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Face à la menace russe, l'UE veut projeter plus vite ses troupes

©EPA

La Commission Juncker propose un plan de "mobilité militaire" pour permettre un déploiement rapide des troupes européennes et de leurs équipements.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker rêve de réaliser "une véritable union européenne de la défense" d’ici 2025, et il entend y parvenir ou, du moins, en léguer l’héritage à l’Europe.

Violeta Bulc, la commissaire européenne aux Transports, a présenté mercredi une des pierres angulaire de ce projet ambitieux: un plan d’action sur la mobilité militaire, dont les premières réalisations devraient être visibles dans un an et demi. "Nous devons être en mesure de procéder au déploiement de troupes sur tout le territoire de l’Union européenne et de projeter des forces à l’étranger", dit-elle.

Ce plan est basé sur une feuille de route de l’agence européenne de la défense. Il répond à l’ambition de 25 pays de l’UE d’aller de l’avant dans une défense européenne intégrée, une orientation décidée suite au Brexit et à la nécessité de redynamiser le projet européen.

Des ponts plus solides pour les tanks

"Dans plusieurs États européens, le poids maximal toléré par certains ponts est insuffisant pour les véhicules militaires blindés"
Violeta Bulc
Commissaire européen aux Transports

Tunnels construits pour des voitures, mais trop étroits pour des tanks, ports maritimes peu praticables par des navires de guerre… Les exemples sont légions. Un exercice pilote mené en Estonie l’an dernier ouvre les yeux sur les failles. "Dans plusieurs États européens, le poids maximal toléré par certains ponts est insuffisant pour les véhicules militaires blindés", explique une source européenne.

©AFP

Cette inadéquation résulte de la prise en compte des critères civils lors de la construction des infrastructures ces dernières années. Pourtant, à l’origine les infrastructures routières, ferroviaires et maritimes étaient conçues pour des raisons militaires et civiles. "Il faut faire en sorte que les infrastructures répondent aux besoins du double usage civil et militaire", poursuit Violeta Bulc.

Les obstacles sont aussi administratifs. Le franchissement des frontières est souvent compliqué par des formalités douanières ou des exigences différentes selon les États en matière de transport de produits dangereux.

L’urgence est réelle si l’on compare la situation des réseaux européens avec celle de la Russie, où les troupes et les unités blindées sont aisément transportables sur tout le territoire. De son côté, l’UE veut être capable de projeter ses troupes vite et bien aux frontières de l’EST.

Un agenda serré

La Commission Juncker avance au pas de charge. Dès juin prochain, lors d’un Conseil défense, elle proposera aux États européens une liste de besoins militaires en matière de mobilité. Pour fin 2018, elle s’attaquera à la simplification des formalités douanières.

Dans un second temps, l’exécutif européen établira "d’ici 2019" une liste de projets prioritaires à double usage civile et militaire. "Les avancées seront consignées dans un rapport aux États européen pour l’été 2019", précise la commissaire Bulc.

Coopération avec l'Otan

"Ce plan fait partie de la stratégie militaire de l’UE, pas de l’Otan"
Violeta Bulc
Commissaire européen aux Transports

Pour réaliser ce plan, l’UE travaillera avec l’Otan. Cette initiative coïncide d’ailleurs avec le troisième remodelage de l’Alliance en 70 ans, visant cette fois au déploiement rapide des forces en Europe. Mais ce projet reste, en soi, une initiative européenne. "Ce plan fait partie de la stratégie militaire de l’UE, pas de l’Otan", affirme la commissaire slovène. Parmi les États membres de l’UE, cinq ne sont pas dans l’Otan.

L’argent, le nerf de la guerre, reste la grande interrogation. Il pourrait être trouvé dans les fonds réservés aux réseaux transeuropéens de transport (RTE).

Pour rappel, la Commission évalue à 500 milliards d’euros les investissements nécessaires pour mettre à niveau les neuf couloirs de transport traversant le territoire européen. L’Europe pourrait appliquer à ces projets une approche civile et militaire. Mais il faudra convaincre les pays neutres, comme l’Irlande et l’Autriche, peu désireux d’investir dans une optique militaire.

D’après la Commission, les États européens pourraient économiser 30 milliards d’euros s’ils unissaient leurs efforts pour améliorer les infrastructures de mobilité.

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