non", estime le secrétaire général des fédéralistes européens, pour qui il faut permettre à un noyau dur d'ouvrir la voie à une intégration plus poussée.

Quelle sera la place de l’Europe dans le monde en 2050, face aux géants chinois, américain ou russe? Telle est la question qu'examine Domenico Rossetti, docteur en économie et secrétaire général des fédéralistes européens (UEF), dans un livre préfacé par Christian Jourquin (ex-Solvay), qui va résolument à contre-courant du scepticisme ambiant sur le destin de l'Europe.

L'Europe est pressée de l'intérieur par des courants populistes, et de l'extérieur par des grandes puissances (Chine, Russie, Turquie, USA sous Trump) qui veulent l'affaiblir. Comment réagir?

En Europe, nous avons un puissant soft power fondé sur notre capacité commerciale, sur l'aide au développement et sur le respect des droits de l'homme. Mais nous devons passer au smart power en associant aussi des éléments du hard power. On pourrait penser à une mutualisation des forces armées, même si c'est évidemment difficile de transférer ces attributs de la souveraineté nationale à l'échelon européen. Je suis convaincu que si nous voulons peser dans les affaires du monde au XXIe siècle et défendre nos valeurs, les 27 États membres doivent s'unir davantage et se présenter en front commun.

"L’Union européenne est devenue une autorité législative mondiale."

Comment expliquer que l'Europe, déjà dépourvue de hard power, parvienne si peu à imposer son soft power?

Anu Bradford, professeur à la Columbia Law School, a écrit un livre intitulé “The Brussels effect – how the European Union rules the world”. Elle montre comment, à travers son marché régulé, ses mesures phytosanitaires, la protection des données personnelles, les réglementations qui assurent la qualité de l'air, de l'eau et des sols, l'Union européenne est devenue une autorité législative mondiale. La globalisation est en réalité un appendice de l'européanisation. L'Europe est, à maints égards, un exemple pour le reste du monde.

"En tant que fédéraliste européen, je suis un ardent partisan de l'abandon de l'unanimité. C'est inefficace et cela donne un pouvoir surdimensionné au 'non'."

L'avenir de l'Europe, n'est-ce pas une Europe à géométrie variable? C'est-à-dire permettre à ceux qui le souhaitent d'avancer sans indisposer les autres.

Les fédéralistes européens se battent depuis longtemps pour une avant-garde, un noyau dur qui ouvrirait la voie à une intégration européenne plus poussée. C'est le cas des 19 États membres qui partagent l'euro. On pourrait imaginer ce type d'avancées dans plusieurs domaines. En tant que fédéraliste européen, je suis un ardent partisan de l'abandon de l'unanimité. C'est inefficace et cela donne un pouvoir surdimensionné au "non".

Le président Macron parlait d'une Europe qui protège pour qu'elle soit mieux acceptée par les citoyens. Dans quels domaines doit-elle protéger?

Lorsque la Commission européenne, grâce à sa politique de concurrence, donne des amendes aux GAFAM, elle protège directement le citoyen européen. Elle montre qu'il est possible de contrôler les actions des multinationales. Quand l'Europe enjoint le reste du monde à réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle se fait la porte-parole non seulement des citoyens européens, mais aussi de ceux des régions désertiques et des villes côtières les plus susceptibles de souffrir des changements climatiques. Oui, l'Europe protège.

"Les fédéralistes européens se battent pour une avant-garde, un noyau dur qui ouvrirait la voie à une intégration européenne plus poussée."

L'Europe de l'énergie, n'est-ce pas une utopie, quand on sait que certains continuent avec le nucléaire et d'autres l'abandonnent?

Le choix du mix énergétique est dans les mains des États membres. L'objectif commun à l'Union est d'arriver à la neutralité carbone en 2050 et à 55% de réduction de gaz à effet de serre en 2030. Chaque pays doit trouver sa recette en fonction de ses ressources et de ses priorités politiques. Certains préféreront l'hydroélectricité, le solaire, l'éolien, la biomasse ou la géothermie, alors que d'autres miseront sur le nucléaire ou sur la technologie du captage-stockage du CO2. Aucune option technologique ne doit être écartée de façon dogmatique.

Une union monétaire sans une union budgétaire a-t-elle du sens? C'est comme marcher sur une jambe…

C'était la belle expression utilisée par Jacques Delors. Il y a des progrès énormes à faire en matière d'union économique, sociale et fiscale. Il suffit de penser aux différences de salaires, aux nombres d'heures de travail par semaine ou de TVA. Nous sommes loin de l'harmonisation. À titre d’exemple, le salaire minimum en Bulgarie est près de dix fois inférieur à celui d'un Luxembourgeois. Avec le Next Generation EU, certains ont parlé d'un temps "Hamiltonien", où l'Union a la capacité d'emprunter directement sur les marchés financiers. Une grande partie de la relance économique proviendra de fonds authentiquement européens.

"La réussite de l'Europe: union, énergie et technologie", Domenico Rossetti, éd. L’Harmattan, 228 pages, 21,50 euros.

Les phrases-clé

  • "L’Union européenne est devenue une autorité législative mondiale."
  • "En tant que fédéraliste européen, je suis un ardent partisan de l’abandon de l’unanimité. C’est inefficace et cela donne un pouvoir surdimensionné au 'non'."
  • "Les fédéralistes européens se battent pour une avant-garde, un noyau dur qui ouvrirait la voie à une intégration européenne plus poussée."
  • "Une grande partie de la relance économique proviendra donc de fonds authentiquement européens."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés