analyse

En Italie, la difficile naissance d'une coalition

Le président italien Sergio Mattarella ©AFP

Tandis que les négociations entre le Parti démocrate et le M5S oscillent entre coups d’arrêt et sursauts d’optimisme, un nouveau retour aux urnes risquerait d’amener une coalition nationaliste de droite au pouvoir.

Les actuelles vicissitudes italiennes démontrent que les mariages arrangés, surtout en politique, demandent des efforts titanesques. Et peuvent tenir longtemps en haleine un pays tout entier.

Lundi soir, la péninsule avait poussé un soupir de soulagement. La rencontre, organisée entre les chefs de file du Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, anti-système), semblait ouvrir la voie à une entente certaine. Le choix du lieu de la rencontre, le Palais Chigi, siège de la présidence du Conseil, revêtait d’ailleurs, aux yeux de l’opinion publique nationale, une signification symbolique.

Accusé "d’excessive ambition personnelle", Luigi Di Maio, chef de file du M5S, aurait fait chavirer toute entente en réclamant pour lui-même le ministère de l’Intérieur et, à nouveau, la vice-présidence du Conseil.

Bureau du Premier ministre démissionnaire, Giuseppe Conte, il semblait prédire une acceptation tacite de la part des démocrates quant à la naissance d’un exécutif dirigé, à nouveau, par Conte. Un désir vigoureusement formulé par le M5S. À l’issue de cette longue rencontre nocturne, les Italiens ont pourtant eu l’impression d’un retour à la case départ.

À coups de déclarations interposées, les deux partis ont fait apparaître un manque criant de consensus. Accusé "d’excessive ambition personnelle", Luigi Di Maio, chef de file du M5S, aurait fait chavirer toute entente en réclamant pour lui-même le ministère de l’Intérieur et, à nouveau, la vice-présidence du Conseil. Et malgré les démentis du mouvement anti-système, la réunion prévue ce mardi matin entre ce dernier et le PD a été annulée à la dernière minute.

Optimisme prudent

Les réseaux sociaux ont ainsi commencé à sonner le glas de cette alliance embryonnaire avec la diffusion, notamment par des représentants du centre-gauche, du hashtag: #noultimatum. Une dénonciation sans équivoque de l’intransigeance, voire de la violence affichées par le M5S dans ses négociations avec le PD.

"En cette phase si délicate pour le pays, le bon sens doit prévaloir."
Andrea Marcucci
Chef de file du Parti Démocrate au Sénat

Mais mardi après-midi, énième revirement de situation: un optimisme prudent a mystérieusement refait surface. "En cette phase si délicate pour le pays, le bon sens doit prévaloir. Je suis optimiste, le M5S vient de nous envoyer des signaux positifs" a déclaré Andrea Marcucci, le chef de file du Parti démocrate au Sénat, peu avant sa rencontre avec ses homologues du M5S.

Le Président Sergio Mattarella a ainsi commencé ce mardi une dernière série de consultations avec les principales forces politiques du pays sans avoir, tout comme ses concitoyens, une idée très précise sur les scénarios à venir. Sans un accord solide, une vision réellement partagée ou un programme commun viable, le chef de l’Etat ne donnera pas sa bénédiction à un exécutif dont l’espérance de vie risque d’être inférieure à celle du défunt gouvernement formé par le M5S et la Ligue.

La voie des élections serait alors inévitable. Or ce retour aux urnes a été, à maintes reprises, réclamé par le chef de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini. Après avoir déclaré, en direct sur Facebook, que le pacte entre le M5S et le PD n’est autre que la conséquence d’une dangereuse interférence du président Emmanuel Macron et de la chancelière Angela Merkel dans la politique italienne, Salvini a répété qu’il ne regrettait nullement d’avoir mis fin à son aventure politique avec le M5S puisque "l’honneur et la liberté valent bien plus que mille ministères".

Il sait, en effet, que suite à un scrutin anticipé, la Ligue, épaulée par Forza Italia de Silvio Berlusconi et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, serait à même de constituer une coalition nationaliste de droite pouvant compter sur le soutien de presque 50% de l’électorat national. Un scénario-catastrophe pour une importante partie de l’opinion publique italienne ainsi que pour de nombreux partenaires européens de la péninsule.

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