analyse

En exportant des vaccins sans limites, la Belgique "prend des risques"

Le Premier ministre Alexander De Croo lors du sommet européen consacré à la crise sanitaire et à la distribution des vaccins. ©BELGA

L'Union européenne a exporté plus de vaccins qu'elle n'en a distribué à ses citoyens. La Belgique, championne de la production de vaccins, a joué la carte européenne et celle des exportations. Une décision qui comporte des risques.

Trois mois après le début de la vaccination contre le Covid-19, un peu plus de 10% des Belges ont reçu au moins une dose de vaccin. C'est moins qu'une vingtaine d'autres pays de l'Union européenne (UE). En haut du classement, on retrouve Malte (32%), la Hongrie (23%). L'Estonie et la Lituanie affichent 17%. Plus de la moitié des Britanniques ont reçu une injection.

10%
de personnes vaccinées
Trois mois après le début de la vaccination contre le Covid-19, 10% des Belges ont reçu au moins une dose de vaccin.

Ces inégalités profondes posent question, au lendemain d'un sommet européen agité où les exportations et la répartition des vaccins ont été l'objet d'âpres discussions. Le niveau de vaccination en Belgique, championne mondiale de la production de vaccins, surprend, alors que le pays se confine à nouveau. Le gouvernement belge a joué la solidarité européenne lors de son approvisionnement en vaccins. Ce n'est pas le cas de tous les pays.

Une Europe généreuse

En marge du sommet européen, la Commission européenne a révélé que l'Europe avait exporté 77 millions de doses de vaccin, alors que ses citoyens en avaient reçu 59 millions. Les Européens et les Belges se découvrent soudain d'une grande générosité envers les États-Unis et le Royaume-Uni. À leur propre détriment.

"Nous sommes un des premiers producteurs de vaccins dans le monde et nous voulons être sûrs que les exportations de vaccins soient garanties."
Alexander De Croo
Premier ministre

En un an de crise sanitaire, les vaccins sont devenus le nouvel or sur lequel certaines nations se précipitent avec une rage prédatrice. L'UE, chevillée à la sacro-sainte ouverture des marchés, découvre qu'elle est la seule à appliquer cette règle quand d'autres, comme les États-Unis, l'éclipsent en faveur de leur population.

"L'Europe se découvre un nouveau rôle, s'occuper de la santé de ses citoyens, et plus seulement de l'ouverture de son marché", dit une source européenne.

Lors du sommet, les Vingt-Sept ont adopté un mécanisme de restriction des exportations fondé sur la réciprocité et la proportionnalité. Plus question, sur papier du moins, de laisser un pays tiers se servir en vaccins dans l'UE s'il refuse d'en exporter. Le destinataire de cette législation est le Royaume-Uni, qui a siphonné deux tiers de ses vaccins sur le marché européen. Pour qu'elle s'applique, un État doit l'activer.

"Jouer la carte européenne et celle des exportations de vaccins sans limites comporte des risques."
Benjamin Bodson
Institut Egmont

Durant la réunion, la Belgique a exposé ses réticences face à cette mesure afin de ne pas pénaliser les entreprises pharmaceutiques. "Nous sommes un des premiers producteurs mondiaux de vaccins dans le monde et nous voulons être sûrs que les exportations de vaccins soient garanties", a dit le Premier ministre belge Alexander De Croo après la réunion des Vingt-Sept.

Pour beaucoup d'observateurs, s'il est impératif de ne pas briser la chaîne mondiale d'approvisionnement de vaccins, le faible taux de vaccination des Belges est un problème.

"Jouer la carte européenne et celle des exportations de vaccins sans limites comporte des risques", estime Benjamin Bodson, expert en affaires européennes à l'institut Egmont, "s'il n'y a pas d'amélioration dans les deux ou trois mois à venir, il pourrait y avoir un retour de flamme électoral".

L'heure des marchandages

Une vive querelle a éclaté entre l'UE et Royaume-Uni. Londres, en manque de deuxième dose, bloque ses exportations et compte sur la production européenne d'AstraZeneca. "Un chantage", a tonné vendredi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Selon certaines sources, un accord de partage pourrait être conclu samedi entre l'UE et le Royaume-Uni.

Une autre négociation est en cours, entre les 27 États de l'UE, sur le partage des 100 millions de doses supplémentaires du vaccin de Pfizer. La Commission aurait voulu que cette manne soit distribuée au prorata des populations de chaque pays. Mais les gouvernements européens lui ont préféré une négociation à huis clos entre ambassadeurs. Un marchandage dont les électeurs européens ignorent les paramètres.

Le résumé

  • Le taux de vaccination en Belgique est un des plus faibles d'Europe, alors que le pays est un champion de la production de vaccins.
  • L'Union européenne a exporté plus de vaccins que sa population n'en a reçu.
  • Jouer la carte européenne et celle des exportations comporte un risque électoral.
  • En Europe, c'est l'heure des marchandages pour tenter d'accélérer les campagnes de vaccination.

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