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Et soudain, Donald Tusk arrive pour ramasser les lauriers du compromis grec

©REUTERS

Toute crise digne de ce nom a un médiateur digne de ce nom. Jeroen Dijsselbloem, le patron de l’Eurogroupe, aurait pu l’être. Mais ce tenant de la ligne dure à l’égard d’Athènes n’a pas essayé de se hisser au-dessus de la mêlée – tout juste a-t-il passé cinq mois à tenter de contenir son irritation face aux extravagances de Yanis Varoufakis.

Médiateur, Jean-Claude Juncker a un temps prétendu l’être. Le président de la Commission européenne s’est investi dans cette crise en cherchant un terrain où la faire atterrir. Le Premier ministre grec lui en saura gré: "Si le débat et la négociation avaient eu lieu exclusivement entre le gouvernement grec et la Commission européenne, je crois que nous aurions trouvé une solution et un accord il y a longtemps", avançait Alexis Tsipras devant le Parlement européen, mercredi.

Mais le costume des "bons offices" est difficile à garder très longtemps pour une partie prenante – la Commission européenne est l’une des trois composantes de la troïka des créanciers… Le Luxembourgeois a fini par jeter l’éponge. "Je ne comprends pas Tsipras", avouait-il en juin. Et quand Athènes s’est lancée dans l’aventure du référendum, Juncker a joué son va-tout. Il s’est engouffré corps et âme dans la campagne hellène, prévenant les Grecs qu’un "non" serait un "non à l’Europe", les appelant à ne "pas se suicider" par "peur de la mort" et à voter "oui", à voter contre Tsipras "quelle que soit la question posée"… Après la victoire éclatante du "Non", la crise grecque se cherchait un nouveau médiateur.

Et si c’était Donald Tusk ? Jeudi, le président du Conseil européen a envoyé un signal clair sur sa volonté d’endosser le rôle d’honnête broker. "Les propositions réalistes de la part de la Grèce devront être suivies en contrepartie de propositions tout aussi réalistes sur la dette grecque de la part des créanciers", a-t-il lancé. Pour la première fois, le chef d’orchestre des gouvernements européens appelle les membres de la zone euro à répondre à l’éternelle demande du gouvernement d’Alexis Tsipras d’un réaménagement de la dette grecque.

Tout à prouver

Une décision de cet ordre ne relève pas des ministres des Finances, mais des chefs d’État et de gouvernement. Après le constat d’échec de juin, après le référendum du 5 juillet, il est logique que le centre de gravité des débats glisse vers le Conseil et donc vers Donald Tusk. "Il est à peu près le seul à ne pas s’être prononcé en faveur du ‘Oui’au référendum, il a su conserver sa neutralité", observe un diplomate. Et le fait que, contrairement à Jean-Claude Juncker et à Jeroen Dijsselbloem, il ne soit pas national d’un pays membre de la zone euro conforte son profil de médiateur.

L’homme s’est pourtant attiré des critiques pour avoir été inaudible ces derniers mois. Son entrée en scène dans la crise grecque aura été marquée par une bévue: le 19 mars, en marge d’un Conseil européen, il organise formellement un mini-sommet, réunissant autour d’une table et face aux photographes Angela Merkel, François Hollande, Alexis Tsipras et les représentants des institutions créancières. Cette façon de séparer formellement Paris et Berlin des autres leaders de la zone euro irrite, au point que le Premier ministre belge exprimera publiquement sa "colère" contre le procédé.

Mais "Tusk n’est pas seulement maladroit: il a des difficultés à faire la synthèse des opinions, et l’on voit assez peu son sens du compromis", indique une autre source européenne. Il touche la crise grecque du bout des doigts jusqu’en juin, où il organise un sommet informel de la zone euro à une semaine de la fin du programme. Too little, too late

À l’époque il aurait peut-être été possible d’adopter une méthode de travail plus active, en synthétisant par le haut les positions et en proposant des textes de compromis en amont des sommets. "Aujourd’hui, c’est devenu pratiquement impossible", estime un diplomate. Mais cette fois, Donald Tusk tente de mener la danse. En une phrase, prononcée à l’issue du sommet de mardi, il a fait des cassandres qui prédisent l’échec inéluctable des négociations des "naïfs", qui n’ont pas compris la gravité des conséquences géopolitiques d’une telle fuite en avant.

C’est la ligne qu’il défendra désormais: les Allemands aussi doivent faire des compromis au nom de l’intérêt supérieur de l’Europe. C’est d’ailleurs pour le leur rappeler qu’il a convoqué un sommet exceptionnel de l’ensemble de l’Union européenne, ce dimanche. Les Danois, Britanniques, Polonais, Bulgares seront là pour rappeler aux membres de la zone euro les dangers d’une déstabilisation des Balkans. Tusk vient de mettre toutes les chances de son côté pour devenir l’architecte du compromis grec.

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