En France, le bras de fer se durcit sur la réforme des retraites

©AFP

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation se profile mardi, les Français restent suspendus aux annonces prévues par le gouvernement mercredi.

Un interminable ruban de voitures collées les unes aux autres au petit matin, sous la pluie. C’est l’éloquente image diffusée lundi matin montrant les abords d’un périphérique parisien complètement engorgé. Avec au total plus de 600 km de bouchons en Île-de-France, là où on en recense 200 à 250 en temps normal! Alors que la France entre ce mardi dans son sixième jour de grève contre la réforme des retraites, la tension monte d’un cran. Dans les transports toujours paralysés, les scènes de cohue se multiplient, surtout en région parisienne. "Jeudi et vendredi derniers, j’ai pu faire du télétravail et prendre une journée de repos, racontait Laurent, un voyageur piégé lundi à la gare du Nord, la plus fréquentée d’Europe. Mais aujourd’hui ce n’est plus possible, je dois aller au bureau."

Détails en suspens

Sur le terrain politique, le tempo s’accélère également. Même si, aux dires des députés de la majorité eux-mêmes, il n’est pas assez rapide. Après une séance de travail tardive dimanche à l’Élysée, les négociations se sont poursuivies ce lundi. Dans l’après-midi, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités, et Jean-Paul Delevoye, le Haut-commissaire aux Retraites, ont reçu les partenaires sociaux. Une réunion ultime dont les conclusions viendront alimenter les annonces prévues mercredi par Édouard Philippe sur les détails du projet.

"L’ossature de ce projet est détestable, on parle d’un recul social massif."
un syndicaliste

Que faudra-t-il en attendre? A priori, le gouvernement semble vouloir camper sur les fondamentaux de sa réforme, notamment sur son universalité et le calcul par points. Mercredi, il devra néanmoins clarifier des questions toujours en supens. Quelles générations seront concernées par la réforme? À quel rythme les régimes spéciaux se fondront-ils dans le régime plus général? Quelle sera, au final, la posture sur la question de l’équilibre budgétaire? Quel sera l’âge de départ? Etc. Le gouvernement laisse à voir d’éventuels aménagements à la marge. Pas de quoi satisfaire pour autant la plupart des syndicalistes, braqués sur le système d’un calcul en points: "l’ossature de ce projet est détestable, on parle d’un recul social massif", regrette l’un d’eux.

Rebelote mardi

En prélude à cette allocution, la journée de mardi s’annonce déjà difficile. Avec, comme jeudi dernier, un deuxième appel à la grève interprofessionnelle. Il ne devrait donc pas y avoir d’amélioration côté bus, trams, RER et métros. Les chemins de fer seront aussi particulièrement affectés, en Île-de-France mais aussi en région. "Dans ce cadre, Air France prévoit d’assurer 100% de ses vols long-courriers, près de 90% de ses vols moyen-courriers et près de 75% de ses vols domestiques", a indiqué un porte-parole de la compagnie.

Les enseignants resteront également mobilisés. Et ce en dépit des engagements de leur ministre de tutelle. Ce dernier a indiqué que leur niveau de pension serait garanti via des hausses de salaires et de primes. Au total, ces revalorisations porteraient sur un budget "autour de 400 millions d’euros annuels" prenant effet dès janvier 2021.

Pour ce qui est des jours à venir, la CGT donne déjà le ton. Le syndicat a fait savoir qu’il réfléchissait à une nouvelle mobilisation jeudi. De quoi inquiéter les Français dans leurs déplacements. Mais aussi les commerçants, hôteliers, restaurateurs, professionnels du tourisme et de la culture. "Le week-end a été catastrophique: Paris était vide, les restaurants, les brasseries… Même la restauration rapide, tout le monde était touché, avec jusqu’à 50% de perte de chiffre d’affaires", a déploré lundi à l’AFP le porte-parole du GNI-Synhorcat (indépendants).

Enfin, venant encore brouiller l’image du gouvernement, le quotidien Le Parisien a révélé que le Haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye n’avait pas déclaré sa fonction d’administrateur d’un institut de formation dans les assurances. Une "erreur" et "une omission par oubli", a réagi l’intéressé.

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