Face à Salvini, le paysage politique italien se décompose

L’ancien Premier ministre Matteo Renzi se dit prêt à envisager une alliance avec ses ennemis de toujours, le M5S. ©REUTERS

Pour conjurer le risque d’élections anticipées, de nouvelles alliances sont imaginées. Mais l'homme fort de l'extrême droite est pressé de retourner aux urnes pour y affermir son pouvoir.

L’été de toutes les divisions a éclaté en Italie. L’implosion de la coalition gouvernementale, causée par la motion de défiance présentée par la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) contre ses anciens alliés du Mouvement 5 étoiles (M5S), est en train de bouleverser en profondeur le panorama politique national.

D’étranges coalitions contre nature se profilent à l’horizon, de grands partis historiques se délitent, d’anciens partenaires s’efforcent à retrouver un terrain d’entente. La crise bat son plein et la mobilisation est totale. Les télégrammes ont été envoyés pour rappeler à Rome tous les députés en vacances, alors que le ministre Salvini a interpelé les siens avec un message WhatsApp.

Voulant "capitaliser sur son consensus" (qui frôle actuellement 38% de l’électorat), Salvini est pressé. Alors qu’il sillonne le sud du pays, il déclare à tout bout de champ que les Italiens doivent pouvoir retourner aux urnes dès la rentrée. Tel un fils prodigue, il a accepté l’ouverture offerte par les partis Forza Italia de Silvio Berlusconi et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni en vue de la formation d’une coalition de droite qui affronterait, unie, le prochain scrutin. Elle en sortirait victorieuse.

Le triomphe des "barbares"

Or, face au risque d’un triomphe "des barbares" – selon les mots de Beppe Grillo (M5S) – de singulières ententes seraient en train de se tisser dans les coulisses de la politique romaine. L’ancien Premier ministre Matteo Renzi se dit prêt à envisager une alliance avec ses ennemis de toujours, le M5S. Et il serait en train de tenter de former une "coalition de responsables" à même de se transformer en un "gouvernement institutionnel" de transition. Une approche surprenante qui a sonné le glas du Parti démocrate (PD) dont Renzi a longtemps été le visage le plus lumineux. Le secrétaire du PD, Nicola Zingaretti, est en effet viscéralement opposé à l’idée d’un rapprochement avec le M5S et invoque, comme Salvini, le retour aux urnes. "Le PD est mort," a décrété hier l’un de ses principaux représentants, l’ancien ministre Carlo Calenda, avec sa légendaire franchise.

Face à l’éclatement de son traditionnel ennemi politique et à l’ébauche de cette créature hybride, composée de sécessionnistes du PD et de représentants du M5S craignant de perdre le pouvoir, Salvini présente déjà les lignes directrices de son programme à venir. Il promet la "paix fiscale", le gel de la TVA, l’adoption d’une flat tax à 15% "pour une grande partie des contribuables", la défense des frontières nationales et de la "famille naturelle".

Pleins pouvoirs

Bronzé, exalté par les circonstances, s’émouvant facilement et invoquant souvent la Vierge Marie, Salvini alterne désormais les registres, les intonations et les promesses. S’il n’hésite pas à réclamer "les pleins pouvoirs", il essaye immédiatement après de rassurer les esprits en expliquant que "seuls les dictateurs ne veulent pas d’élections", or lui "les invoque avec toute sa force".

Son apparition, sur les plages de la péninsule ou dans les centres historiques des villes qu’il arpente pour convaincre les désenchantés et rafler de nouveaux électeurs, donne la mesure de la schizophrénie d’une nation plongée, malgré elle, dans une crise politique inédite. A son passage, Salvini déclenche l’enthousiasme de supporters fervents, se reconnaissant dans ce politicien qui se veut si "normal", si proche des gens, si élémentaire dans sa rhétorique politique. D’autres, en apercevant le "Capitano", entonnent "Bella ciao", le chant des partisans qui, pendant le deuxième conflit mondial, ont libéré l’Italie du fascisme.

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