Edouard Philippe ne convainc pas les syndicats sur les retraites

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Malgré certaines concessions, le Premier ministre français a ravivé la colère des principaux syndicats, à l'exception du MEDEF (patrons), en évoquant un âge de départ à 64 ans à taux plein.

"La ligne rouge a été franchie". D'ordinaire conciliant, le patron de la CFDT, premier syndicat de France, était plus qu'agacé. Laurent Berger assistait comme d'autres au discours du Premier ministre visant à détailler le projet Macron des réformes des retraites. Et force est de constater qu'après moults concertations, le gouvernement n'a pas entendu son avertissement. En cause : les 64 ans, le "symbole des symboles". Si l'âge légal de départ est maintenu à 62 ans, le gouvernement compte "inciter les Français à travailler plus longtemps", en instaurant un âge pivot à 64 ans (à taux plein), dès 2027, avec un système de "bonus malus". En résumé, en cas de départ en retraite avant cet âge, la valeur du point serait minorée. À l’inverse, le point serait bonifié pour ceux qui partiraient après. De quoi pour l'exécutif de se disqualifier auprès de la CFDT mais aussi de l'UNSA, des syndicats plus réformistes.

Après 1975

Ce désaccord de fond a jeté un voile sur plusieurs concessions faites par le gouvernement. À commencer par la transition plus lente vers le nouveau régime. Edouard Philippe a ainsi assuré que "les Français nés avant 1975 ne seront pas concernés" et que la génération 2004, celle "qui aura 18 ans en 2022", sera "la première à intégrer le système universel de retraite". Pour les autres "la transition sera très progressive" a-t-il ajouté, prévoyant que "toute la partie de carrière effectuée jusqu'à 2025 donnera lieu à une retraite calculée sur les anciennes règles" et que "seules les années travaillées à partir de 2025 seront régies par le système universel".

"Nous écrirons dans la loi que le niveau des retraites des enseignants sera comparable aux métiers équivalents dans la fonction publique"
Edouard Philippe
Premier ministre français

Autre sujet de tension sur lequel, l'exécutif lâche du lest : les mesures comptables. Désormais, il n’est plus question d’assainir, dès 2025, l'ensemble des régimes. Un délai sera accordé tandis qu'il reviendra aux partenaires sociaux de faire des propositions dès 2020. Ces derniers auront, par ailleurs, la main sur la valeur du "point" qui devrait être "garantie par la loi", et indexée sur les salaires et non l'inflation. Autre garantie : une retraite minimum de 1000 euros pour un salarié payé au smic tout au long de sa carrière, dès janvier 2022. Mais là encore les opposants y voient un leurre. "Une annonce qui n'est en aucun cas un acquis par la retraite par point et qui est déjà prévu par la loi", estime Eric Coquerel, député pour La France Insoumise à l'antenne de BFM.

Enseignants remontés

Enfin Edouard Philippe a confirmé la "fin des régimes spéciaux" mais "progressive", "sans brutalité" tout en tentant de calmer les craintes de différentes catégories socio-professionnelles, notamment les enseignants. "Nous écrirons dans la loi que le niveau des retraites des enseignants sera comparable aux métiers équivalents dans la fonction publique", a t-il insisté. Un discours qui n'a absolument pas convaincu la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), le principal syndicat des enseignants, ce dernier estimant que "rien n'a été budgété".

Au Parlement en février

"Ma porte est ouverte", a insisté Edouard Philippe après son disours, devant les sénateurs. Même s'il a déjà donné le calendrier : "Le projet de loi sera prêt à la fin de l’année, nous le soumettrons au conseil des ministres le 22 janvier, et il sera discuté au Parlement à la fin du mois de février". Dans la rue, pourtant, les Français risquent de galérer encore un moment.

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