analyse

En Allemagne, l'émergence d'une gauche anti-migrants

Sahra Wagenknecht, cheffe de file du parti "die Linke" au parlement allemand ©EPA

Icône de la gauche allemande, Sahra Wagenknecht se distingue de son parti sur les questions migratoires. Elle a lancé mardi Aufstehen (Debout), un mouvement cherchant à fédérer la gauche et dont l’inspiration rappelle les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon dont elle est proche.

Inlassablement, Sahra Wagenknecht, coprésidente du groupe parlementaire du parti néocommuniste 'die Linke', décline le même discours: à ses yeux, la gauche radicale, qui plafonne à 8% des intentions de vote, ne peut retrouver les succès de 2009 (11,5% des voix et 76 sièges au Bundestag) qu’en se positionnant clairement contre le libéralisme, le capitalisme et la guerre.

"Wagenknecht, constatant que la gauche a beaucoup reculé, notamment en ex-RDA à cause de la question migratoire où elle a perdu des points au profit de l’AfD, est convaincue qu’il faut combattre ce parti sur ce terrain."
Gero Neugebauer
Politologue - Université Libre de Berlin

Depuis 2015, elle a ajouté à sa litanie une critique de la politique migratoire d’Angela Merkel, responsable à ses yeux de la poussée du parti d’extrême droite AfD. Depuis les agressions sexuelles de la Saint-Sylvestre à Cologne en 2015 (plusieurs centaines de clandestins avaient alors agressé des centaines de jeunes filles), elle dénonce la "bonne conscience de la gauche" sur le sujet et plaide pour "une autre politique migratoire", plus contrôlée. "Ceux qui abusent du droit d’hospitalité perdent ce droit à l’hospitalité", assène-t-elle.

Au sein de 'die Linke', ses positions créent un malaise. "Wagenknecht, constatant que la gauche a beaucoup reculé, notamment en ex-RDA à cause de la question migratoire où elle a perdu des points au profit de l’AfD, est convaincue qu’il faut combattre ce parti sur ce terrain", estime le politologue Gero Neugebauer, de l’Université Libre de Berlin.

Mais contrairement à l’AfD, elle refuse de revenir sur le droit à l’asile, ne réclame pas davantage d’expulsions, ni ne critique l’islam. "L’AfD est devenue en Allemagne de l’Est le parti des travailleurs et des chômeurs, insiste Oskar Lafontaine, mari de Sahra Wagenknecht, cofondateur de 'die Linke' et considéré comme le cerveau d’Aufstehen. A gauche, nous devons réfléchir à ce que nous avons raté!"

Le parti français des Insoumis comme modèle

Sahra Wagenknecht n’a jamais eu peur de déranger. Cette Allemande de l’Est née à Jena en 1969 a toujours détonné. A 4 ans, lorsque les autres jouent, elle apprend seule à lire et à écrire. Malgré ses brillantes notes, elle se voit refuser l’autorisation d’étudier par le régime communiste. Elle est orientée vers un emploi de secrétaire à l’université, afin d’apprendre à "se plier à la collectivité".

Elle qui voulait étudier la philosophie se jette sur les livres: Aristote, Hegel, Goethe et Marx…En novembre 1989, plongée dans la lecture de Kant, elle rate totalement la chute du mur de Berlin. Elle ne mettra les pieds à Berlin-Ouest que plusieurs mois plus tard, pour aller chercher un livre à la bibliothèque. Sahra Wagenknecht se refuse à entrer dans les cases.

"Aufstehen" a pourtant plusieurs modèles, les Insoumis de Jean-Luc Mélanchon qu’elle connaît bien, Podemos en Espagne ou encore 5 Etoiles en Italie. Le mouvement -100.000 membres selon sa fondatrice- s’adresse à tous ceux qui ont déserté les rangs de la gauche, ces anciens électeurs des Verts, du SPD ou de die Linke qui sont depuis passés à l’extrême droite ou qui ont rejoint les abstentionnistes.

Mais à gauche, Aufstehen est accueilli plutôt fraîchement. Lancé "d’en haut" par le couple Lafontaine-Wagenknecht, il serait en contradiction avec son idée initiale de mouvement parti de la base. Présenté un temps comme une tentative de relancer l’idée d’une coalition avec les Verts et le SPD, Aufstehen ne suscite qu’un intérêt très modeste auprès des dirigeants des deux partis.

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