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analyse

Emmanuel Macron a deux mois pour effacer son échec

Le président Macron pourrait avoir un rival de choix en la personne de Xavier Bertrand, qui a quitté Les Républicains, mais pourrait le représenter pour la présidentielle. ©EPA

Emmanuel Macron sort des élections régionales avec une étiquette de perdant. Le président français n'a que quelques mois pour trouver du soutien et redorer son blason.

Le second tour des élections régionales françaises a confirmé les données du premier: une abstention massive (66%), les élus sortants reconduits et une terrible claque pour la République en marche ainsi que pour le Rassemblement national. Mais qu'est-ce que ces constats nous enseignent en vue de l'élection présidentielle française de 2022?

Le politologue de l'ULB Pascal Delwit décode ce scrutin qui pose de nombreuses questions. "Tout d'abord", prévient-il, "il faut être très prudent lorsque l'on translate ces résultats à ceux d'une élection qui aura 35-40 points de participation en plus. Néanmoins, ces résultats produisent des effets dans l'imaginaire des acteurs..."

Deux vainqueurs

Globalement, les protagonistes se rangent en deux catégories, les vainqueurs et les vaincus. "Parmi les vainqueurs, il y a surtout les Républicains, qui étaient annoncés en grande difficulté, mais qui réalisent finalement un bon scrutin, bien que Xavier Bertrand et Valérie Pécresse soient un peu détachés du parti."

"Le scrutin libère les Républicains d'une certaine tension... même si le choix du candidat sera difficile!"
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Xavier Bertrand (ex-Les Républicains), président sortant des Hauts-de-France, est sorti largement vainqueur dans sa région, devant le candidat du Rassemblement national Sébastien Chenu. "Tout le monde a compris que la présidentielle est désormais un match à trois. Le match à deux a du plomb dans l'aile", a déclaré l'ancien ministre de droite, en référence au duel Macron/Le Pen attendu pour l'élection présidentielle. La gagnante de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a aussi été facilement réélue et pourrait également devenir la candidate des Républicains.

"Le scrutin libère les Républicains d'une certaine tension... même si le choix du candidat sera difficile!", glisse le politologue de l'ULB. Outre Bertrand et Pécresse, Laurent Wauquiez, vainqueur en Auvergne-Rhône-Alpes a les mêmes ambitions...

"La République en Marche, ou plutôt Emmanuel Macron, n'a pas réussi à mettre en place une structure partisane pertinente dans les territoires."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

La gauche a évité le désastre attendu, ce qui suffit pour la ranger du côté des vainqueurs de ces élections. "Cela reste relatif vu que ses résultats en 2015 étaient très mauvais", rappelle Pascal Delwit. "Eu égard à l'état des partis avant le scrutin, son résultat reste honorable... Néanmoins, elle était absente du 2e tour en PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur), elle sort avec dix points derrière Pécresse... La situation permet juste d'éviter de dire qu'elle est morte! En plus, elle a un énorme problème pour définir une stratégie présidentielle..."

Deux vaincus

Du côté des vaincus, la situation est très claire: "Il y a deux perdants matériels et symboliques. La République en marche, ou plutôt Emmanuel Macron, n'a pas réussi à mettre en place une structure partisane pertinente dans les territoires. Un président sans représentant dans les structures administratives à ce niveau, c'est spectaculaire!"

"Xavier Bertrand n'est pas parisien, il n'est pas attaché à un parti, il ira chercher les mêmes sponsors financiers que Macron."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Au-delà des chiffres, la candidature du président actuel à un second mandat risque d'être bousculée par les répercussions symboliques de ce scrutin. "Tout le monde dit qu'il a perdu et ça n'est jamais très bon de se lancer dans une campagne avec une telle image alors qu'on annonce un mano a mano avec Marine Le Pen. Il voit en plus débouler Xavier Betrand et Valérie Pécresse, deux candidats problématiques pour lui. Xavier Bertrand n'est pas parisien, il n'est pas attaché à un parti, il ira chercher les mêmes sponsors financiers que Macron..."

Le Rassemblement national de Marine Le Pen a échoué là où il était pourtant attendu: Thierry Mariani n'a pas pu conquérir la région PACA. Le candidat du parti de Marine Le Pen s'est laissé froidement larguer par le Républicain Renaud Muselier.

Un été pour affiner les stratégies

"Il faudra voir l'impact de tout cela à la rentrée", temporise Pascal Delwit. "Ces deux partis perdants peuvent-ils gommer l'impression d'échec en quelques mois? Les commentaires négatifs auront-ils un effet durable? Toute campagne électorale est une alchimie entre le long, le moyen et le court terme. Fin août, début septembre, il faudra voir s'il y a des contestations en interne. Par exemple, la place de Marine Le Pen peut-elle être remise en question au profit de Marion Maréchal? Et comment le président Macron va-t-il, dans ses communications et activités, essayer de masquer cet échec et trouver des gens sur le terrain pour créer la mobilisation?"

"Toute campagne électorale est une alchimie entre le long, le moyen et le court terme."
Pascal Delwit
Politologue (ULB)

Les prochains mois devront être mis à profit par le président pour éviter un coude-à-coude délicat avec Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse et pour grappiller des voix auprès de partisans d'une gauche déçue après avoir rêvé de ses promesses ou de la droite qui aura un candidat sérieux... Vu son manque d'appui dans la base, la tâche s'avère difficile.

Le résumé

  • Marqué par une très faible participation, le second tour des élections régionales françaises a acté la défaite de La République en Marche et du Rassemblement national.
  • Le parti d'Emmanuel Macron n'a décroché la présidence d'aucune région.
  • Plusieurs candidats se profilent pour représenter la droite à la présidentielle de 2022.

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