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En Italie, après le choc et les larmes, la guerre politique

©AFP

Les invectives politiques ont continué au surlendemain de l’effondrement du pont Morandi, à Gênes. Au milieu de ces échanges, le groupe Atlantia, responsable de la gestion du viaduc qui a dégringolé en Bourse, et surtout les familles des victimes et une vingtaine de disparus.

L’effondrement du pont Morandi, qui a provoqué la mort d’au moins 38 personnes et une quinzaine de blessés graves, a jeté la ville de Gênes, et le pays tout entier, dans un état de colère teintée de stupéfaction. Alors que le procureur de Gênes, Francesco Cozzi, annonce qu’une vingtaine de personnes sont encore portées disparues, une bataille politique aux contours inquiétants est en train de prendre forme dans la péninsule.

22%
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Le groupe Atlantia, responsable de la gestion de l’autoroute, a perdu 21% jeudi en Bourse.

Unis dans un élan consensuel inédit, dans la ville meurtrie et désormais coupée en deux par l’affaissement du viaduc, les représentants du gouvernement italien sont à la recherche des coupables de la tragédie. Et ils pointent tous du doigt Atlantia S.p.A, le groupe responsable de la gestion du pont, contrôlé par la famille Benetton.

Affichant une fermeté inhabituelle, l’exécutif a ainsi annoncé l’immédiate révocation de la concession autoroutière à la filiale Autostrade per l’Italia, du groupe Atlantia. Une décision prise sans s’inquiéter des très lourdes indemnisations que ce dernier pourrait légitimement réclamer à l’Etat. Le titre boursier de Atlantia s’est immédiatement effondré à la Bourse de Milan en affichant, jeudi, une baisse de 22%.

"Atlantia a encore le culot de parler d’argent après la tragédie de Gênes, en demandant d’autres millions d’euros aux Italiens en cas de révocation de la concession", a écrit le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini sur Facebook après avoir visité les lieux du désastre et mis en ligne la vidéo de ses déambulations au milieu des décombres.

La Bulgarie envisage la rénovation de tous les ponts

Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a demandé une rénovation de tous les ponts dans son pays, le plus pauvre de l’Union européenne et dont l’infrastructure est délabrée, après l’effondrement du pont à Gênes, a-t-on appris jeudi.

Selon le compte rendu d’une réunion gouvernementale mercredi, le ministre du développement régional Nikolay Nankov a annoncé que 211 ponts, dont la plupart construits il y a 35 à 40 ans, étaient en mauvais état"Tout doit être rénové et consolidé", a déclaré le chef du gouvernement, évoquant "soit un financement par des crédits à rembourser par le futur système de péage, soit par des moyens budgétaires" et en précisant vouloir "une rénovation simultanée partout".

La même colère a été exprimée par le ministre du Développement économique, Luigi Di Maio. Par le biais de graves accusations, il reproche aux précédents gouvernements, notamment à ceux dirigés par le centre-gauche, d’avoir "fait don de la concession" à Atlantia en échange de financements. "Nous sommes le seul gouvernement qui n’a pas reçu d’argent de la part de la famille Benetton. Pour cette raison nous n’avons pas peur de revoir les contrats et infliger des amendes de 150 millions d’euros à une société basée au Luxembourg, qui ne paye même pas ses impôts en Italie", a-t-il déclaré.

La réaction de l’ancien Premier ministre, Matteo Renzi, ne s’est pas fait attendre. "Ceux qui disent que mon gouvernement a reçu de l’argent de la famille Benetton mentent. Ce ne sont que des dangereux charognards", a-t-il écrit sur sa page Facebook.

©Mediafin

Le pays divisé

Face à la tempête politique qui, depuis mardi, accompagne le drame génois, d’éminents experts en ingénierie expliquent pourtant que d’importantes zones d’ombre concernant les fragilités structurelles du pont ne pouvaient pas être facilement dissipées. Et ceci malgré les contrôles sérieux et les travaux d’entretien régulièrement effectués par la société responsable du pont.

De même, d’autres experts, comme l’ingénieur Saverio Ferrari, soulignent l’existence de graves défauts de naissance du viaduc, que les efforts d’entretien ne pouvaient absolument pas endiguer.

"Les essais pour tester la solidité de la base du viaduc n’ont duré que cinq jours. Or, ce n’était pas suffisant."
Saverio Ferrari
Ingénieur

"Les essais pour tester la solidité de la base du viaduc, qui ont été entrepris au cours des années’60, n’ont duré que cinq jours. Or, ce n’était pas suffisant", a-t-il avoué au Corriere della Sera.

Majestueux et névralgique, le pont Morandi était donc un grand malade indispensable à la ville de Gênes, à son port et au trafic en provenance de la France. Aujourd’hui une Commission d’enquête, fraîchement constituée, est chargée d’identifier les causes et les responsables de la tragédie. Ses conclusions risquent de diviser ultérieurement le pays.

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