tribune

Empreinte écologique: un petit pas pour la Commission, un grand pas pour nous Européens

Un grand pas a été franchi, il y a quelques jours, par la Commission européenne, sous l’impulsion du Commissaire européen à la Justice Didier Reynders: le lancement du programme Green Consumption Pledges.

De quoi s’agit-il? Concrètement, cinq entreprises européennes, des grands groupes mondiaux leaders dans leur secteur et des entreprises de taille moyenne ou petite, ont pris l’engagement public, et vérifiable par la Commission selon la méthode qu’elle préconise, de mesurer et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de leurs produits ou plus généralement de leurs activités. Elles ont aussi promis – progrès tellement attendu – de faire en sorte que les consommateurs bénéficient d’une information claire et vérifiable sur l’empreinte carbone.

Christophe Girardier, cofondateur et président de Glimpact.

Le but: que chacun de nous ait enfin la capacité d’acheter en toute connaissance de cause. Pouvoir choisir en conscience, pour un enjeu déterminant pour l’avenir, c’est bien la moindre des choses, pour nous citoyens!

Cette démarche pilote est singulière. Il ne s’agit pas, pour une fois, de montrer d’emblée les entreprises du doigt, mais de les faire participer, en toute transparence, à un processus collégial d’évaluation par la Commission européenne de démarches volontaires, associant toutes les parties prenantes (ONG, organisations industrielles…), visant à définir de nouvelles politiques ou réglementations européennes qui s’imposeront à tous les intervenants sur le marché de l’Union européenne.

La fin du "greenwashing"?

Cette approche volontaire – aujourd’hui cinq entreprises, espérons très vite des dizaines – doit donc permettre de fixer la base d’un futur travail législatif sur les allégations environnementales. C’est une étape cruciale vers la fin du "Greenwashing".

Michael Ooms, cofondateur et chargé de la recherche et méthodologie de Glimpact

On doit s’en féliciter, et surtout se réjouir que la méthode imposée pour la mesure de ces engagements soit la méthodologie de calcul reconnue au niveau européen: la méthodologie PEF/OEF. C’est un point majeur, nous allons y revenir. Mais on peut aussi regretter que la Commission européenne n’impose à ses signataires de ne s’engager à ce stade qu’à calculer l’empreinte carbone de leur entreprise, ou celle de l’une de leurs principales lignes de produits.

La vraie question: l'impact écologique global

Il est grand temps, en effet, de mettre sur la table la question fondamentale du calcul de l’impact environnemental global. Dans ce domaine, les multiples boussoles qui existent ici ou là sont toutes faussées. Nous naviguons dans l’ambiguïté, la contradiction et l’erreur, incapables donc d’enclencher vraiment une véritable transition écologique, pourtant si urgente et l’enjeu majeur du Green Deal lancé par la présidente Ursula von der Leyen.

Cela ne peut pas être, une fois, l’empreinte carbone. Une autre fois, les émissions de particules fines. Une autre fois encore, la pollution des eaux de rivière, des océans ou des sols.

L’impact environnemental, cela ne peut être un seul critère pris de manière isolée. Cela ne peut pas être, une fois, l’empreinte carbone. Une autre fois, les émissions de particules fines. Une autre fois encore, la pollution des eaux de rivière, des océans ou des sols. Non : l’impact environnemental, c’est tout cela à la fois, simultanément. Quand on ne regarde qu’un seul aspect, quand on rétrécit le champ d’analyse, on prend le risque de se tromper, car un produit peut être bon pour une catégorie d’impact et très mauvais pour beaucoup d’autres, si bien qu’au final, son impact environnemental global n’est pas du tout celui que l’on imaginait.

Depuis 2018, grâce à un long travail associant des scientifiques reconnus, des ONG et des organisations d’industriels, la Commission européenne est parvenue à un consensus sur une définition et une méthode de calcul de l’empreinte environnementale globale: cette méthode PEF/OEF que nous évoquions. Elle rassemble 16 catégories d’impact indissociables: changement climatique, protection de la couche d’ozone, consommation d’eau, utilisation des sols, émissions de particules fines ou encore épuisement des ressources fossiles et minérales…

Attribuer une note globale, universelle et comparable

Toutes ces catégories d’impact sont prises en compte simultanément, mesurées pour toutes les étapes du cycle de vie des produits ou activité. Les résultats sont normalisés et pondérés pour obtenir un score objectif, si bien que chaque produit ou organisation se voit attribuer une note globale, universelle et comparable.

L’immense avantage de cette méthode PEF/OEF, c’est de permettre d’identifier de manière analytique et précise les leviers sur lesquels un industriel doit agir en priorité pour améliorer la performance environnementale de ses produits ou de son organisation. C’est le prérequis pour entamer une vraie démarche d’éco-conception, qui ne soit pas que cosmétique, arbitraire ou vouée à l’échec.

Dans tous les secteurs, des entreprises sont prêtes à franchir le pas, à accepter la réalité de leur impact environnemental global.

Cette méthode, il faut donc l’appliquer, la généraliser, la rendre obligatoire. Le lancement du "Green Consumption Pledges" est une première étape. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin monsieur le Commissaire Reynders ! À présent que vous avez obtenu que des premières entreprises appliquent de façon volontaire la méthode du PEF pour le calcul de leur empreinte carbone, il faut qu’elles le fassent pour l’ensemble des 16 catégories d’impact environnemental que cette méthode impose. Une fois encore, ne mesurer que l’empreinte carbone, c’est tenter de voir en pleine nuit tout en fermant un œil.

Prenons le simple exemple du secteur du textile. Bien sûr qu’il faut mesurer l’empreinte carbone des vêtements que nous achetons car l’enjeu du réchauffement climatique est majeur, mais il faut aussi prendre en compte l’utilisation des ressources en eau nécessaires à la production des fibres. Pour le cas de la production de la fibre de coton elle représente 27% de son impact environnemental global, là où l’empreinte carbone pèse moins de 20%.

La dynamique est lancée

Dans tous les secteurs, des entreprises sont prêtes à franchir le pas, à accepter la réalité de leur impact environnemental global, et faire cet effort gigantesque, mais nécessaire de transformation de leurs manières de produire.

Vous avez lancé une dynamique à la portée considérable, monsieur le Commissaire européen, nous comptons sur vous pour que la Commission lui donne l’impulsion ultime, pour qu’elle prenne toute son ampleur pour rendre possible une vraie transition écologique de l’industrie et au fond, la réussite du Green deal.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés