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Face à une grève "historique", Macron affine sa riposte

©AFP

Plus de 800.000 personnes ont manifesté ce jeudi à travers la France contre la réforme des retraites. Décalage dans le temps, "clause du grand-père", compensation pour les régimes spéciaux: le gouvernement étudie plusieurs pistes pour sortir de l’ornière.

"Droit à la retraite, droit au repos, droit au bonheur." Juché sur un banc, vêtu d’un gilet jaune et d’un masque, il brandit sa pancarte comme tant d’autres. Au loin, une colonne noire enfume le ciel, alors que des militants radicaux ont allumé des feux. Cette manifestation, émaillée de violences, place de la République à Paris est l’un des multiples visages de la grève massive qui a touché la France ce jeudi. Le ministère de l'Intérieur a recensé 806.000 manifestants, dont 65.000 dans la capitale, dans une trentaine de villes du pays.

À Boulogne, l’accès du port était fermé; à Toulouse, le campus du Mirail également, 7 raffineries du pays sur 8 étaient paralysées, tandis que le trafic ferroviaire est resté quasi nul. "C’est une grève historique", se sont félicités les syndicats. Mais attention: "La grogne ne s’arrêtera pas ce soir ni tant que le projet ne sera pas retiré", a mis en garde Philippe Martinez, patron de la CGT, le syndicat le plus revendicatif.

Marges de négociation

Sous pression, le gouvernement a tenu un conseil des ministres à la mi-journée. L’occasion de rappeler, à son issue, qu’il comptait maintenir le cap sur sa réforme même si des "marges de négociations sur les modalités existent", a insisté Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, et qu’"il serait tenu compte des situations spécifiques". Côté calendrier, le Premier ministre devrait lever le flou sur son projet en présentant l’"architecture générale" et ce, "vraisemblablement en milieu de semaine prochaine", selon l’Elysée.

"La grogne ne s’arrêtera pas tant que le projet ne sera pas retiré."
philippe martinez
patron de la cgt

Sur quels points lâchera-t-il du lest? Plusieurs pistes seraient à l’étude. À commencer par celle d’un possible décalage de la mise en œuvre de la réforme à 2030, voire 2035 au lieu de 2025. Autre éventualité, mais plus contestée: la "clause du grand-père". Cette clause d’antériorité, aussi appelée "des droits acquis", dispense d’un nouveau régime ceux ayant acquis des droits avant cela. Ne seraient donc concernés par la réforme seuls les nouveaux entrants sur le marché du travail. Enfin, l’exécutif pourrait envisager de dissocier sa réforme des retraites par points des mesures comptables qu’ils avaient prévues d’imposer dès 2021. "Ces mesures n’interviendraient que dans le deux-ième temps de la réforme et ce serait à la nouvelle gouvernance du système de retraites de proposer des mesures d’austérité", peut-on lire dans les colonnes du quotidien Les Echos.

Enfin, qu’adviendra-t-il des "régimes spéciaux"? Notamment ceux des cheminots de la SNCF et de la RATP, à l’origine du mouvement de grève. Sur ce point, le gouvernement réfléchirait à leur accorder une transition plus longue avant de basculer vers le régime universel qui est au cœur de la réforme. Pour les autres, le calendrier pourrait rester le même.

Bien au-delà des retraites

La mobilisation a été massive partout en France. ©EPA

En attendant, le gouvernement a tenté, dès ce jeudi matin, d’occuper le terrain. Et de se montrer proches des Français. Dans la capitale, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, était à l’hôpital européen Georges Pompidou. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État aux transports était, quant à lui, à pied d’œuvre à la gare de Bercy.

Le but? Rassurer les Français mais aussi "cornériser" le mouvement des cheminots pour s’occuper, au cas par cas, des autres foyers de mécontentement. Reste que la grogne va bien au-delà de la seule question des retraites. "Si je suis dans la rue, c’est aussi pour défendre le service public, l’éducation, et nos conditions de travail de plus en plus précaires", insistait une enseignante en banlieue, venue défiler à Paris. Des reconductions de grèves ont d’ailleurs été votées demain dans les transports, y compris chez Air France, et jusqu’à lundi, à la RATP.

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