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Étienne François (historien): "Angela Merkel sera certainement la dernière de son genre"

La chancelière allemande Angela Merkel en discussion avec l'ancien président américain Barack Obama en marge du sommet du G7 qui s'était tenu à Elmau, dans le sud de l'Allemagne, en 2015. ©ZUMAPRESS.com

Après le départ d'Angela Merkel, l'Allemagne ne connaîtra plus ni la stabilité ni la continuité politique des 16 dernières années, prédit l'historien Étienne François.

Professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne et du centre "France" de l’Université Libre de Berlin, l'historien français Étienne François (*) nous livre ses impressions sur l'héritage que laissera la chancelière allemande Angela Merkel et la direction que pourrait prendre l'Allemagne après les élections du 26 septembre.

Angela Merkel s’apprête à quitter le pouvoir après 16 années passées à la Chancellerie allemande. Qu'en retiendront les historiens?

Je dirais deux choses. Tout d’abord, elle a été très efficace dans son action, d’une matière fondamentalement différente de ceux qui avaient été au pouvoir avant elle. On pourrait résumer son style par un pragmatique désamorçage des tensions intérieures au service de l’économie allemande et de la supériorité de l’économie allemande au sein de l’Union européenne (UE).

Par ailleurs, elle sera certainement la dernière de son genre. L’Allemagne va être probablement dirigée par trois partis après les élections. On n’aura donc plus ni la stabilité ni la continuité politique qu’on a pu avoir au cours des 16 dernières années.

Et au niveau des décisions qu’elle a prises, que retiendra-t-on?

Certainement l’accélération de la dénucléarisation de l’Allemagne, l’acceptation des réfugiés en 2015 et un engagement réel, bien que tardif de l’Allemagne au sein de l’UE.

Parmi les erreurs qu’elle a pu commettre sous ses mandats, figure souvent le développement du parti d’extrême droite AfD…

L’AfD est là, mais elle n’est pas très vitale. L’extrême droite aura certainement moins de députés qu’aux dernières élections. Son influence politique est d’autant plus restreinte qu’on sent une résistance très forte de la classe politique allemande à son égard.

"Elle a imposé l’idée que son regard est plus objectif, car elle vient de l’extérieur."

Certes, on assiste à une sorte de "normalisation" de l’Allemagne par rapport à ses voisins avec l’installation d’un parti d’extrême droite. Mais le fonctionnement du système politique allemand donne l’impression d’être plus harmonieux et de mieux résister que dans d’autres pays européens.

Première femme élue à la chancellerie, première scientifique à ce poste, première Allemande de l’est… Le profil d’Angela Merkel ne lasse pas de surprendre…

Ce qui est impressionnant chez elle est qu’elle a su imposer toutes ces caractéristiques qui faisaient qu’elle ne correspondait pas du tout au profil majoritaire dans la classe politique pour en faire un atout et imposer un style nouveau. Elle a imposé l’idée que son regard est plus objectif, car elle vient de l’extérieur.

Aucun de ses successeurs potentiels n’a sa stature. Quelles en seront les conséquences pour la vie politique allemande et la place de l’Allemagne à l’international?

La vie politique allemande ne sera plus aussi consensuelle. La CDU sera probablement dans l’opposition, avec un nombre réduit de députés, ce qui va bouleverser l’équilibre politique. Déjà on assiste à un durcissement du débat politique, un ton beaucoup plus agressif en provenance des Chrétiens démocrates. La CDU va glisser à droite.

"Son successeur n’aura pas l’autorité morale d’Angela Merkel."

En matière de politique étrangère, je m’attends à un changement d’attitude à l’égard de la Chine et de la Russie. Merkel a été la porte-parole de l’économie allemande en Chine. Certes, elle a évoqué la question des droits humains. Mais, elle a fait tout son possible pour que les relations économiques soient maintenues, dans l’intérêt de l’économie allemande. Avec les tensions croissantes USA-Chine et les liens étroits entre Washington et Berlin du point de vue de la défense, il est probable que le prochain chancelier changera d’attitude avec la Chine.

Le troisième défi concernera l’UE. Son successeur n’aura pas l’autorité morale d’Angela Merkel. Mais Merkel non plus, lorsqu’elle est arrivée au pouvoir.

(*) Étienne François est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Geschichtspolitik  in Europa seit 1989" (Politique de l’histoire en Europe depuis 1989 – Comparaison internationale de l’Allemagne, la France et la Pologne).

Élections en Allemagne

Le dimanche 26 septembre, les Allemands se rendent aux urnes. L'Echo consacre une série de dossiers à ces élections législatives cruciales, marquant la fin de l'ère Merkel.

Les phrases clés

  • L’Allemagne va être probablement dirigée par trois partis après les élections.
  • L’extrême droite aura certainement moins de députés qu’aux dernières élections.
  • Je m’attends à un changement d’attitude à l’égard de la Chine et de la Russie.
  • Son successeur n’aura pas l’autorité morale d’Angela Merkel.

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