Emmanuel Macron s'adresse aux "derniers de cordée"

©REUTERS

Le président français veut notamment instaurer un revenu universel d'activité sous conditions.

En présentant hier, avec toute la solennité requise, son plan anti-pauvreté, Emmanuel Macron s'est incontestablement attaché à gommer une image de président des riches. Une réputation qu'il s'était lui-même forgée à coups de petites phrases malheureuses et diffusées depuis le début de son quinquennat. L'idée générale était affichée sur son pupitre : "faire plus pour ceux qui ont moins". C'est à dire les neuf millions de personnes, enfants compris, que les statistiques considèrent comme vivant en-dessous du seuil de pauvreté soit 1026 euros par mois.

Valorisé 8 milliards d'euros sur quatre ans, le plan du chef de l'Etat comporte, parmi les mesures fortes, la volonté de simplifier l'usine à gaz que représente aujourd'hui les différentes aides dont bénéficient les Français les plus modestes et de toucher aussi les 30% éligibles à ces dispositifs mais qui ne les sollicitent pas. Concrètement une loi sera portée dès 2020 devant la représentation nationale. Elle débouchera à une échéance non encore fixée sur un revenu minimum d'activité issu de la fusion des aides existantes et qui sera versé sous conditions: s'inscrire dans un "parcours d'insertion" et l'impossibilité de refuser "deux offres raisonnables d'emploi".

Estimant qu'il ne fallait pas oublier les "derniers de cordée", allusion à une métaphore qui lui avait été reprochée sur les "premiers", Emmanuel Macron a déroulé tout un catalogue de mesures portant sur le financement de la garde d'enfants dès le plus jeune âge, des repas de cantine scolaire à un euro, une obligation de formation pour les adolescents en situation de décrochage et l'instauration d'un service public, piloté par l'Etat en lien avec les collectivités locales, visant à mieux insérer les chômeurs de longue durée.

Encadrer l'assistanat

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79% de Français ne font pas confiance à Emmanuel Macron, selon un récent sondage.

Le message délivré hier par le président de la république matérialisait donc un changement d'état d'esprit à l'égard des plus démunis lorsqu'il a notamment mentionné qu'un doublement actuel des aides ne pourrait régler le problème. Chacun aura bien compris que la nouveauté résidait dans une volonté forte d'encadrer l'assistanat, faisant ainsi écho à une fameuse sortie proférée en juin selon laquelle l'Etat mettait un "pognon de dingue" à l'égard des pauvres sans qu'ils puissent pour autant s'en sortir.

La décantation du discours présidentiel a également démontré que le dispositif n'allait démarrer qu'en 2020 puis s'étaler jusqu'à la fin du quinquennat offrant en ce sens un long moment aux parlementaires et aux administrations centrales pour traduire dans les faits les intentions prononcées. Pas de quoi rassurer les 79% de Français qui ne font pas confiance à Emmanuel Macron pour résorber la pauvreté selon un sondage Elabe/BFM TV réalisé cette semaine. Ni mettre immédiatement du baume au cœur des nombreuses personnes qui fouillent les poubelles des supermarchés à la recherche de produits récupérables ainsi qu'à celles qui couchent toujours dehors en dépit d'une promesse de campagne d'Emmanuel Macron restée d'évidence lettre morte.

 

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