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Et pourtant l'Europe a tout en main pour créer un Google, un Amazon ou un Baidu...

Virtuology Academy

Nos start-up prometteuses et nos scale-up confirmées n’ont pas assez de liens avec les grands groupes traditionnels. Il est urgent que l’Europe fasse davantage de Corporate venturing.

L’Europe a longtemps été le centre de l’innovation. Au 20e siècle, elle a éclaboussé le monde de ses créations. Aujourd’hui, ce sont les Américains et les Chinois qui sont au cœur de ce qu’on appelle la disruption. L’Europe peut-elle inverser la tendance? Et comment?

Depuis 10 ans, les Gafa et les BAT (Baidu-Alibaba-Tencent) se développent dans des secteurs d’activité où on ne les attendait pas, les rendant tout-puissants face aux grandes entreprises européennes.

Alain Heureux.

La capitalisation de ces quelques géants de la Tech atteint ainsi, en 2021, 8 à 10 billions d’euros. Par exemple, la valorisation boursière d’Amazon est supérieure au PIB de la Corée, du Canada ou encore du Brésil.

Certains s’inquiètent de cette situation, paniquent et pensent qu’il est trop tard, que le train de l’innovation est définitivement parti sans l’Europe. D’autres, au contraire, imaginent qu’il est encore possible de monter dans le wagon. Ce qui est sûr, c‘est que les Européens, si prompts à l’idée de créer une Super Ligue européenne pour 12 équipes de foot, s’émerveillent devant la puissance de quelques entreprises et hommes d’affaires qui affichent, par ailleurs, des comportements monopolistiques que certains qualifient de « dangereux ».

Pour autant, ils partent à la conquête de l’espace; ils créent des fondations humanitaires; ils jouent avec notre vie privée; ils rachètent nos entreprises innovantes; ils séduisent la jeune génération Y-X-Z et envahissent de façon disruptive toutes les industries.

Pas de quoi rougir de l’Europe

En 2010, alors que le FMI tardait à aider la Grèce en grosse difficulté financière, Alphabet, la maison mère de Google, avait suffisamment de cash disponible pour aider le pays. Cela donne une idée de la puissance de certaines sociétés.

Fin mai, Amazon achetait MGM après avoir racheté le Washington Post et la chaîne de supermarché Whole Foods. Les mêmes phénomènes se passent en Asie, ce qui a de quoi effrayer l’Europe qui reste à la traîne.

Nous n’avons aucune raison de rougir face à la Silicon Valley. Et pourtant, nous n’arrivons pas à devenir des acteurs mondiaux comme Google ou Amazon.

Nous avons créé les écosystèmes, nous avons les start-up, nous avons les scale-ups, des investisseurs, des incubateurs et des coachs. Pensons à Station F à Paris, à Hub Criativo do Beato à Lisbonne, mais aussi aux nombreux autres lieux. Nous n’avons aucune raison de rougir face à la Silicon Valley. Et pourtant, nous n’arrivons pas à devenir des acteurs mondiaux comme Google ou Amazon.

Privilégier le Corporate venturing...

Plusieurs paramètres peuvent expliquer le phénomène. La langue, la fiscalité, le cadre juridique et peut-être aussi, des freins culturels. Mais il y a surtout un manque d’interpénétration.

Nos start-ups prometteuses ou scale-ups confirmées n’ont pas de contacts avec les grands groupes traditionnels. Il est donc urgent que l’Europe fasse davantage de Corporate venturing. C’est à dire, par exemple, utiliser tout le back-office de Siemens ou Saint-Gobain sur lequel pourrait surfer une start-up qui n’aurait alors plus de freins juridiques ou fiscaux. Elle pourrait ainsi rapidement atteindre une masse critique et ensuite s’envoler vers d'autres continents. Il s’agit en fait d’une utilisation intelligente de ressources mises en commun en veillant à ne pas tuer la culture de la start-up quand elle intègre le grand groupe.

...et l’innovation disruptive

Une autre voie à privilégier est celle de l’innovation dite disruptive. Pour beaucoup, innover, c’est mettre des budgets en R&D qui souvent se concentrent sur ce qui est «incrémental». On rajoute une nouvelle couche à la lasagne de l’innovation existante.

Il s’agit de créer une culture orientée vers l’innovation qui demande à chacun de contribuer.

Il faut, au contraire privilégier l’innovation disruptive qui va totalement changer la donne. Pour ce faire, les entreprises européennes doivent impliquer tous les collaborateurs, car l’innovation n’est pas qu’une question de technologie.

Il s’agit de créer une culture orientée vers l’innovation qui demande à chacun de contribuer. Il faut créer des endroits où les équipes peuvent se réunir à tout moment pour réfléchir, analyser et inventer. Il est important également de changer les processus décisionnels et les procédures de travail et de favoriser la cocréation avec les clients.

Enfin, il est indispensable que l’Europe accepte l‘échec. De fait, seulement 23% des projets menés en Corporate venturing aboutissent. Cette acceptation est un vrai défi culturel.

Alain Heureux
Entrepreneur, formateur MBA, directeur général de Virtuology Academy

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