analyse

Européens et Britanniques placent leurs pions pour la seconde manche

Boris Johnson a donné son discours d'après-Brexit dans l'opulente salle du Old Royal Naval College de Greenwich, ornementée par le peintre baroque James Thornhill. ©EPA

Boris Johnson ouvre la partie en jetant le trouble sur ses intentions en matière de règles du jeu économique et commercial. L’Union veut ouvrir douze tables de négociation simultanées.

La scénographie pouvait difficilement être plus contrastée pour l’ouverture de la seconde manche du bras de fer entre l’Union et le Royaume-Uni, ce lundi. D’un côté, Michel Barnier, tout en sobriété dans l’austère salle de presse de la Commission européenne, à Bruxelles. De l’autre, Boris Johnson et ses envolées lyriques dans l'opulente salle du Old Royal Naval College de Greenwich, ornementée par le peintre baroque James Thornhill. Le premier a expliqué avec la minutie d’un bénédictin que la négociation d’un accord avec l’Union européenne suivra un parcours dont les lignes rouges britanniques définiront le tracé. Le second esquissant un Royaume-Uni (RU) renouant avec le destin séculaire d’une nation d’exception et reléguant la négociation avec l’Union au rang de simple constellation dans ce firmament prometteur.

"L'humanité a besoin d'un gouvernement quelque part qui veuille défendre avec vigueur la liberté d'échanger. (...) Je peux vous dire en toute humilité que le RU est prêt à jouer ce rôle", a lancé Boris Johnson, situant son discours de l’après Brexit à Greenwich, ce quartier londonien qui a donné son nom au premier méridien à une époque où le pays régnait sur toutes les mers. Le Premier ministre prit soin de ne pas mentionner l'Union européenne trop tôt, après quelques circonvolutions sur les autres accords qu’il entend nouer, comme pour insister sur le fait que l'issue de la négociation sur le point de s'ouvrir ne serait pas l’élément déterminant de l’avenir du pays.

Trouble réglementaire

Et c’est avec un pavé dans la mare qu’il est entré dans le vif européen de son intervention. Tout en expliquant vouloir aboutir avant la fin de l'année à un accord commercial du type de celui conclu entre l'Union et le Canada, le Premier ministre a expliqué à son auditoire qu’y parvenir ne nécessitait pas forcément aligner les normes britanniques sur celles du continent. "Il n'est pas nécessaire qu'un accord de libre-échange implique l'acceptation des règles de l'UE sur la politique de concurrence, les subventions, la protection sociale, l'environnement ou tout autre élément similaire."

Une déclaration qui sème le trouble sur la volonté du 10 Downing Street de respecter la parole donnée en cosignant en octobre une déclaration politique qui prévoit explicitement de "maintenir les standards élevés communs" des deux parties dans ces matières.

Il n'est pas nécessaire qu'un accord de libre-échange implique l'acceptation des règles de l'UE sur la politique de concurrence, les subventions, la protection sociale, l'environnement ou tout autre élément similaire.
Boris Johnson
Premier ministre britannique

À Bruxelles, dans le sous-sol du Berlaymont, le négociateur en chef européen Michel Barnier présentait à la presse la proposition de mandat de négociation de la Commission. Et indiquait son souhait de mettre en place un mécanisme pour maintenir ces standards communs élevés, "aujourd’hui et dans leurs futurs développements". Pas question cependant d’employer de terme trop définitif: "Nous ne demandons pas d'alignement. Je sais que ce mot est une sorte de chiffon rouge au Royaume-Uni. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la cohérence."

Dans quelle mesure les Britanniques chercheront-ils à activer l’aiguillage de la divergence réglementaire? C’est la question clé, dont la réponse déterminera le "niveau d’ambition" de la relation future en matière économique.

Une douzaine de négociations simultanées

L’exécutif européen espère faire adopter son mandat de négociation par les ministres européens le 25 février, ce qui permettra d'ouvrir le bal des rounds, qui se dérouleront à Londres et à Bruxelles. Pas de surprise flagrante dans ce document, qui traduit les orientations que le Conseil européen a définies il y a trois ans et la déclaration politique sur la relation future.

Nous devrons progresser plus rapidement sur les sujets où la rupture est la plus grave, la plus risquée.
Michel Barnier
Négociateur en chef de l'Union européenne

Si le commerce est le gros morceau, l’Union envisage la négociation comme un tout: un accord d’association qui comprendra aussi des chapitres sur la coopération en matière policière et judiciaire, ou encore un dialogue structuré en matière de politique étrangère. Le but est ainsi d’ouvrir simultanément une douzaine de tables de négociation thématiques. "Nous devrons progresser plus rapidement sur les sujets où la rupture est la plus grave, la plus risquée", a souligné Michel Barnier, sans toutefois les énumérer – la question est prématurée, indique une source européenne: c'est une discussion qu'il faudra avoir au plus haut niveau politique

Les parlements nationaux (et régionaux dans le cas belge) auront-ils leur mot à dire, comme ils l’ont eu pour le Ceta? La décision n’est pas encore prise, mais à la Commission, on se dit confiant dans le fait que, d’un point de vue légal, il est possible de conclure le futur accord d’association uniquement au niveau européen.

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