DSK s'explique: "Moi, ce que j'aime, c'est la fête"

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Le jour est enfin venu pour Dominique Strauss-Kahn: poursuivi pour proxénétisme aggravé aux côtés de 13 autres prévenus alors qu'il a toujours nié tout fondement à cette accusation, il livre sa version de l'affaire dite du Carlton au tribunal correctionnel de Lille.

Dominique Strauss-Kahn a assuré n'avoir commis "ni crime, ni délit" et récusé toute "activité débridée", à l'ouverture mardi de son audition devant le tribunal correctionnel de Lille, dans le nord de la France, où l'ancien patron du FMI est jugé pour proxénétisme.

Vêtu d'un costume bleu marine, les mains jointes, l'ex-homme politique vedette français est apparu tendu à l'entame de cette comparution attendue en France comme le spectacle judiciaire de l'année.

Son audition a débuté peu avant 11h avec la lecture par le tribunal d'une lettre remise par M. Strauss-Kahn lui-même aux experts psychiatriques chargés d'analyser sa personnalité. "Je n'ai commis ni crime, ni délit", a-t-il écrit.

DSK a ensuite récusé devant les juges avoir eu la moindre "activité débridée", en allusion aux soirées libertines organisées par un cercle d'amis, en présence de prostituées recrutées pour lui complaire, qui lui valent d'être poursuivis avec treize autres personnes.

"Quand on lit l'ORTC (l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, ndlr) on a l'impression d'une activité frénétique", où les dates se mélangent de manière imprécise, a regretté M. Strauss-Kahn.

DSK prétend qu'il aurait cessé de participer à ce genre de soirées s'il avait su qu'il s'agissait de prostituées. Pour lui, ces femmes étaient des libertines qui venaient en connaissance de cause. "Je n'ai jamais eu le sentiment qu'elle venait pour moi. Elle venait pour participer à une après-midi festive au sein d'un groupe d'amis"."Les relations sexuelles avec des prostituées n'entrent pas dans ma conception. Moi j'aime que ce soit la fête", a-t-il dit.

 

Trois jours pour convaincre

Trois ans et demi après les premières fuites dans la presse sur son éventuelle implication dans cette affaire, l'ancien directeur du FMI, âgé de 65 ans, va avoir deux jours et demi pour se disculper à la barre. Il encourt 10 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende.

C'est le 16 octobre 2011 que DSK a demandé à être entendu par les juges pour faire cesser les "insinuations malveillantes" qui avaient commencé à circuler au sujet de son rôle dans un réseau de recrutement de prostituées pour animer des soirées chaudes.

DSK venant à peine cette année-là d'échapper aux griffes de la justice pénale américaine dans le scandale sexuel du Sofitel de New York, qui a brisé sa carrière politique, la nouvelle affaire -- du viol on passait au proxénétisme -- avait de quoi mettre définitivement à bas ce qu'il lui restait de réputation.

Il a été finalement mis en examen le 26 mars 2012.

Le parquet a requis ensuite le non-lieu concernant le renvoi en correctionnelle, estimant qu'il avait été bénéficiaire mais pas organisateur des festivités.

Depuis le début, il a laissé à ses avocats, le réputé Henri Leclerc en tête, le soin de parler haut et fort d'une interprétation abusive du droit.

"Motivation politique, idéologique, morale", voilà comment ses conseils avaient qualifié le renvoi de DSK devant le tribunal correctionnel.

Quoi qu'il lui en coûte, et aussi contesté par certains soit le fondement judiciaire de sa mise en examen, voici DSK face à la meute, obligé de s'expliquer une fois de plus sur une affaire de moeurs, sous les yeux d'une presse nombreuse et impatiente.

Il va notamment être confronté à ses accusatrices, au milieu peut-être d'allusions à ses goûts sexuels. A Jade, en particulier, dont les témoignages depuis le début du procès sur le monde de la prostitution ne manquent pas de glacer l'audience.

Le Roi de la fête?

Le 2 février à l'ouverture du procès, il avait assuré par avance le président du tribunal de sa bonne volonté. "On en reparlera la semaine prochaine", avait dit Bernard Lemaire au célèbre prévenu. "Bien sûr", avait alors répondu, affable, Dominique Strauss-Kahn.

Entre temps, le président du tribunal a pris bien soin de compartimenter les débats -- aucun sujet ne devait être abordé sans la présence du prévenu concerné. Durant ces audiences, la question de savoir si DSK était au courant du fait que ses partenaires sexuelles d'un jour étaient des prostituées n'a ainsi pas été posée.

L'ombre de DSK a cependant plané en permanence sur les six premiers jours du procès qui devrait s'achever le 20 février. Au fur et à mesure que le tribunal passait en revue les différents cercles de protagonistes du dossier, il se rapprochait de lui.

Une des ex-prostituées, Mounia, qui s'est portée partie civile, a affirmé lundi qu'elle avait été dûment prévenue par son recruteur de l'identité du grand homme, alors favori pour la présidentielle de 2012.

De l'accusation même, il ressort que DSK n'a probablement jamais payé une prostituée lors de ses sorties dans le nord, avec son cercle d'amis qui comptait un policier, Jean-Christophe Lagarde, deux entrepreneurs, Fabrice Paszkowski et David Roquet, et une spécialiste de l'événementiel, Virginie Dufour.

C'est à ce petit groupe d'amis du Nord que va aussi s'intéresser le tribunal à partir de mardi et jusqu'à jeudi matin.

Ce que reproche la justice à cette fine équipe, c'est d'avoir amené des prostituées à des soirées organisées à Lille, Paris ou encore Washington, pour faire plaisir à Dominique Strauss-Kahn, "roi de la fête" qui, au minimum, ne pouvait être dupe du petit manège, selon l'accusation.

"Acceuilli" par des Femen

Trois Femens seins nus se sont jetées mardi matin sur la voiture de Dominique Strauss-Kahn à l'arrivée de l'ancien patron du FMI à son procès.
Aux cris de "macs-clients déclarés coupables", les trois militantes ont pris par surprise les policiers en faction devant le tribunal, l'une d'elles escaladant le capot de la berline aux vitres fumées qui amenait DSK, les deux autres cernant le véhicule avant d'être toutes interpellées.

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